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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


6e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 29 mai 1925

Publié par Parisianne sur 31 Mai 2025, 21:21pm

Catégories : #1925, #ART, #Architecture, #Art Déco, #Paris

6e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 29 mai 1925

Ma chère Juliette,

Ne m’en veux pas, je m'étais promis de reprendre la plume rapidement mais je n'ai pas eu une seconde à moi. 

Tu me pardonneras en lisant cette suite avec, je n'en doute pas, le même amusement que le nôtre. Je te racontais que Monsieur Poiret avait été très fâché de ne pas être mentionné dans la liste des grands créateurs. Nous nous demandions ce qui avait effacé soudainement sa colère. Et bien figure toi que c'est Mademoiselle Matisse, Marguerite Matisse, la fille du grand peintre. Elle est passée nous voir sur la péniche, elle portait un manteau d'une grande élégance : un modèle Poiret de 1918. Il n'en fallait pas plus à Monsieur Poiret pour retrouver sa bonne humeur. Il n'a, après cette rencontre, pas tari d'éloges sur les goûts de cette jeune femme, les talents d'artiste de son père, et surtout la qualité et le côté absolument indémodable de ses propres créations ! Il était si joyeux que le soleil s'est remis à briller soudainement ! C'était très amusant en fait, mais nous nous sommes bien gardées de le taquiner, il avait semblé si affecté par l'article du journal qu'il aurait été maladroit de le lui rappeler.

Une lectrice nous prie de demander qu'on autorise la présence des chiens aux Arts décoratifs ; pas dans les pavillons ni dans les restaurants, naturellement, mais qu'on les puisse tenir en laisse dans les avenues.
Réclamation raisonnable, nous semble t-il, et que nous transmettons en priant qu'on en tienne compte.

L'Intransigeant, 28 mai 1925

Avant  de poursuivre, je voulais te raconter l'hilarité qui a été la nôtre, avec Isabelle, en lisant cet encart dans l'Intransigeant. Nous avancions à grand peine dans les allées et venions de nous arrêter pour contempler la Seine quand nous avons trouvé le papier oublié sur un banc, tu connais notre gourmandise pour les journaux. Ce petit encart du courrier des lecteurs nous a beaucoup amusées. Comment peut-on être assez sot pour vouloir imposer à un chien la foule si dense ici malgré le mauvais temps persistant. Mais le plus drôle c'est que le journal semble prendre la requête très au sérieux. Pauvres bêtes, je prie moi pour que cette requête idiote ne soit pas retenue. Qu'en serait-il des déjections ? Faudra t-il imposer à chacun de les ramasser, et à nous l'obligation d'examiner les souliers de tous nos visiteurs, pour le cas où certains contrevenants auraient laissé les petits présents de leurs toutous, et que de bien heureux promeneurs y aient posé le pied ! C'est tout aussi consternant que de voir de gros chiens tenus en laisse sur les trottoirs de Paris. Moi qui aime tant les voir s'ébattre dans notre campagne, je me désole chaque fois pour ceux que je vois, en nombre, ici. 

Enfin, cette parenthèse pour te dire, que la joie d'être ici aidant, nous avons bien ri avant de regagner chacune notre poste de travail sous une nouvelle averse.

Les avis sont unanimes, le climat n'est plus ce qu'il était. Notre printemps est maussade et froid et les averses sont bien trop nombreuses pour la saison. Par chance, cela ne décourage pas les visiteurs venus parfois de loin pour découvrir notre belle Exposition.

L'Intransigeant, 29 mai 1925

L'Intransigeant, 29 mai 1925

6e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 29 mai 1925
6e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 29 mai 1925

Je n'ai toujours pas trouvé le moyen de me rendre au Théâtre pourtant, je ne connais aucune des œuvres qui ont été présentées, j'aurais beaucoup aimé les découvrir. Un journaliste de passage de notre côté expliquait que les incertitudes de date pour l'inauguration avaient privé les critiques d'invitations. Peut-être que les organisateurs ne voulaient tout simplement pas de critiques, tu ne crois pas ? Enfin, je n'en sais pas beaucoup plus pour le moment, il me faudra tenter de récupérer des informations, je te tiendrai informée. S'il y en a une qui peut connaître les œuvres et les artistes, c'est bien toi !

Il me semble toutefois qu'il y aura un cycle Molière, je me souviens avoir lu dans le Figaro que la troupe de la Comédie Française donnerait Les Précieuses ridicules et Monsieur de Pourceaugnac. 

Une amie de Monsieur Poiret nous a expliqué que le théâtre était l'oeuvre d'Auguste et Gustave Perret. Mais peut-être te l'ai-je déjà dit. Pardonne-moi, si je me répète, il m'arrive, à force de t'écrire aussi dans ma tête pour ne rien oublier, de ne plus savoir si je t'ai, ou non, tout raconté. Mais oui, cela me revient, j'ai évoqué le théâtre des Champs Elysées, pardon pour la redite, je ne raye pas tout ni ne réécrit !

On dit cependant que leur salle ici est originale et que c'est une "vivante protestation contre la routine qui règne encore dans les installations théâtrales".

