Ma petite Juliette,
Cette carte rapide pour te montrer cette vue de nuit. Tu comprendras ainsi la poésie des lieux et mon émotion chaque jour renouvelée devant tant de beauté. Tu as raison de te moquer gentiment de moi lorsque je parle de "notre" Exposition. A force d'y déambuler quotidiennement, j'ai fait mien ce lieu de modernité, de découverte et de rencontres. Je crois d’ailleurs que nous tous qui y travaillons avons pris ce même travers.
Comment résister à la féerie de ces lieux où se bousculent tant de monde. Toutes les langues et tous les accents de nos régions se mélangent ici chaque jour, nous sommes loin de toujours comprendre les remarques des uns et des autres, mais nous devinons parfois au ton employé les râleurs ou au contraire les convaincus.
Mais il est un moment où tous sont unanimes pour exprimer leur admiration, c’est lorsque la nuit doucement s’invite et avec elle les lumières qui donnent une tout autre dimension aux lieux.
Les girandoles viennent dessiner les différents édifices de toute la grâce possible faisant oublier la densité des constructions, l’inachèvement parfois et la modernité pour certains déroutante. Tout scintille et tous nous admirons.
A la nuit tombée, cette ville dans la ville devient une fête des lumières, des jeux d'eaux et de quelques feux d'artifice et tous nous redevenons des enfants, fascinés par tant de magie réunie sous nos yeux.
Je te promets que je n'exagère rien et je t'embrasse devinant ton sourire un peu ironique peut-être. Je t'attends.
Anne, ce 29 mai 1925
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