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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


17e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs jeudi 13 août 1925

Publié par Parisianne sur 13 Août 2025, 19:16pm

Catégories : #1925, #ART, #Architecture, #Art Déco, #Paris

Dis-moi comment tu t'amuses, je te dirai qui tu es !

Robert de Beauplan, L'Illustration du 8 août 1925

17e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs jeudi 13 août 1925

Chère petite cousine, si chère Juliette,

Cette lettre arrivera sans doute avant que vous ne soyez rentrés, mais je tenais à te dire, et à tes chers parents, une fois encore merci. Quel bonheur, mais quel bonheur et quelle merveilleuse surprise de vous avoir tous à mes côtés pour mon anniversaire, cette date toujours un peu délicate pour moi a été illuminée de votre présence, vos nombreuses attentions et toute votre délicatesse.

Infiniment merci, encore et encore pour cette journée de fête du lever au coucher du soleil !

Même la météo, toujours capricieuse, nous a été plutôt favorable en ce 4 août.

Monsieur Poiret nous a d'ailleurs fait rire en montrant son inquiétude devant la couleur du ciel parfois menaçant, nous ne comprenions pas pourquoi il en faisait une affaire si importante jusqu'à ce qu'il m'offre son magnifique cadeau, j'ai été si touchée par cette incroyable ombrelle, il connaît mon goût prononcé pour cet accessoire que je trouve si féminin. Elle est si belle que je me demande si j'oserai l'utiliser un jour, mais au moins, je la garderai toujours en souvenir de l'Exposition.

Monsieur Poiret est si généreux qu'il m'arrive parfois de penser que cela pourrait lui porter préjudice. Il paraît qu'il n'avait pas son pareil pour organiser des fêtes somptueuses. Tous ses invités lui rendent-ils ses largesses et seraient-ils des aides en cas de revers de fortune ?

Vous m'avez également beaucoup gâtée avec ce joli poudrier de la prestigieuse maison Louis Toussaint Piver, il ne me quittera plus c'est certain, il est si raffiné que je ne me lasse pas de l'admirer.

 

 

 

 

Tante Germaine a été un peu taquine à l'égard de son frère Paul en m'offrant ce magnifique parfum Worth dans un flacon Lalique, j'en suis encore tout émue. Ce parfum me transporte dans l'univers des femmes, j'ai l'impression soudain d'avoir quitté l'enfance, et comme mon enfance a été émaillée de douleurs, je n'en suis que plus heureuse. 

Tu as bien sûr remarqué aussi mon émotion devant ce superbe livre offert par Isabelle et mes collègues auxquelles Pascal s'est joint, les poèmes d'Alfred de Vigny reliés par Pierre Legrain, jamais je n'aurais imaginé avoir un tel trésor dans ma bibliothèque pourtant déjà riche de quelques pépites qui me viennent de mes parents. Elles se sont donné tant de mal pour m'obtenir ce livre, je connais la volonté d'Isabelle quand elle veut arriver à ses fins et je sais que Pascal a largement contribué à faire en sorte qu'elle y parvienne, je suis vraiment très sensible à ce cadeau.

Bien sûr, tu auras également remarqué le cadeau très particulier de Marcel, il m'a avoué avoir sollicité la complicité de Monsieur Poiret pour pouvoir accéder à Monsieur Paul Iribe. L'idée de cette gravure est tout simplement magnifique. Une rose sans en être une, l'association des fleurs que j'aime tant, des idées de Monsieur Poiret que j'admire tant, et le talent de Monsieur Iribe qui a collaboré avec ce dernier, j'en étais bouleversée. Je crois que nous tissons des liens chaque jour un peu plus fort avec Marcel, et j'en suis très heureuse, je sais que tu l'as noté.

J'ai été incroyablement gâtée et je ne suis pas prêt d'oublier cette journée. Tous ces présents incroyables ont un lien avec l'Exposition, au-delà de mon anniversaire, ils me resteront de cette magnifique expérience qui m'aura donné de découvrir tant de nouveautés, je mesure la chance qui est la mienne.

17e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs jeudi 13 août 1925

Voilà d'abord, dès l'entrée, le Manège de la Vie parisienne. C'est à Paul Poiret qu'on le doit. Cette signature est un brevet d'originalité. L'habituelle faune foraine - chevaux, cochons et autres animaux en carton-pâte - a fait place à une série de types empruntés au spectacle de la rue et rendus dans le style cubiste : c'est la marchande des quatre-saisons, le petit télégraphiste, le sergent de ville, la midinette, le garçon livreur, le bourgeois, la pierreuse, l'apache et dix autres encore. On se hisse, comme l'on peut, sur le panier du pâtissier ou à califourchon sur la sacoche de l'employé de banque. Des crampons de fer vous permettent heureusement de vous agripper au petit bonheur.

Robert de Beauplan, L'Illustration du 8 août 1925

17e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs jeudi 13 août 1925
17e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs jeudi 13 août 1925
17e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs jeudi 13 août 1925

Cette journée a été une si belle fête enrichie encore par le bonheur de savoir que pendant quelques jours, je pourrais vous entraîner, Jean et toi, dans cette Exposition qui m'occupe tant depuis plusieurs mois maintenant.

