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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


4e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs samedi 23 mai 1925

Publié par Parisianne sur 23 Mai 2025, 21:30pm

Catégories : #1925, #Art Déco, #ART, #Paris

Pavillon national de la Belgique, architecte Victor Horta - Au fond la Porte d'Honneur

Pavillon national de la Belgique, architecte Victor Horta - Au fond la Porte d'Honneur

Ma chère Juliette,

Merci de ta gentille lettre qui m'a fait grand plaisir. Je suis toujours si heureuse de recevoir des nouvelles de vous tous. Il me tarde tant de vous voir.

Comme je te l'ai déjà dit, je ne manque pas d'occupations. Nous sommes très occupées sur les péniches de Monsieur Poiret ; il révolutionne le monde de la mode par ses défilés. Les dames se pressent et se pâment devant ses modèles et la grâce des mannequins. Je découvre tout un monde qui me fascine même si je goûte assurément le recul qui est le mien.

Avec Isabelle, chaque fois que nous avons un peu de liberté, nous nous échappons pour parcourir le site de l'Exposition, mais c'est immense - 23 hectares m'a dernièrement dit un livreur qui passait déposer des colis - et la foule nous empêche de nous éloigner trop quand nous ne disposons que de peu de temps.

Nous avons le bonheur d'être toutes deux bien situées mais les visiteurs traversent tous le Pont Alexandre III où se trouvent quarante quatre boutiques, couturiers, bijoutiers, fourreurs, éditeurs d'art, etc. c'est une merveille, donc un passage obligé pour tous. Le Pont a été joliment transformé par Monsieur Dufrène, et, malgré le bâti, la vue reste accessible, vers le Louvre ou vers le Trocadéro, étrangers et touristes de nos régions s'y bousculent en nombre, la vue est si merveilleuse.

Dès que la nuit tombe, l'ensemble prend vie grâce aux phares disposés sur les quarante huit pylônes. Je ne me lasse pas d'admirer ce spectacle incroyable qui chaque soir se répète pour notre plus grand bonheur. Comment, sans les trahir par des mots creux, te décrire le rideau d'eau qui tombe du pont, les fontaines lumineuses qui s'élancent tellement haut qu'on dirait qu'elles vont chercher les étoiles. C'est à ce point magique que j'ai chaque soir l'impression de rêver !

 

Pont Alexandre III - Art et Décoration Juin 1925

Pont Alexandre III - Art et Décoration Juin 1925

Ces boutiques participent avec beaucoup d'agrément à la vie active que l'on a voulu répandre dans l'Exposition au lieu de froides et monotones installations. Les arts appliqués français et les industriels de luxe y trouvent un cadre original et fort séduisant. On assiste d'une manière directe et concrète au triomphe de notre actuelle renaissance des métiers d'art. Décorés par des artistes différents, ce qui leur donne plus de fantaisie, ces magasins constituent le cadre rêvé pour la grande couture, les bijoutiers, les fourreurs, les éditions d'art, etc.

Yvanohé Rambosso - Guide de l'exposition. Paris, arts décoratifs, 1925

Par chance, Isabelle partage mes émotions, nous pouvons donc échanger, ou simplement admirer en silence quand, le soir, nous quittons les lieux. Nous ne travaillons pas loin l'une de l'autre puisqu'elle est dans le Pavillon Primavera, l'atelier d'art des grands magasins du Printemps. Celui-ci a une architecture tout à fait déroutante, enfin à mes yeux, puisque j'entends souvent dire qu'il est splendide, que les architectes, MM. Henri Sauvage et Georges Wybo, ont accompli un travail extraordinaire.

Moi, quand je le regarde, j'ai le sentiment que si j'y pénétrais, je serais écrasée ! Oh ne te moque pas, je sais que c'est un peu stupide mais vraiment, il me donne, avec sa forme conique, l'impression que je devrais baisser la tête pour y entrer, ce que je n'ai pas encore fait malgré les invitations d'Isabelle qui se moque, elle aussi, gentiment de mes appréhensions. Mais je te promets de prendre sur moi et de t'en raconter la visite prochainement.

Pavillon Primavera de MM. Sauvage et Wybo - Art et Décoration Juin 1925

Pavillon Primavera de MM. Sauvage et Wybo - Art et Décoration Juin 1925

Dû à MM. Sauvage et Wybo, le pavillon du Printemps reste nettement dans la donnée "Exposition", en n'offrant d'ailleurs, pour sa masse, qu'un emplacement restreint et un éclairage limité. La structure du toit évoque une idée de lourdeur, qui semble inopportune. Comme pour beaucoup d'autres bâtiments de l'Exposition il y a abus de pylônes purement décoratifs. Signalons en passant le joli parti tiré de la décoration florale.

Lionel Landry, Art et décoration juin 1925

Petit Parisien 28 avril 1925, la Porte d'Honneur en travaux à la veille de l'inauguration

Petit Parisien 28 avril 1925, la Porte d'Honneur en travaux à la veille de l'inauguration

Ce mardi 19 mai, nous avons eu un très gros orage. Par chance, c'est dans l'est parisien qu'il y a eu le plus de dégâts et surtout des inondations, il me semble. Oui, je sais, mon propos est déplacé, et je déplore les malheurs subits par certains, mais, sincèrement, si tous les égouts avaient débordés ici, cela aurait été très préjudiciable. La forte pluie a déjà contraint les visiteurs, encore nombreux malgré l'heure tardive, à s'abriter, autant que possible, et ce fut bien compliqué.

