Il se dit qu'il n'y a pas que les feuilles qui tombent en automne. Ma photo est trompeuse, le ciel ce matin est gris et bas, et mon coeur lourd.
Après dix années d'accompagnement, d'échanges, de bavardages, de sorties, de rires et de larmes, Maryse, à qui je tenais la main hier encore, a mis un point final et est partie cette nuit rejoindre tous ceux qui l'avaient précédée.
Je suis triste bien sûr. Dix ans, ce n'est pas rien. Mais je suis riche de nos partages, des rencontres que j'ai pu faire à ses côtés, de tous ces moments durant lesquels nous avons refait le monde en le peignant de mille couleurs, en chantant à tue-tête avec Maria Callas - oui, oui la concurrence ne nous faisait même pas peur !
Je suis riche de tous ces instants où Maryse s'est confiée, m'a raconté son enfance, la douleur quotidienne lorsque petite-fille elle devait partir à l'école alors qu'elle n'aurait rêvé que de rester avec sa maman, les boutons des guêtres de son père qu'elle comptait et recomptait de manière obsessionnelle, le pot en fer blanc avec lequel elle montait chercher de la glace quand, pendant la guerre les allemands occupaient sa maison d'enfance, et tant d'autres choses qui revenaient parfois comme pour lutter contre cette mémoire qui s'échappait peu à peu.
Dix ans, ce n'est pas rien et c'est peu pourtant au regard de 95 ans d'une vie bien remplie.
J'ai eu cette chance, et j'en suis heureuse même si ma voix se brise aujourd'hui à ces évocations. Je sors le cœur riche de nombreux trésors.
Ainsi va la vie, les feuilles tombent toujours en automne.