Mais j'ai trouvé excellente l'idée des adultes de nous entraîner tous pour votre premier jour dans les différentes attractions. Je sais que notre petit Jean (qui n'est plus si petit d'ailleurs, j'ai été impressionnée de sa taille !) n'espérait que ça, et je crois pouvoir dire sans me tromper que nous avons tous savouré ces moments.

J'étais si heureuse de votre étonnement devant le Manège de la Vie parisienne, j'avais volontairement tu son existence pour vous en faire la surprise, et je crois que pour être surpris, vous l'avez été ! Je revois vos têtes, c'était si drôle ! 

Entre ces attractions et nos divertissements forains de jadis, il y a à peu près la même différence qu'entre le music-hall et le café concert. L'américanisation a passé par là. Un sociologue ou un psychologue n'aurait point de peine à démêler les divers éléments qui ont concouru à la conception de ces machines à émotions inédites. Elles utilisent les ressources de l'électricité et la perfection de la mécanique. Elles empruntent aux sports violents leur habitude de la vitesse et, même quand ce n'est qu'une illusion, leur goût du risque.

Robert de Beauplan, L'Illustration du 8 août 1925

17e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs jeudi 13 août 1925

Certains ne manquent pas de critiquer les attractions qui n'auraient rien à faire dans une exposition d'arts décoratifs mais pourquoi bouder son plaisir ? On peut tout à fait aimer découvrir les prouesses architecturales, les nouveautés décoratives, les savoir-faire d'excellence et aimer rire et se divertir, non ? En tout cas, moi j'ai tout aimé, enfin sauf le Bol magique, j'ai vraiment cru que j'allais être malade, rien que d'y penser j'en ai encore la nausée !

Certaines attractions semblent plus dangereuses que d'autres et j'étais ravie que le Scenic Railway soit encore fermé, je suis certaine que Jean et Marcel auraient souhaité y aller, je pense même que Pascal, Monsieur Poiret et mes oncles leur auraient emboîté le pas ! Il n'y avait qu'à voir leur plaisir dans la Cascade ! Dieu que c'était drôle ! heureusement que nous avions été prévenues que cette attraction était un peu difficile pour les dames en jupes courtes. Les jupes culottes sont les plus adaptées, elles devraient rencontrer un vrai succès à chaque fête !

17e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs jeudi 13 août 1925

Seule je ne serais jamais montée dans la Chenille ni dans la crémaillère à fauteuils, mais tous ensemble, il faut reconnaître que nous avons là encore bien ri et passé un très agréable moment.

Je suis assez réticente avec le "Tir photographique" et le "jeu de massacre vivant ou "nègre à l'eau", je trouve ces jeux humiliants, tant pour les jeunes femmes en pyjama qui tombent de leur lit quand un habile tireur met dans le mille que pour ces messieurs qui finissent trop souvent à l'eau. J'étais heureuse qu'aucun d'entre nous ne manifeste de goût pour ces attractions déplacées.

Ah, petite cousine, que de beaux moments et quel bonheur encore rien qu'en les évoquant.

Tu retrouveras bientôt le calme de ta jolie campagne avant la rentrée, repose toi bien, tous ces voyages ont dû vous épuiser. Je reviens vite vers toi, je pars en quête des réponses aux questions que tu m'as posées concernant Monsieur Lalique, je n'ai pas encore compté combien de fois il était représenté sur l'exposition mais je vais me renseigner.

Je t'embrasse très affectueusement.

Anne,

Paris, ce jeudi 13 août 1925

avec le soleil qui revient timidement après de nouvelles intempéries et un très gros orage hier encore qui a inquiété Isabelle dont les parents sont dans l'Oise

 

 

 

 

 

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P
Tu as donc gardé le poudrier et l'ombrelle depuis 1925 😁.<br /> <br /> J'aime bien comment tu parles des attractions racistes et sexistes. Le point de vue d'une femme de l'époque qui en sous titre, laisse entendre ce que pouvait ressentir les gens de couleur.
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P
Le poudrier m’a été offert par mon amie Isabelle, la vraie 😉. L’ombrelle, j’en rêve !
V
Les objets que tu nous présente sont superbes!!! amusant de voir le journal, le temps était le même à l'époque... Gros bisous Anne. cathy
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L
Une ombrelle offerte par M Poret... Quel sublime cadeau !
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P
Le rêve oui 😁<br /> Tu as lu son livre, «  en habillant l’époque » ? Un homme qui semble d’un générosité incroyable et qui va le mener à la ruine.
M
Bonjour Anne,<br /> <br /> C'est toujours avec un grand plaisir que je découvre tes lettres imaginaires. <br /> Poiret: quel créateur! On fait souvent référence à cet immense couturier. <br /> Les escaliers roulants. Une sacrée belle invention. C'est sûr que cela a dû étonner les gens! <br /> <br /> "Je suis assez réticente avec le "Tir photographique" et le "jeu de massacre vivant ou "nègre à l'eau", je trouve ces jeux humiliants,"<br /> Oui. Complètement d'accord avec toi. la première fois où j'en ai entendu parler, ce que cela m'a choquée!<br /> <br /> Gros bisous!!!!!!!!
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P
Excellente promenade de souvenirs d'évènements éditoriaux et notamment lr titre du journal L'INTRANSIGEANT qui deviendra PARIS PRESSE L'INTRANSIGEANT quelques années plus tard.<br /> <br /> Merci Anne..Amitiés
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