Tu sais que l'Exposition ne ferme ses portes qu'à 1 heure du matin, bien sûr, nous ne restons jamais si tard mais exceptionnellement, Monsieur Poiret a fait appel à moi pour m'occuper d'une de ses clientes qu'il voulait particulièrement gâter.

Et quand l'orage s'est annoncé, après une journée de touffeur, il m'a incitée à rester encore, le ciel était si menaçant qu'il n'a pas souhaité que je m'aventure hors de la péniche. Je l'ai écouté, bien m'en a pris ! Isabelle par chance était rentrée plus tôt, elle était passée en partant.

De fortes rafales nous ont fait craindre le pire, il y a encore des échafaudages par endroits, (j’ai d’ailleurs découpé pour toi cette photo de la Porte d’Honneur alors qu’elle était encore en travaux).

La pluie est tombée dru, mais par miracle aucun dégâts à déplorer, et surtout aucun accident plus grave que quelques parapluies retournées et chapeaux envolés vers d'autres horizons !

Avant de rentrer, nous avons fait une inspection des installations extérieures, Monsieur Poiret nous ayant expliqué qu'il avait comme tous, souscrit l'assurance, imposée par l'organisation, pour protéger les biens de tous risques. Il s'est lancé dans des explications compliquées concernant les discussions énergiques avec des assureurs français et les organisateurs, qui auraient finalement pris un assureur étranger, avant de faire marche arrière, je crois... Tout cela n'était pas très clair pour nous ! Mais l'essentiel, et il a bien insisté, c'est de signaler tout dégât ou dégradation ou vol qui pourrait avoir lieu durant le temps de l'exposition. Nous n'avions pas besoin d'en savoir plus, le reste est considérations d'hommes et d'adultes, tu ne crois pas ?

4e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs samedi 23 mai 1925

L'Exposition a déjà eu son lot d'accidents, depuis le début des travaux, en février deux jeunes ouvriers se sont tués en tombant d'une grande hauteur. Certains esprits mal tournés s'étaient chargés d'y voir un mauvais présage. C'était un accident, terrible comme tous les accidents. Il y en a eu d’autres plus ou moins graves, un chantier de cette ampleur ne peut malheureusement pas se terminer sans que de nombreux risques soient pris. Une visiteuse me disait dernièrement qu’en novembre déjà le chantier était bien avancé. J’ignore quand ils ont réellement commencé et combien de temps il aura fallu pour que les choses prennent la tournure que nous voyons aujourd’hui.

 

 

 

Dans un registre aussi sinistre, tu auras peut-être entendu parler de l'accident des Montagnes russes. Ce chemin de fer électrique, que l'on nomme ici "Courses de Paris", a déraillé vendredi. 

Nous avons entendu les cris jusque chez nous. Quelle frayeur ! Aucun blessé grave à déplorer, c'est un miracle.

Je pense toutefois que les quelques vingt-cinq personnes, il me semble, qui sont restées suspendues dans le vide en attendant l'arrivée des pompiers, ne sont pas prêtes de renouveler l'expérience de ces attractions à sensation.
Mon Dieu, jamais il ne me serait venu à l'idée de monter dans ces machines malgré toutes les précautions prises et le fait qu'elles aient déjà été expérimentées en Amérique et en Angleterre ! Par bonheur, il n'y a eu que des blessés légers et ils parlent même de remettre en route dès que les enquêtes auront été menées pour connaître les causes.

Ils n'auront pas ma visite, et je te charge dès à présent de terrifier ton casse-cou de petit frère qui sera, je n'en doute pas, attiré par ce danger quand que vous viendrez nous retrouver. Je ne veux pas mourir de peur en le voyant suspendu à un bout de ferraille lancé à grande vitesse dans les airs.

Je ne peux, sans frissons, voir ce grand chenin chemin de fer qui se situe non loin de nos péniches et dont, jusqu'alors, je trouvais les vagues plutôt évocatrices de voyages !

 

Montagnes Russes ©Musée Albert Khan, Auguste Léon 11/11/1925

Montagnes Russes ©Musée Albert Khan, Auguste Léon 11/11/1925

4e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs samedi 23 mai 1925

Ma Juliette, j'aurais encore mille et une choses à te raconter mais tu eviens devines à mes nombreuses ratures mon épuisement ; les journées sont riches et exaltantes mais aussi très longues, j'ai le sentiment de vivre deux vies en une.

Je te promets de reprendre la plume au plus vite avec des nouvelles plus joyeuses !

Je t'embrasse très affectueusement, mon amie Isabelle, à qui j'ai déjà tant parlé de toi, te transmets ses amitiés et son impatience de te vor voir rencontrer.

Anne

Paris, ce samedi 23 mai 1925

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V
Des choses étonnantes, j'apprends, merci!!! Gros bisous Anne. cathy
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M
Très intéressant<br /> Merci Anne<br /> Gros bisous<br /> Martine
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Y
toujours un plaisir de ressentir l'atmosphère dans tes écrits.
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L
Et nous sommes le samedi 24 mai... A un jour près.
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P
J’utilise la presse du jour pour rebondir donc je colle volontairement aux dates quand je peux, comme le 22 pour l’anniversaire de la mort de Victor Hugo !<br />
L
Je suis...
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