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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


22e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 7 octobre1925

Publié par Parisianne sur 7 Octobre 2025, 22:28pm

Catégories : #1925, #ART, #Architecture, #Art Déco, #Paris

22e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 7 octobre1925

Chère petite cousine, 

C'est la rentrée des classes et tu vas reprendre ton rythme de travail avec le même sérieux que les années précédentes. J'espère que tu as bien profité de tes grandes vacances et que tu as pendant cette période appris de nombreuses choses et lu beaucoup de bon livres. J'ai vu que les programmes avaient changé, souhaitons que cela ne devienne pas une habitude de modifier constamment les programmes. Enfin, je vous souhaite à Jean et toi une belle et riche année scolaire, pleine de nouveaux apprentissages.

Le Petit Journal du 7 octobre 1925

Nous avons eu ici de belles journées froides et ensoleillées, parfaites pour continuer mes explorations de l'Exposition, mais il arrive parfois que des événements perturbent notre quotidien. Tu auras peut-être vu dans les journaux cet homme qui a été arrêté parce qu'il distribuait des tracts antimilitaristes. Après les années de guerre que nous venons de traverser, quoi de plus normal que de souhaiter la fin de l'armement ? 

Que cet acte ait été jugé inadapté dans les lieux, je peux le comprendre mais je ne me remets pas de la manière dont les journaux en parlent. Quel besoin ont-ils de donner tant de détails sur l'origine du pauvre homme, et pire que cela, ils donnent son nom et même son adresse, le jetant en pâture à la vindicte populaire trop souvent encline à la violence et qui n'a pas encore eu assez de combats, de terreur et de morts.

Comment peut-on ainsi montrer du doigt un homme, quel que soit son crime, ou ce que l'on juge comme tel. A ce rythme tout sera bientôt commenté dans l'instant et fera le tour du monde, donnant à la presse un rôle qui n'est pas le sien, faisant fi de la sécurité, de la discrétion. 

Comment peut-on arriver à ce point de non respect ? Souhaitons qu'avec les années nous apprenions à nous comporter mieux.

Marcel tente te tempérer mes colères, il est beaucoup plus calme que moi mais Isabelle me ressemble davantage et comme moi elle était très choquée de cet encart dans le journal. Mais nous n'avons pas notre mot à dire, n'est-ce pas ?

22e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 7 octobre1925

Sous la parure, la femme elle-même transparaît, ce sont ses formes, ses gestes, ses poses familières que nous restituent ces poupées. A travers elles, l'artiste sait évoquer, avec une extrême simplicité de moyens, la personnalité complexe de l'élégante moderne, créature de luxe et d'activité à la fois.

Vogue 1er août 1925

Enfin, revenons à ce qui nous occupe encore beaucoup, cette belle Exposition qui se dirige doucement vers sa clôture, au grand soulagement de certains, au désespoir des autres ! Bien entendu, tu imagineras sans peine que nous puissions être dans la seconde catégorie, et malgré toutes les festivités que l'on nous promet, j'ai beaucoup de mal à imaginer que bientôt tout aura disparu. Mais puisque nous y sommes encore, nous en profitons pleinement.

Avec Isabelle, nous sommes accordé une  promenade mode ! Nous sommes retournées au Pavillon de l'Elégance, sans les garçons, c'était notre moment à nous et puis la mode je ne suis pas certaine que cela les passionne ! 

Isabelle nous a trouvé un exemplaire du magazine Vogue du mois d'août, ce qui nous a donné envie de retourner voir les mannequins de la maison Siegel tant ils en parlent avec admiration. Et c'est vrai qu'ils sont beaux ! moi qui suis habituée à côtoyer les mannequins de Monsieur Poiret, avec qui j'aime particulièrement échanger sur leur manière de ressentir les merveilleuses toilettes qu'elles portent, je ne me lasse pas d'admirer aussi ces poupées de cires ou de bois aux positions si expressives. D'autant que nous avons le choix, il y a six cent mannequins exposés ! Tous les couturiers les utilisent, y compris Monsieur Poiret, Jeanne Lanvin, Paquin, Patou, Worth, pour ne citer que ceux que tu as le plus admirés lors de ta visite.