Bien sûr, le côté éphémère de cette construction, qui induit de ne pas creuser ni de monter trop haut pour ne pas détruire la perspective de l'Esplanade, a dû changer leur manière de travailler. Il fallait tout de même une salle de spectacle sur l'Exposition et celle-ci semble tout à fait réussie, si j'en crois les échos qui nous parviennent. Madame de M., fidèle des péniches et fort sympathique reporter qui se charge de nous instruire de tout ce qui se passe ici, nous disait encore ce matin que Monsieur Perret - Auguste, je crois - faisait sienne une citation de Fénelon pour définir son travail : "Il ne faut admettre dans un édifice aucune partie destinée au seul ornement ; mais, visant toujours aux belles proportions, on doit tourner en ornement toutes les parties nécessaires à soutenir un édifice."

Jamais je n'aurais pu te citer la phrase entière si nous n'avions pas eu l'idée, avec la jeune collègue qui partage ma curiosité  pour l'Exposition, de la noter. Et tu riras de savoir que dans son pavillon, Isabelle et sa collègue ont fait de même, Madame de M. ayant tenu là-bas les mêmes propos !

Art et décoration - Juin 1925
Art et décoration - Juin 1925
Art et décoration - Juin 1925

Art et décoration - Juin 1925

C'est une chance d'avoir une si brillante visiteuse qui se flatte de nous instruire. Sous ses allures mondaines, elle nous est d'un grand secours puisqu'elle est de toutes les inaugurations, et très attirée par  toutes les nouveautés qu'elle nous décrit de son air pincé avec un sourire au coin des yeux.

Mais revenons-en au théâtre qui peut accueillir huit cent spectateurs, ce qui me semble déjà énorme, mais qui jouit surtout des dernières avancées de l'électricité pilotée par un technicien ; il paraît que c'est une très grande avancée un vrai progrès qui permet aux spectateurs de n'être en rien gênés par les changements de lumière qui peuvent tour à tour mettre en avant les trois scènes qui composent l'ensemble.

Ce doit être tellement impressionnant ! Peut-être aurons-nous le bonheur de nous y rendre ensemble.

6e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 29 mai 1925

Je te disais dans une précédente lettre que je souffrais des pieds ! Je ne suis pas la seule et pas la plus à plaindre mais nous avons remarqué, depuis quelques jours, que des sièges roulants avaient fait leur apparition et même des voitures qui viennent se mêler à la foule des curieux et qui présentent un inconvénient majeur, on ne les entends pas arriver, elles sont incroyablement silencieuses : électriques paraît-il ! Je serais bien curieuse de savoir comment elles peuvent fonctionner, je t'assure qu'elles n'ont pas de fil ! On les appelle électrocars, peut-être deviendront-elles les véhicules de demain ?

Silence et absence de fumées : rien qui vienne perturber les flâneurs, quel plaisir. J'aurais été gênée de respirer les gaz d'échappement à chacune de mes sorties. Les seuls véhicules que l'on ne voit pas ici ce sont les vélocipèdes, il y a tant de monde qu'ils ne pourraient avancer et finiraient par basculer. Et puis chacun sait qu'ils se sentent intouchables et respectent rarement leur entourage, je n'aimerais pas finir sur un porte-bagages par la maladresse de ces conducteurs .

6e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 29 mai 1925
L'Intransigeant 26 mai 1925

L'Intransigeant 26 mai 1925

J'aurais encore beaucoup à te dire mais il se fait tard et j'ai déjà été bien assez bavarde. Rappelle-moi de te parler des épreuves sportives auxquelles nous avons assisté, c'était très impressionnant. De l'interdiction de photographier aussi, et des nombreuses portes, et... Mon Dieu, c'est sans fin ! J'arrête-là et je t'embrasse affectueusement ma très chère Juliette.

Anne, 

Paris le 29 mai 1925

PS : Je serai bien curieuse de savoir qui de ma carte ou de cette lettre postées le même jour arrivera en premier. Le courrier est parfois si surprenant. Ta dernière lettre m'est parvenue avant la précédente !

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M
Bonjour Anne,<br /> <br /> j’aime beaucoup cette correspondance que tu as imaginée. C'est vraiment une super idée qui rend tellement vivante ta description de cette manifestation.<br /> j'ignorais qu'il y avait des voitures électriques à cette époque! <br /> Merci Anne<br /> gros bisous<br /> :)
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Y
Tout ça issu de ton imagination ?<br /> Impressionnant. Et plusieurs publications.<br /> Bonne semaine à toi. ✓ Yann
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P
Et de nombreuses lectures et recherches oui ! Tu peux retrouver le lien vers toutes les publications dans la rubrique page du blog si cela t’amuse.
M
Les préoccupations des humains sont universelles finalement ça a un côté rassurant et j'aime ta manière de reconstituer toute une époque à travers tes lettres. La météo tracassait déjà les promeneurs qui voulaient profiter de leur visite avec le soleil, des voitures électriques permettaient de ne pas polluer les allées, et les amoureux des chiens voulaient les faire participer à la visite... Les illustrations anciennes sont tout à fait savoureuses (je n'avais jamais vu cet autocar électrique !). Merci aussi pour le diapo sur le théâtre...Bises et une belle semaine
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C
La météo avait déjà son importance à l'époque ! ce récit veut nous plonger dans le passé mais finalement, il y a une similitude avec notre 2025
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P
C’est la remarque que je me fais en lisant la presse de 1925. Je suis surprise de voir les similitudes
V
J'aime beaucoup, et il est amusant de constater que dans l'ensemble les choses n'ont pas beaucoup changées. Gros bisous Anne. cathy
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