Ma Juliette, tu auras à peine reçu ma dernière lettre sur le village français que voici une carte ! Mais c'est la passerelle Victor Emmanuel III dont je t'ai parlé dans mon précédent courrier, n'est-elle pas étonnante ? Il me tarde de pouvoir t'y entraîner.
L'ambiance est festive et estivale ce week-end, il fait vraiment beau et chaud, tout nous apparaît sous un nouveau jour avec le soleil, et les couleurs qui s'invitent dans les toilettes des dames, nous promettent une belle récolte...
Parce que oui, voilà la réponse à ma devinette, Isabelle collectionne les boutons trouvés sur l'Exposition ! Dans la foule, il y a toujours un joli bouton pour prendre la clé des champs, nous nous amusons donc à les ramasser. Certains sont vraiment beaux, et cela nous amuse d'imaginer la toilette qui va avec.
Je te promets que si nous croisions une belle dame avec un bouton manquant à sa parure, nous nous empresserions de le lui rendre, mais cela ne s'est pas encore produit, alors la collection de mon amie s'étoffe de jour en jour ! Et j'examine toujours attentivement ses trouvailles pour m'assurer que ce n'est pas un bouton d'une toilette créée par Monsieur Poiret, cela serait du plus mauvais effet si les boutons étaient mal cousus. Mais l'idée d'Isabelle est belle, non ?
Cela lui fera un bien joli souvenir.
Enfin, c'est le jour le plus long aujourd'hui et nous avons savouré. Le dimanche soir est toujours un peu plus calme ! La musique s'est installée dans notre quotidien maintenant que nous n'avons plus besoin d'être enfermées, c'est parfois une vraie cacophonie mais tout est tellement joyeux ! Nous avons donc profité avec Isabelle de cette très belle soirée pour flâner un peu après notre travail, en attendant la tombée de la nuit et les illuminations qui sont toujours un enchantement. Sais-tu qu'il paraît qu'un spécialiste a réfléchi à la question des éclairages de l'Exposition la nuit et en a déduit qu'il y a l'équivalent de 300000 bougies ! Mon Dieu, n'ont-ils donc rien de mieux à faire que ce type de calculs ? Admirer les jeux de lumière et d'eau, se laisser bercer par la musique toujours plus douce en soirée, et flâner dans une ville inventée de toutes pièces par de nombreux artistes, voilà qui me convient mieux que de compter le nombre de bougies qu'il faudrait pour éclairer Paris et ses environs !
Je t'embrasse petite cousine,
Anne,
Paris, ce dimanche 21 juin,
à une heure tardive mais j'avais tellement envie
de t'inviter dans mon bonheur sans cesse renouvelé.
L'Esplanade a un petit air de fête populaire à part qu'on ne danse pas aux carrefours. La musique cependant, ne fait pas défaut. Du pavillon britannique partent les frémissement acides des cornemuses écossaises, mélodie dont toutes les notes sont attachées ensemble et qui coule sans arrêt, comme l'eau d'un robinet. De loin, cela évoque une noce berrichonne, glapissante du biniou des cornemuseux et vrombissante de la vieille des ménétriers.
Un match s'est engagé entre un orchestre de cinq musiciens, et le mégaphone. Les musiciens, prévoyants ont amené tout ce qu'ils avaient de plus important comme cuivres : contrebasses et trombones, et ils soufflent à faire tourner un moulin. Le mégaphone attaque traîtreusement la marche du Tannhauser, -qui se défend bien, comme dit Jules Romain. La fanfare cuivrée s'en prend à La Marseillaise. Quel effroyable contrepoint.
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