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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


Charles Juliet, Dans la lumière des saisons - Lettres à une amie lointaine

Publié par Parisianne sur 4 Janvier 2024, 12:22pm

Catégories : #Lecture

Charles Juliet, Dans la lumière des saisons - Lettres à une amie lointaine

Les seuls chemins qui valent d’être empruntés sont ceux qui mènent à l’intérieur.

Cette première citation est volontairement très tronquée, pour la simple raison que j’y ai vu un écho à une autre, tirée des Insolents d’Ann Scott, évoqué il y a peu. Mais à la différence d'Ann Scott, qui évoque une introspection pour se trouver soi-même en se tenant à l'écart du monde, Charles Juliet fait référence à un combat contre ses propres démons - comparant son intériorité à une geôle - avec une certaine violence pour aboutir au final à une véritable sérénité. Je vous livre la suite parce que c'est très beau.

Celui qui veut à tout prix se rendre libre a beaucoup à souffrir et à se battre. Mais si un jour il arrive à jeter bas les murs de son cachot, puis à déboucher en pleine lumière, il lui est donné d'accéder à une certaine connaissance, et en lui, la peur, la haine de soi, l'angoisse et la culpabilité cèdent la place à une paix, une force, une foi en la vie qui feront que son cercle ira toujours grandissant. Alors sa main dont les doigts étaient comme des serres prêtes à étouffer leur proie, sa main se décrispe, s'ouvre, et il comprend qu'elle ne servira plus désormais qu'à la caresse et à l'offrande.
L'être qui s'est unifié n'est plus séparé. Il vit en accord et en harmonie avec lui-même, autrui et le monde.

Se connaître et s'aimer soi-même pour connaître et aimer les autres. Une forme d'évidence.

Charles Juliet, poète et écrivain, était pour moi un total inconnu, comment suis-je arrivée à ce livre-ci ? C'est Yannick Poirier de la Librairie Tschann sur le Bd Montparnasse qui en a parlé dans une Grande Librairie, celle du 18 octobre, qui est toujours disponible en replay.
J'ai fréquenté souvent cette librairie, il y a quelques années, et écouter Yannick échanger avec les lecteurs était toujours un vrai plaisir, aussi, je n'ai pas hésité longtemps. en l'entendant parler de cet ouvrage comme "un livre du recueillement".

Une découverte, donc,  ce petit livre de 1991 mais édité en Poche en 2022, rédigé sous forme de lettres écrites à une amie au fil des saisons.
Quatre saisons, quatre lettres.

L'extrait que je viens de vous citer est dans la lettre du printemps, cette période où la vie foisonne, que l'auteur évoque à travers une déambulation dans les vignes.

 

Pour ne pas meurtrir
ce silence où germent mes mots
où que je sois
je parle bas

Charles Juliet, été

A travers cette correspondance à une voix, nous n'avons, comme souvent, pas les réponses de l'amie destinataire des lettres, l'auteur s'interroge sur son rapport au temps, à l'autre, à lui-même.

L'écriture est poétique, la nature toujours présente, écrasée de chaleur ou lovée dans un manteau de neige, elle est celle qui accompagne bien entendu les humeurs et la quête de l'expression.

J'étais encore dans les bois lorsqu'est tombée la nuit, et avec elle, une soudaine fraîcheur. Le silence a semblé s'approfondir, et une sourde mélancolie m'a étreint. Bien des choses remuaient dans mes limbes. Sentiment de solitude, vague angoisse, retour des peurs de mon enfance, sensation du peu que représenter toute vie, crainte de ces menaces qui nous cernent, idées noires à voir approcher la mauvaise saison... c'était l'automne qui faisait irruption en moi avec ses soleils éteints, ses brumes, ses journées atones, ses feuilles pourrissantes...

Charles Juliet, Automne

C'est un texte qui se savoure et vers lequel on revient non sans une certaine gourmandise, ce que j'ai fait en rédigeant cette page, et pourtant je ne suis pas coutumière de ce type d'écrit.

Il y a un côté mystique, d'ailleurs c'est, je crois, le thème qui était au centre de la Grande Librairie dans laquelle j'ai entendu Yannick, mais je n'ai pas vu l'intégralité de l'émission, je ne pourrai donc pas vous en dire plus sur ce sujet.

Mon village est sous la neige, et depuis quelques jours, la température oscille entre moins quinze et moins vingt. Je suis seul. J'apprécie ces journées d'hiver où le dehors me repousse. Où rien ne vient s'opposer à ce que je me love en ma pénombre. A ce que j'aille à la rencontre de ces instants ou la vie a chance d'affluer, de s'offrir avec les mots qui auront à la recueillir.

