[...] le verre s'exprime autour de 1925 dans différentes techniques à travers quelques personnalités originales.
La première place revient à René Lalique (1860-1945), qui abandonne la bijouterie qui lui avait valu un grand succès à l'Exposition universelle de 1900, pour le verre. Il envisage son nouveau métier d'une manière moderne, acceptant les moyens de fabrication mécanique qui permettent, lorsque les séries sont importantes, d'abaisser le prix de vente.
Nous n'avons pas inventé le verre, c'est vrai, mais dans l'histoire de l'art et de la civilisation, le mérite, sinon d'une idée entièrement nouvelle, du moins de son large développement longtemps différé, de sa mise en pratique jusqu'ici timide et restreinte, devra être attribué sans réserve aux artistes verriers d'aujourd'hui : nous voulons parler de l'application dans une ample mesure, de la verrerie à la construction, à la décoration, à l'ensemble de l'aménagement intérieur ou extérieur.
C'est à vous, verriers du début de ce siècle, que reviendra l'honneur d'avoir senti et affirmé les admirables ressources qu'offre à l'architecte et au décorateur l'emploi de cette matière brillante ou discrète à notre choix, solide et complaisante, qui se prête à des combinaisons utilitaires ou ornementales quasi infinies : c'est à vous que devra être dévolue la gloire d'en avoir imposé et généralisé l'usage pour le plus grand avantage des constructeurs et la plus grande joie des gens de goût.
Chère petite Juliette,
Je profite d'une soirée calme pour rentrer me mettre au chaud de bonne heure. Le vent et les ondées fréquentes ont eu raison de ma motivation à arpenter encore l'exposition, pourtant j'ai encore tant de choses à découvrir. Il m'a semblé d'ailleurs que je n'étais pas la seule à être perturbée par cet avant-goût précoce d'automne, les allées de l'Exposition étaient très clairsemées dès la fin de l'après-midi. Peut-être sont-ils tous venus en fin de semaine dernière.
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Il faut dire que les Fêtes de l'emprunt ont attiré beaucoup de monde, le programme était dense et s'étirait jusqu'au bout de la nuit. Je t'ai découpé le détail dans le Figaro, je suis certaine que mon oncle sera intéressé par le sujet, nous avons tant entendu les adultes parler de la dette, de l'emprunt et de toutes ces choses très sérieuses qui me dépassent mais que je sais préoccupantes.
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Grâce à toi, j'ai tout de même affronté les températures automnales de ces derniers jours et entraîné Isabelle, chaque fois que nous avions un peu de temps, dans les pas de René Lalique dont les quelques œuvres que tu as pu admirer t'ont tant charmée. Rassure toi, nous n'avons pas tout fait en une seule journée, c'est impossible, je te confirme, comme tu l'avais remarqué, qu'il est présent dans dix-huit points de l'Exposition. Je ne saurais dire s'il détient le record mais je trouve que c'est vraiment une belle performance.
Depuis le Grand Palais jusqu'aux Invalides, et même dans le pavillon dédié aux transports, les verres de Monsieur Lalique sont partout ! Nous avons beaucoup pensé à toi, et Isabelle, qui a un talent d'imitatrice que je ne lui connaissais pas, s'est exclamée à plusieurs reprise, exactement comme tu le faisais et avec la même intonation
"Oh, regardez cette jolie fontaine !
Oh, admirez ce travail sur la lumière !
Comme c'est beau, comme c'est beau !"
Ne vois-là aucune moquerie mais beaucoup de tendresse, ton ravissement nous a incitées à regarder à nouveau, regarder pour voir, avec un œil neuf, certains détails que nous avions fini par oublier à force de les croiser quotidiennement.
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Je ne passe plus par la Porte d'Honneur sans lever les yeux vers ces fontaines Lalique qui te valaient de bousculer tout le monde tant tu ne pouvais en détacher tes yeux. Et tu avais raison, je les observe maintenant avec plus d'attention chaque fois que je passe, et je ne peux que constater les jeux de lumière qu'elles apportent à l'ensemble. Tu disais vrai petite cousine, c'est vraiment très beau, et maintenant que les jours raccourcissent, je peux aussi les admirer illuminées, lorsque je quitte un peu tard, c'est un jaillissement de lumière, une farandole dans la nuit.
