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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


1re Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs 3 mai 1925

Publié par Parisianne sur 3 Mai 2025, 18:23pm

Catégories : #1925, #ART, #Architecture, #Art Déco, #Paris

Nous étions partis pour rêver de l'Exposition internationales des Arts décoratifs et industriels modernes, je poursuis dans cet esprit en créant un personnage tout droit sorti de mon imagination pour nous guider dans les allées de cette exposition dont nous célébrons le centenaire.

Les photos et citations sont toutes tirées de documents familiaux, comme les numéros de l'Illustration, ou chinés, sur lesquels je me base pour la promenade.

Je suis tout à fait ouverte aux compléments, voire aux rectifications que vous pourriez apporter, je suis loin de tout connaître !

Bon voyage dans le temps !

1re Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs 3 mai 1925

Ma si chère cousine,

Comme je regrette que tu ne sois pas près de moi dans ces heures délicieuses et historiques que mon emploi chez ma tante Germaine me permet de vivre. Il faut que je te raconte, il m'est impossible de garder tout cela pour moi, c'est trop d'émotion. Je suis certaine que dans cent ans encore les esprits curieux parleront de cette exposition tant il y a de merveilles à y découvrir.

J'espère que ma tante aura acheté pour toi le numéro de l'Illustration du 25 avril dernier afin que tu puisses suivre par les images le récit que je te conterai dans ces lignes. Tu verras c'est magnifique, je ne regrette nullement d'avoir quitté notre chère campagne pour rejoindre Paris, seule ta présence me manque. Je nous imagine sans cesse parcourant affairées les allées de l'Exposition, croisant chez mon oncle mannequins et personnalités. T'ai-je dit qu'il avait installé ses espaces sur des péniches, c'est tellement beau !

Mais mon enthousiasme m'égare, je vais faire de mon mieux pour organiser mon propos afin que tu puisses imaginer. Ainsi, j'aurai le sentiment de t'avoir un peu à mes côtés.

1re Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs 3 mai 1925

Si son emplacement est détestable, presque injurieux, elle n'en mérite pas moins grand intérêt cette Exposition des Arts décoratifs.
Art..., mais également moeurs et tendance d'esprit.

Le Figaro - 29 avril 1925 - Lucien Romier

L'Illustration 25 avril 1925 - Exposition des Arts décoratifs
L'Illustration 25 avril 1925 - Exposition des Arts décoratifs
L'Illustration 25 avril 1925 - Exposition des Arts décoratifs

L'Illustration 25 avril 1925 - Exposition des Arts décoratifs

Oncle Gustave aura sûrement pris son journal habituel, as-tu la curiosité d'y jeter un œil. Ici, son frère ne manque jamais de le lire chaque matin en prenant son café ni de l'oublier sur la table. J'ai ainsi le loisir de lire moi-même tout ce qui se dit sur l'Exposition, et je me suis amusée du propos de Monsieur Romier dans son article du 29 avril.

Je suis certaine que mon cher père, s'il était encore de ce monde, aurait trouvé trop moderne tout ce qui est exposé ici et nous aurions eu sûrement quelques querelles amusées. Oh comme il me manque et comme je sais gré à mes oncles d'avoir veillé sur moi avec tant de bienveillance. Sans les frères de mon cher papa, je ne serais pas ici, en plein cœur de ce Paris trépidant.

Ma tante Germaine est, elle-même, si attentionnée à mon égard. La fermeture de sa maison de couture, rue de Penthièvre, est bien triste, mais malgré les désaccords qu'elle a avec son frère, Paul Poiret, ce dernier a accepté que je vienne l'aider sur l'Exposition.

Il faudra un jour que je te parle de toutes les rencontres que j'ai pu faire chez Germaine, en plus de créer des modèles, elle peint et expose de nombreux artistes, c'est passionnant.

Je fais donc, ma chère Juliette, partie des nombreux privilégiés qui entrent dès potron-minet par la porte d'honneur et parcourent les allées à toute heure.

J'ai pour ma part beaucoup de chance que l'entrée se fasse près de ce Grand Palais que j'admire tant, je peux ainsi, de la rue de Penthièvre me rendre à pied sur les lieux, Paris dans le petit matin est tellement merveilleux.

1re Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs 3 mai 1925
1re Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs 3 mai 1925

Ce dernier mardi, 28 avril, jour de l'inauguration, je n'ai pas vu grand chose et pareil le mercredi quand la foule s'est rendue en masse pour découvrir les lieux, c'était la bousculade mais tout avait été si bien préparé que nous n'avons eu qu'à accomplir les tâches qui nous étaient assignées.

Tu auras lu dans le Figaro que la cérémonie d'ouverture a eu lieu au Grand Palais et qu'il y a eu, bien entendu, de nombreux discours, je ne me plains pas d'avoir échappé à tout cela !

Je me chargeais pour ma part de l'accueil sur la péniche Délices où je suis restée fort tard pour accueillir les dîneurs. Je te donnerai le menu, je ne l'ai plus en tête tant tout a été tourbillon. Mais j'ai eu le droit de goûter un peu en cuisine, c'était divin. Et la nuit venue, Dieu que c'était beau !

J'ai eu l'impression de vivre un rêve éveillé que le temps maussade n'est pas parvenu à gâcher.