Charles Juliet, Hiver

Au-delà des nombreux questionnements de l'auteur sur lui-même, le rapport à l'autre et au monde, j'ai été surprise par les nombreux doutes qui semblent l'assaillir sur sa capacité à écrire et à transmettre ses interrogations. J'ai aimé ces doutes !

Un beau petit livre qui se lit aisément, que l'on ait ou non la foi n'a aucune incidence. Je me suis amusée de voir que deux des lettres étaient datées de nos dates de naissance, à Gilles et à moi, et que la troisième était celle de la saint Guillaume ! Une forme de clin d'œil involontaire !

Vous aurez remarqué aussi la beauté de la couverture, un tableau de Cézanne, Le Moulin sur la Couleuvre à Pontoise. Un choix qui n'est, à mon sens, pas anodin.

Connaissez-vous cet auteur ? Ses oeuvres et ce texte en particulier ?

Je ne suis pas de ceux qui tiennent à faire croire qu'ils puisent tout en eux-mêmes et ne doivent rien à autrui.

Le fait qu’il s’agisse de lettres n’est pas non plus pour rien dans mon goût pour ce texte.

Je crois que nous pourrions bientôt parler de la correspondance, un sujet qui me tient à coeur et que j’ai déjà sûrement évoqué ici.

Charles Juliet, Dans la lumière des saisons, lettres à une amie lointaine, chez POL en format Poche. 