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L'atmosphère de l'Exposition est différente. Lorsque nous sortons après huit heures le soir et que la nuit tombe, ce n'est plus la nuit festive de l'été, c'est, surtout dans ces jours de grande fraîcheur, une nuit enveloppante dans laquelle les bruits semblent se noyer. Il y a toujours beaucoup de monde mais l'euphorie estivale est contenue par des températures en dessous de 10°.
C'est étonnant comme en quelques semaines les choses ont changé.
Mais revenons à Monsieur Lalique. Bien sûr, la plus incroyable des œuvres présentes sur l'Exposition est cette fontaine Les Sources de France que Colette elle-même a qualifiée de "merveilleuse".
D'ailleurs, petite parenthèse, t'ai-je dit que Monsieur Poiret était très ami avec Colette, et qu'ils parlaient même de faire ensemble du théâtre ! Ces deux personnalités réunies dans une pièce de théâtre, j'aimerais voir ça.
Mais revenons à cette fontaine qui vous a, Jean et toi, tant impressionnés, et nous tous aussi, rassure toi. Isabelle est capable de faire un grand détour juste pour passer devant, Pascal m'a dit plusieurs fois être fasciné par ce travail, et je ne suis pas en reste, ces cariatides me font rêver. Je me suis renseignée, elles sont au nombre de cent vingt-huit, la fontaine elle-même fait cent quinze mètres de haut (pardon, je me laisse emporter par mon admiration ! c'est bien quinze mètres et non cent quinze comme je l'avais écrit par erreur).
Je n'ose penser à ce qu'il pourrait advenir de cette fontaine à la fin de l'Exposition, il ne me paraît pas envisageable qu'elle soit simplement démolie. J'imagine que les statues vont être récupérées.
La fontaine est un sujet récurrent dans l'oeuvre de Monsieur Lalique, tu n'as sûrement pas oublié celle qu'il a faite pour le pavillon des parfumeurs. Une fontaine à parfum en verre (moulé-pressé) de six mètres. Quelle créativité !
Dans le registre du parfum, tu n'as pas eu le temps de le voir quand tu es venu mais Réné Lalique a également conçu de nombreux flacons dont celui pour le parfum Dans la nuit de la maison Worth.
Il a aussi décoré le stand Roger et Gallet.
Cet homme est plein de ressources. Quand on pense qu'il a commencé par des bijoux, et que maintenant il travaille l'utilisation du verre dans l'architecture. Il avait pour cliente la grande Sarah Bernhardt, quelle tristesse qu'elle soit morte en 1923, je suis certaine qu'elle aurait adoré l'Exposition. Je l'imagine divine, arpentant dans un nuage de voiles les allées de l'Exposition, sans son tigre mais peut-être avec son chien ! Je m'égare, mais j'aurais aimé la croiser.
Enfin, pour Monsieur Lalique, je suis loin d'avoir encore énuméré tous ses travaux répartis à l'Exposition, Marcel me disait qu'au pavillon des transports il était évoqué dans la rubrique des paquebots, il a avec sa fille Suzanne, contribué au somptueux salon de conversation du paquebot Paris au début des années 20, et qu'il travail sur des projets pour des trains. Tu vois qu'il ne manque pas de ressources ! J'aime aussi beaucoup l'idée qu'il travaille avec sa fille, quelle chance de pouvoir collaborer ainsi et créer en famille. Suzanne participe aussi de la porcelaine par le biais de la famille de son mari Paul Burty Haviland. Tu imagines les tables dans ces familles ! Ce doit être grandiose, verrerie Lalique, porcelaine de Limoges griffée Haviland, et j'imagine un peu de Christofle pour l'argenterie, il y a là de quoi rêver !
D'ailleurs, je m'en vais rejoindre le pays des rêves, il est fort tard et la journée demain s'annonce encore bien remplie !
Je t'embrasse affectueusement petite cousine, et je reviens vite poursuivre mon exploration de l'univers de Monsieur Lalique.
Anne,
Paris, ce vendredi 4 septembre 1925
Concernant la journée de l'emprunt, je n'ai pas trouvé grand chose en dehors de cet article de la radio de Lille.
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1925, les premiers pas de la radio à Lille - Les radios au temps de la TSF
Quels étaient les stations, les programmes, les heurs et les malheurs des radios au temps de la TSF ? Revivez quelques pages de la grande aventure de la radio en suivant ce blog.
https://www.radiotsf.fr/1925-les-premiers-pas-de-la-radio-a-lille/
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