Laurent Gaudé est un auteur que j'aime particulièrement. Avant de vous parler prochainement de son dernier livre, Pour seul cortège, je mets cet article déjà publié en d'autres lieux.
Cris, ce sont des voix qui s'élèvent, des voix qui sortent de la terre meurtrie du front, de cette terre déchirée par la folie des hommes durant la Grande Guerre.
Marius, Boris, Ripoll, Jules ou encore le Gazé, le Lieutenant Régnier ou le Médecin, chacun leur tour ces hommes s'expriment dans un monologue intérieur. Ils font entendre leurs cris de désespoir, de douleur, d'attachement à leurs frères, de haine à l'ennemi et à cette boue qui les uns après les autres va les ensevelir.
"Une petite armée d'hallucinés qui n'a plus peur et ne sais plus dormir. Et dont les hommes restent, tête droite, regard écarquillé, en plein milieu du front. Nous sommes une armée de sourds éparpillés."
Les hommes se soutiennent, se supportent jusqu'au bout, "je suis arrivé au bout. Tout au bout de moi-même" et souffrent de voir souffrir leurs camarades. "Et je me demande bien quel visage à le monstre qui est là-haut, qui se fait appeler Dieu, et combien de doigts il a à chaque main pour pouvoir compter autant de morts."
Chacun parle à la 1ère personne, observe la folie des combats et celle qui s'emparre des plus fragiles "j'avais bien vu qu'il avait son air des mauvais jours. La haine au ventre. Et l'envie de courir tout droit, sans se coucher, sans esquiver, l'envie de ne plus se battre mais d'avancer, injuriant la terre entière."
La critique en page 4 dit ceci :
"Dans ce texte incantatoire, l'auteur de la Mort du roi Tsongor et du Soleil des Scorta nous plonge dans l'immédiateté des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissante."
Je suis tout à fait de cet avis.
Ces Cris sous la plume de Laurent Gaudé résonnent encore, bien longtemps après avoir fermé ce terrible livre.