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E
Merci ! Pour ce beau partage ! Belle journée !<br /> <br /> Remercier je désire<br /> à cette heure du soir <br /> de ce point du monde <br /> remercier je désire le labyrinthe divin <br /> des causes et des effets <br /> pour la diversité des créatures qui peuplent cet univers singulier <br /> remercier je désire pour l'amour, qui nous fait voir les autres comme <br /> la divinité les voit <br /> pour le pain et le sel <br /> pour le mystère de la rose <br /> qui donne de la couleur <br /> et ne la voit pas <br /> pour l'art de l'amitié <br /> pour le dernier jour de Socrate <br /> pour la langue, qui peut simuler la sagesse <br /> remercier je désire pour le courage <br /> et le bonheur des autres <br /> pour la patrie ressentie dans le jasmin <br /> et pour la splendeur du feu qu'aucun humain ne peut regarder sans une stupéfaction antique <br /> et pour la mer qui est la plus proche <br /> et la plus douce de tous les dieux <br /> remercier je désire <br /> parce que les lucioles sont de retour <br /> et pour nous quand nous sommes ardents et légers <br /> quand nous sommes joyeux et reconnaissants <br /> pour la beauté des mots <br /> nature abstraite de Dieu <br /> pour la lecture, l'écriture, <br /> qui nous font explorer nous-mêmes <br /> et le monde <br /> pour le calme de la maison <br /> pour les enfants <br /> qui sont nos divinités domestiques <br /> pour l'âme, <br /> car si elle descend de sa marche<br /> la terre meurt <br /> pour le fait d'avoir une soeur <br /> remercier je désire pour tous <br /> ceux qui sont petits, clairs et libres <br /> pour l'art ancien du théâtre, <br /> quand il rassemble encore les vivants <br /> et les nourrit <br /> pour l'intelligence de l'amour <br /> pour le vin et sa couleur <br /> pour l'oisiveté avec son attente de rien <br /> pour la beauté tant ancienne <br /> et tant nouvelle<br /> remercier je désire <br /> pour les visages du monde <br /> qui sont variés <br /> et certains sont adorables <br /> pour quand la nuit l'on dors embrassés<br /> pour quand on est attentif et amoureux <br /> pour l'attention qui est la prière spontanée de l'âme <br /> pour nos maîtres immenses <br /> pour ceux qui au cours des siècles <br /> ont raisonné en nous <br /> pour toutes les bibliothèques du monde <br /> pour ce fait de se sentir bien parmi les autres qui lisent <br /> pour le bien de l'amitié <br /> quand l'on dit des choses stupides <br /> et chères <br /> pour tous les baisers d'amour <br /> pour l'amour qui te rend intrépide <br /> pour le contentement, l'enthousiasme, l'ivresse <br /> pour nos morts <br /> qui font de la mort un lieu habité. <br /> Remercier je désire <br /> parce que la musique existe <br /> sur cette terre<br /> pour la main droite et la main gauche <br /> et leur accord intime <br /> pour ceux qui sont indifférents à la notoriété <br /> pour les chiens, pour les chats, <br /> êtres fraternels chargés de mystère <br /> pour les fleurs et la victoire secrète <br /> qu'elles célèbrent<br /> pour le silence et ses nombreux dons pour le silence qui est peut-être la plus grande leçon <br /> pour le soleil, notre ancêtre. <br /> Remercier je désire <br /> pour Borges <br /> pour Whitman <br /> et François d'Assise<br /> pour Hopkins, pour Herbert <br /> parce qu'ils ont écrit déjà ce poème, <br /> pour le fait que ce poème est inépuisable et change selon les hommes <br /> et il n'atteindra jamais le dernier verset.<br /> Remercie je désire <br /> pour les minutes qui précédent le sommeil, <br /> pour les dons intimes que je n'énumère pas <br /> pour le sommeil et la mort <br /> ces deux trésors occultes.<br /> Et enfin remercier je désire <br /> pour la grande puissance de l'antique amour<br /> pour l'amour qui meut le soleil et les autres étoiles. <br /> Et bouge tout en nous. <br /> Mariangela Gualtieri, <br /> Enrico Alberti, Traduit le14.01.2020<br /> <br /> Lien vers original dit par Mariangela Gualtieri<br /> <br /> <br /> https://youtu.be/tT63e-S8V9A<br /> <br /> <br /> Personne n'est exceptionnel, mais tout le monde peut être vu comme exceptionnel... <br /> si c'est la bonne personne qui regarde.<br /> <br /> <br /> Le bonheur n'est pas quelque chose de prêt à l'emploi. Il vient de vos propres actions. <br /> Dalai Lama<br /> <br /> <br /> Les fleurs... <br /> elles offrent leur parfum à tous elles ne sélectionnent pas. <br /> <br /> <br /> Écrits divers de :<br /> <br /> Christiane Singer<br /> Éloge du mariage de l'engagement et autres folies. <br /> Anne Dufourmantelle<br /> La puissance de la douceur, <br /> Éloge du risque. <br /> Hélène Grimaud <br /> Variations sauvages <br /> Clarisse Pinkola Estes<br /> Femmes qui courent avec les loups <br /> Etty Hillesum<br /> Une vie bouleversée <br /> Hermann Hesse<br /> Siddhartha <br /> Martin Buber<br /> Le chemin de l'homme <br /> Martin Gray<br /> Le livre de la vie <br /> Christian Bobin<br /> Une petite robe de fête <br /> Eugen Herrigel<br /> Le zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc<br /> Alice Miller, notre corps ne ment jamais<br /> <br /> <br /> La chose la plus terrifiante c'est de s'accepter soi-même. <br /> Il ne s'agit pas d'atteindre la perfection, mais la totalité. La solitude ne vient pas de l’absence de gens autour de nous, mais de notre incapacité à communiquer les choses qui nous semblent importantes.<br /> <br /> Carl Gustav Jung <br /> <br /> Rien n'est aussi imminent que l'impossible. Victor Hugo<br /> <br /> Nous sommes ralentis par des ondes sonores et lumineuses, un faisceau ambulant de fréquences accordées au cosmos. Nous sommes des âmes vêtues de vêtements biochimiques sacrés et nos corps sont les instruments à travers lesquels nos âmes jouent leur musique. Albert Einstein<br /> <br /> Nous sommes tous ignorants mais nous n'ignorons pas les mêmes choses.<br /> <br /> On peut savoir sans aimer, mais on ne peut pas conNaître sans aimer..<br /> <br /> Le plus beau des courages c'est d'être heureux. <br /> <br /> Quand on est seul et qu'on se regarde on voit qu'on est qu'illusion...<br /> Je sais que je ne suis rien... ça ne me gêne pas, c'est comme ça, c'est mon destin, je suis une cellule de plus dans une histoire où dans l'univers nous avons déjà été plusieurs milliards à vivre, plusieurs millions à mourir... mais je suis un rien qui est content, je suis content d'être là, c'est qui compte aussi. <br /> C'est une chance la vie, pas un dû. <br /> Pour qui ne sait pas où aller il n'y a aucun vent favorable. <br /> <br /> "Avant que la mémoire s'efface", <br /> Olivier de Kersauson<br /> <br /> 🍀🌿
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A
Un auteur dont j'apprécie la plume.
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M
Ce livre a l'air en effet magnifique ! C'est un auteur que je n'ai pas lu depuis des années, je ne sais pas pourquoi pourtant je l'aimais beaucoup. Les extraits sont très beaux. Je ne sais plus si je suis passée ou pas sur ton blog pour te souhaiter une bonne année 2024. Si ce n'est pas le cas j'en profite avec ce message...A très bientôt. Bises
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L
les extraits que tu cites sont très beaux merci pour ce billet
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D
un de mes auteurs fétiche et que j'ai eu la chance de croisé et avec lequel j'ai échangé du temps où il arpentait une libraire place Bellecour qui aujourd'hui hélas n'existe plus<br /> j'ai son journal que j'engrange depuis des années
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