Mais tu ne me croiras peut-être pas, et pourtant... hier, 1er mai, lorsque je suis partie de la maison, il neigeait ! Par chance, comme le temps de ces derniers jours était frais, j'avais mis un ensemble confortable et un  manteau que je n'ai pas regretté crois-moi ! 

J'ai aimé marcher d'un bon pas dans un Paris désert, et quand j'ai franchi la Porte d'Honneur, le sentiment de pénétrer un monde rêvé a été encore plus fort. Tous les pavillons, pour beaucoup encore plongés dans le noir, étaient recouverts d'une poudre blanche ; avec un silence prégnant et pourtant léger, tout concourrait à me rendre heureuse.

Mes bottines laissaient une petite trace de mon passage, je me suis retournée plusieurs fois pour la voir, comme une enfant émerveillée d'être la première à marcher dans un lieu immaculé. J'ai eu à cet instant un sentiment de plénitude absolue. J'étais là où je devais être !

Je crois que je me serais laissée allée à l'émotion si, en approchant du village français, un parfum de sucre et de pain chaud ne m'avait délicieusement rappelée à l'ordre ! Je devais passer chercher les douceurs attendues par Paul Poiret qui accueille toujours ses visiteurs matinaux - souvent des privilégiés qui entrent avant la foule - avec force attention. 

1re Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs 3 mai 1925
1re Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs 3 mai 1925

Il y a [...] aujourd'hui, un style moderne parfaitement discipliné et qui ressemble à quelque chose. Il ressemble à ce que nous sommes. Il n'est nullement l'ennemi de nos traditions. Il ressemble aux styles d'autrefois dans la mesure où nous ressemblons aux hommes dont nous descendons. Il correspond à nos mœurs. Il satisfait à nos besoins. Il est l'image de notre esprit, de notre culture. Il est moderne au même titre que nous-mêmes : il est vivant.

Paul Géraldy, L'architecture vivante - L'Illustration 25 avril 1925

Ma chère Juliette, je vis un rêve, je compte bien tout faire pour le partager avec toi malgré la distance qui nous sépare. Tu ne m'en voudras pas si parfois mes lettres se font un peu attendre, les journées sont longues et il m'arrive d'être épuisée, mais ce ne sont que les premiers jours, je vais m'habituer.

Je t'embrasse très affectueusement, transmets à tes chers parents mes plus sincères pensées, sans eux, je n'aurais pas pu vivre tout ce que je vis si intensément. Donne-moi vite de tes nouvelles, et parle avec ma tante pour qu'elle parvienne à convaincre ton cher père de vous conduire un jour jusqu'ici.

Il te faut entrer avec moi dans cette modernité qui s'écrit !

Anne

Paris, ce 3 mai 1925

L'art ne peut pas faire abstraction de l'apport du passé. Une œuvre réussie doit contenir à la fois toutes nos connaissances et toutes nos aspirations. C'est une œuvre qui nous exprime tout entiers et qui nous dépasse, nous plonge dans notre passé et qui nous tend vers notre avenir, -ce qui fait dire à M. Süe*, le jeune maître à qui l'art décoratif moderne doit tant d'émouvantes réussites, qu'un architecte ne peut se passer d'une très puissante culture, n'est jamais assez cultivé.

Paul Géraldy, L'architecture vivante - L'Illustration 25 avril 1925

* Louis Süe (1875-1968) est l'arrière-petit-neveu de l'écrivain Eugène Sue.

Elève de l'architecte Victor Laloux à l'Ecole des beaux-arts de Paris en 1893, il est diplômé en 1901. Il travaille avec l'architecte Paul Huillard à différentes réalisations à Paris (ateliers d'artistes, immeubles de rapport). Ami de Paul Poiret et André Groult, ébéniste, mari de la dernière des soeurs Poiret. Il réalise avec André Mare le pavillon du musée d'Art contemporain de l'Exposition de 1925.

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D
Bonjour. On a l'impression d'y être, dans cette effervescence parisienne et grâce aux yeux et aux émotions de Anne. "Entrer dans la modernité", oui. Ce devait être grisant de vivre tout ceci. J'ai pourtant lu ici https://madparis.fr/l-exposition-de-1925<br /> que certains avaient critiqué les dépenses faites pour l'organisation de cet événement ainsi que la construction d'infrastructures fort coûteuses. Comme quoi, les problématiques liées à la tenue de grands événements culturels ou sportifs se répètent. <br /> Bises alpines.
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C
Saut dans le passé, fierté pour cela, enrichissement pournous à qui tu donnes l'occasion de "vivre" tou cela.
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M
Toute une histoire que cette exposition qui a suscité un émerveillement justifié. Cette lettre est une belle idée et se lit avec grand plaisir, et tu l'as comme toujours superbement illustrée. Merci pour ce partage qui nous permet de remonter le temps. Bises et une belle journée
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M
Comme Juliette a dù regretter de navoir pu admirer et participer à un tel évènement !<br /> Merci de nous avoir conté cet émerveillement !<br /> Bonne soirée Parisianne
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M
Bonjour Anne,<br /> Ces lettres anciennes se lisent avec plaisir.<br /> Bises.<br /> Bon après-midi,<br /> Mo
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