Chaque fois qu’il faisait mérienne, c’était la même chose… Est-ce qu’il ne pourrait donc plus jamais se défendre de ses rêves ? Est-ce qu’il ne pourrait plus jamais dormir d’un bon sommeil d’homme tranquille et las ?
Que serait une année de lecture sans quelques Goncourt ? Vous vous souvenez de ma quête, il ne me manque plus que 17 livres pour achever ma collection, mais je n'ai pas eu beaucoup le loisir de chercher ces derniers mois. Les années manquantes étant bien entendu les plus anciennes, ce sont également les plus difficiles à trouver et, dans la mesure du possible, je préfère avoir affaire aux bouquinistes en chair et en os plutôt qu'à des ventes en ligne, ces dernières offrant leur lot de surprises, pas toujours plaisantes.
Ma dernière aventure avec un bouquiniste sur un site réservé à la vente de livres anciens, un exemplaire du Goncourt 1920 vendu pour broché propre et édité l'année du prix, or il s'agit d'un livre relié abîmé, édité postérieurement. Ce n'est pas la fin du monde, je vous l'accorde, mais j'aime pouvoir faire confiance. Mon message de constat agacé est bien sûr resté sans réponse. Là encore, ce n'est pas correct, d'autant que je ne réclamai ni remboursement ni rien et que j'ai pris le livre tel quel, les exemplaires de ce Goncourt dans une édition ancienne ne sont pas aisés à trouver, la somme déboursée dérisoire n'exclut pas le respect de l'acheteur.
J'ai appris que l'existence est dominée par les malentendus, qu'ils en sont le poison essentiel.
Trois Goncourt, donc, trois époques aussi !
1920, Nêne de Ernest Pérochon, un roman au parler désuet, une histoire de cœurs simples, pleins de générosité et de bonté, qui poussés à l'extrême peuvent commettre des actes irréparables. Vous noterez l'édition récente sur la photo, trouvée chez un bouquiniste avant l'édition plus ancienne.
1981, Anne-Marie de Lucien Bodard, changement de monde pour ce roman qui nous entraîne de la Chine à Paris dans un monde d'apparences et de faux-semblants, un monde dans lequel Anne-Marie brille au point de consumer son jeune fils. Un roman très fort sur l'amour filial sacrifié aux mondanités, une écriture magnifique.
2021, La plus secrète mémoire des hommes, de Mohamed Mbougard Sarr. Celui-ci, le dernier, vous en avez forcément entendu parler. Un livre brillant, magistralement écrit par ce si jeune auteur qui part de la quête d'un écrivain sénégalais qui connaît un immense succès en 1938 avant d'être démoli par la critique. Le livre explore le rapport à la littérature, le rapport à la France et à l'Afrique, particulièrement le Sénégal, dans un roman foisonnant, à la fois poétique et violent. Un grand moment de littérature.
La vie n'est rien d'autre que le trait d'union du mot peut-être. Je tente de marcher sur ce mince tiret. Tant pis s'il cède sous mon poids : je verrai alors ce qui vit ou est crevé en dessous.
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