 

22e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 7 octobre1925

D'ailleurs, Siegel a également une boutique sur le Pont Alexandre, tu te souviens, nous nous étions amusées d'une petite fille qui parlait à la poupée exposée en vitrine, il faut avouer quelles sont plus vraies que natures, il ne leur manque qu'un beau sourire, comme les vraies mannequins savent nous en offrir. 

J'aime tant l'emprunter ce Pont et sa Rue des boutiques conçue par Monsieur Maurice Dufrêne, l'architecte qui a fait celle de Siegel, Monsieur Herbst, a également travaillé pour les pianos Pleyel un peu plus loin. 

Pour ce qui est des mannequins, que l'on peut voir dans plusieurs boutiques, Siegel n'est pas le seul à en fabriquer. J'ai vu des têtes en cire de Pierre Imans, on trouve ses mannequins dans les pavillons des grands magasins du Louvre et du Bon Marché, il me semble. Sa boutique a été décorée par les frères Martel, tu sais les jumeaux, nous les avons croisés à la Porte de la Concorde, tu te souviens ? Ce sont eux qui ont fait les arbres cubistes qui ont tant plu à Jean ! 

Ce Pont Alexandre qui voit passer beaucoup de monde nous offre vraiment une grande diversité. Nous nous sommes arrêtées avec Isabelle pour admirer les créations de Madame Sonia Delaunay qui crée des modèles de robes, de vêtements, d'accessoires et des tissus qu'elle appelle "simultanés", c'est très beau.

 

22e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs mercredi 7 octobre1925

Je dois avouer que je préfère les arts de la table à la mode, mais c'est sûrement parce que je ne sais jamais comment m'habiller, sauf ici où Monsieur Poiret et ma tante Germaine ont pris les choses en main ! Mais d'une manière générale, je ne suis pas très à l'aise avec ça, et je ne te parle même pas de la coiffure ! Mon Dieu, que vais-je devenir quand il me faudra m'occuper moi-même de toute ces questions qui me dépassent ! Je retournerai sûrement m'enfermer dans ma bibliothèque, comme toi petite cousine !

A propos de livre, nous devrions savoir le mois prochain qui aura le prix Goncourt cette année ! Je n'ai même pas encore lu (ni même coupé !) celui de l'an dernier, ce Chèvrefeuille de Monsieur Thierry Sandre.

Une chose est sûre, quand l'Exposition sera terminée je rattraperai tout le retard que j'ai pris dans la lecture. Tu me conseilleras, je te fais confiance !

Enfin, d'ici là, j'ai encore beaucoup à faire et je vais te laisser pour ce soir, une fois de plus, il se fait tard.

Je t'embrasse très affectueusement, sans oublier tes parents et ton adorable frère.

Anne,

Paris ce mercredi 7 octobre 1925

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M
Bonjour Anne,<br /> <br /> Une nouvelle lettre que je découvre avec grand plaisir.<br /> J'aurais aimé voir cette exposition, toute cette débauche de beaux vêtements. J'aime bien ce style dépouillé de la robe sans manche, de son drapé élégant <br /> Et je suis suffoquée par l'entrefilet sur le postier sénégalais. Quelle honte que de le jeter en pâture à tous les zinzins du pays! <br /> Encore un beau billet sur le sujet de cette immense Foire d'expositions. Quel superbe travail de recherches et de composition! Bravo!<br /> Gros bisous de bonne semaine<br /> ;)
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B
Tellement agréables ces articles illustrés.<br /> Encore merci Anne.<br /> Grosses bises
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E
Une petite et heureuse promenade sur ton blog ce matin ....il y a si longtemps !<br /> je t'embrasse
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M
Quelle merveille ces robes, il y a de quoi passer un moment devant la vitrine pour les admirer ! J'aime bien l'affiche vantant les mérites du mannequin en bois ! C'est super d'avoir accès à toutes ces anciennes publications, journaux, photos, un régal pour nous...Bises et une belle fin de journée
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P
Quand Anne 1925 parlé de tenue, je ne sais pas pourquoi, mais je sens transparaître la Anne de 2025 😁.<br /> <br /> Étonnant ce lynchage avec nom et adresse, une loi a dû l'interdire par la suite, je me demande quand.<br /> <br /> J'ai lu l'article a la terrasse d'un café, il fait froid, on sent que la fin de l'exposition est proche, j'imagine des allées bien moins fréquentées.<br /> <br /> Merci de nous maintenir en contact avec cette époque
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