On dit qu'il y a trois sortes de phares. Les paradis sont érigés à terre. Les enfers le sont en pleine mer et, le plus souvent, c'est là qu'un gardien doit commencer par faire ses preuves. Et pour ceux du genre d'Ogijima, situés sur une île, on parle de purgatoires.
Sans aucune expérience, je mesure la chance que j'ai eue d'obtenir ce poste-là. Sans compter que, pour un gars égaré dans les limbes comme je l'étais à l'époque, le purgatoire ça convenait plutôt bien.
Mais tu vois, ce qui, peu de temps avant, n'était qu'une blessure trouvait ici un autre sens. La solitude n'était plus seulement une affaire d'abandon ou de tristesse. Mais aussi une affaire de responsabilité. Mon métier de gardien de phare lui redonnait de l'élégance.
Antoine Choplin, que vous connaissez déjà pour l'avoir croisé ici dans l'évocation de trois de ses romans, et pour la première fois l'an dernier avec Partie italienne, nous entraîne cette fois encore dans son univers d'art et d'humanité sans référence toutefois aux drames de l'Histoire comme il le fait souvent, et nous partons pour le Japon.
Mais surtout, je me souviens que mon regard s’accrochait aux lointains. Par cette attente douce et pour ainsi dire incessante, le temps perdait sa connaissance. Les heures du jour et de la nuit s’écoulaient sans que j’y prenne garde. Le paysage n’avait rien d’ennuyeux, tu peux me croire. Ça palpitait sans arrêt, ici et là, et même si ce n’était pas grand-chose, ça me tenait les sens en alerte. Les couleurs, les bruits du vent, les oiseaux, les brumes qui s’en venaient ou qui se dissipaient.
La Barque de Masao réunit, sur des îles japonaises, un père et sa fille grandie loin de lui et qui, devenue architecte, vient travailler sur le projet d'un musée dans lequel elle fait entrer ce père devenu ouvrier après avoir été gardien de phare pour fuir ses fantômes.
Masao, ne se sent pas à sa place dans l'univers de l'art, son enfant, Harumi, va lui montrer l'universalité de la pensée artistique et le ramener à l'eau source de drames mais surtout de vie.
Toujours beaucoup de sensibilité, de poésie, de réflexions dans les romans d'Antoine Choplin. Celui-ci nous emmène au Japon, dans un monde de silences et d'eau pour nous interroger sur le rôle et les ressources de l'art.
Un superbe voyage que je vous recommande chaudement. L'écriture d'Antoine Choplin est vraiment très belle, laissez-vous tenter.
J'ai passé la nuit ainsi, immobile, à mon poste de veille. Même si veille n'est pas le mot qui convient pour dire ces heures d'absence, tenues par les parois d'un gouffre. Vides. Et puis, champ de bataille, au lendemain des combats, il n'y a plus rien que l'on puisse veiller, n'est-ce pas.
Cette eau-là, sous l'éclat de la lune, ça ressemblait plus à une robe, pour elle. Une parure. Et, pour moi, ça dessinait une route. Et, peut-être, pour nous deux ensemble, une sorte de lisière. C'est un bel endroit pour se retrouver, la lisière, n'est-ce pas Harumi.
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