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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


Petit papotage entre amis à l'heure d'écrire le dernier chapitre

Publié par Parisianne sur 27 Juin 2023, 10:41am

Catégories : #Grands Seniors

Petit papotage entre amis à l'heure d'écrire le dernier chapitre

Vicieuse, imprévisible dans ses manifestations, la maladie a pris le galop pour poursuivre son chemin ravageur. La lutte est devenue impossible, la bataille est sur le point d'être perdue, la démence devient violence, décuplant les forces du désespéré qui dans certains moments d'une lucidité effrayante ne demande qu'à en finir, prêt à se passer par la première fenêtre ouverte, se retournant contre celle qui tente de l’apaiser de toute la force de son amour.

Georges sera hospitalisé dans les jours qui viennent, les suites sont inconnues de tous.

Toutes les activités ont été suspendues. J’étais la dernière à passer.

Et une fois encore, la magie des mots à opéré.

... Et debout devant Dieu, Moïse ayant pris place,
Dans le nuage obscur lui parlait face à face.

Alfred de Vigny, Moïse

Mais pourquoi cette anthologie, que nous parcourons inlassablement depuis des mois, s'est-elle justement ouverte sur ce Moïse de Vigny ? Pourquoi, après une récitation très hésitante, et dans les larmes, du sonnet de Félix Arvers, Georges est-il précisément tombé sur ce texte et ces vers à la résonnance si particulière ?

Comment dire les yeux brouillés qui m'ont tendu le livre pour que j'en fasse la lecture ?

Dans cette anthologie de la poésie française de Georges Pompidou, nous avons, ces derniers mois, lu avec gourmandise les Fables de La Fontaine, vu une ombre passer avec François Maynard, couru après les jours avec Apollinaire sur le Pont Mirabeau*, récité Hugo, déclamé Shakespeare, frémi dans un trou de verdure* aux côtés de Rimbaud, mais nous ne nous sommes jamais arrêtés sur ce Moïse.

Nous aurions donné Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber pour que portés par Nerval Un air très vieux languissant et funèbre*, ne vienne pas résonner plus fort que le reste.

Petit papotage entre amis à l'heure d'écrire le dernier chapitre

Mais voilà, ainsi va la vie, et nous avons fermé le livre sur ce qui aura été, je le crains, notre dernier rendez-vous. Aucune visibilité à l'heure où j'écris ces lignes. La poésie a été si importante pour Georges, que si l'hôpital le permet, j'irai lui porter encore ces mots qui ont été son chemin durant toute sa vie, ces mots qui ont su l'aider dans ses périodes de doutes en tant que médecin réanimateur, une vie entièrement tournée vers les autres.

Bien sûr, l'émotion est là, et c'est parce que nous avons, au-delà des ravages de la maladie, tissé des liens profonds que Kate m'a fait venir hier pour m'expliquer la situation. Nous n'avions pas imaginé que, malgré les moments de cris et de délire, je parviendrais par les mots de nos grands auteurs, à apaiser le temps de quelques heures la douleur profonde, nous n'avions pas imaginé qu'en passant de l'anglais au français, du français à l'anglais nous pourrions rire encore et surtout, sourire à la vie qui nous offre tant de belles choses. Nous n'avions pas imaginé... mais peut-on seulement imaginer quelque chose lorsque l'esprit s'échappe.

Comment oublier ce "Help" hurlé de façon récurrente et que la lecture d'un poème apaisait un instant ?

La lune n'était pas verte. Dommage. Ne dit-on pas du vert que c'est la couleur de l'espoir ?

N'oublions jamais le pouvoir des mots.

Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre !

Alfred de Vigny, Moïse

François Maynard, Sonnet

Guillaume Apollinaire, Sour le Pont Mirabeau

Arthur Rimbaud, Le Dormeur du val

Gérard de Nerval, Fantaisie

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V
Bonjour madame, <br /> <br /> Yann m'a transmis le lien de votre blog. <br /> Au travers de vos mots poignants, je revis les derniers jours de mon père. Je lui faisais la lecture, je lui ai relu le Petit Prince , premier livre qu'il m'offrit en me disant de toujours le garder précieusement auprès de moi. Ce furent nos derniers instants en tête à tête. <br /> Oui, n'oublions jamais le pourvoir des mots, d'une main tendue, d'un sourire , d'un regard , toutes ces étincelles de vie qui s'accrochent éperdument jusqu'au bout du chemin.<br /> <br /> Merci.
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M
Bonjour Anne,<br /> <br /> Tout comme Pascale, je me trouve démunie pour réagir après t'avoir lue. C'est tellement triste pour cet homme et ceux qui l'entourent. Et ce que, toi , tui lui as apporté, c'est tellement fort! Avant que tu m'en parles, je n'imaginais pas tout ce que la lecture pouvait offrir de réconfort. <br /> Merci Anne pour ce partage très émouvant<br /> Je t'embrasse
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C
Trop de souvenirs douloureux me reviennent à l'esprit . Ces fragments de textes, de poésie me font revivre l'inégalité de la lutte. Douloureux mais tellement beaux.
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P
Bonjour Anne,<br /> Difficile de déposer un message après un tel billet et des émotions si bien partagées.<br /> Alors simplement merci pour ce moment de partage sur ton espace.<br /> Bises et bonne journée.
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Y
Un billet écrit qui vient du ♥, des sentiments à partager, et Georges qui lutte. <br /> Et toi, à son chevet, à partager avec lui, des émotions de textes si bien écrits.<br /> À lire et relire, à chaque fois les mots deviennent plus forts de sens.<br /> J'évoque ici, un film qui a su m'émouvoir.<br /> Fahrenheit 451. Un état prend les pleins pouvoirs, et interdit l'accès à la culture et aux idées qui ne sont plus en droite ligne du bien à penser du moment. Des livres sont brûlés en public.<br /> Et là, des rebelles fuient, et vivent dans de profonds marécages.<br /> Des familles entières. Et chaque personne adulte apprend un livre par ♥.<br /> Quand l'heure arrive, un jeune est appelé, et on lui apprend le livre afin qu'il ne disparaissent de la mémothèque. Anne, tu me fais penser à ce jeune au chevet du malade. Tu lui confies ta force, et en retour il te donne son émotion, et tant et tant d'épisodes de sa vie. Tu vas devenir une bibliothèque de ces moments forts. Et aux autres, de prolonger toute cette mémoire. C'est du Truffaut. Adaptation d'un livre, je crois.<br /> Et nous devons tout faire pour garder ses pensées, et autres anecdotes, parfois teintées d'humour.<br /> Bon, j'ai peut être fait du hors sujet, comme j'avais souvent écrit sur mes copies :-)<br /> Merci aussi, te t'être exprimée sur le sujet des " madeleines de Proust ". Et d'avoir élargi le sens de cette maxime, vers des éléments qui ne sont pas forcément gustatives. Il faudrait que je réunisse vos propos, c'est de l'or, je le copie, sur du papier noble, le relie, en beau carton tissu, et le relirai périodiquement. <br /> Dans une émission, j'ai vu un petit tableau à vendre, de notre ami Devambez .... Ça aussi ça ascellé de beaux partages entre amis. <br /> Amic@lement. Yann
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