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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


20e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 11 septembre1925

Publié par Parisianne sur 11 Septembre 2025, 22:18pm

Catégories : #1925, #ART, #Architecture, #Art Déco, #Art de la Table, #Paris

20e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 11 septembre1925

Chère Juliette,

Je pensais à toi en marchant l'autre matin, je suis arrivée à l'Exposition par le Pont de l'Alma, et suis passée devant l'hôtel particulier de Monsieur Lalique. C'est la porte qui a accroché mon regard, je n'y avais jamais prêté attention avant de me pencher, grâce à toi, sérieusement sur son travail.

Il demeure vraiment aux portes de l'Exposition, à deux pas de cette passerelle des frères Guidetti que j'aime tant.

Je suis certaine qu'il l'emprunte lorsqu'il se rend sur place, la vue y est si belle.

Je l'imagine assez bien admirer le Sampan indochinois, ou la péniche marocaine, se laisser absorber par les courbes et les couleurs des pavillons d'Afrique du Nord ou d'Afrique Occidentale. Toutes ces formes que nous voyons ici ne peuvent qu'inspirer ces grands artistes.

Tu sais que l'on dit que le credo de Monsieur Lalique ce sont les trois F :

Femme - Flore - Faune

Tout est représenté ici, d'ailleurs, après les pavillons africains, il passe devant le Pavillon de l'Horticulture où de nombreux concours ont été organisés au fil des mois, mettant en avant des fleurs de saison. Et puis tel un clin d'oeil, pour rejoindre son pavillon, Monsieur Lalique doit passer devant le Pavillon de l'art en Alsace et la maison alsacienne, pour lesquels il a créé des oeuvres.

Enfin, peut-être ne vient-il pas si fréquemment sur l'Exposition, il ne vit pas là en permanence, ses usines sont dans un petit village d'Alsace depuis 1922 m'a expliqué Pascal, à Wingen-sur-Moder très exactement, autant dire le bout du monde ! Il a trouvé là-bas la main d'œuvre qualifiée, et la matière première nécessaire à la fabrication du verre pour ses magnifiques pièces.

J'ai couru l'autre jour pour remonter toute l'esplanade des Invalides et aller revoir de près la porte de la Cour des métiers pour laquelle l'architecte Charles Plumet a demandé à René Lalique de faire des panneaux, ils s'intègrent tellement bien aux ferronneries de Monsieur Maison, c'est d'une grande beauté. Et puis on voit des souffleurs de verre, un bel hommage à ces ouvriers sans lesquels rien ne serait, ce doit être tellement fascinant  à voir en vrai !

20e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 11 septembre1925
20e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 11 septembre1925
20e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 11 septembre1925

On peut dire que M. Lalique, grâce à ses usines d'Alsace, a créé de toutes pièces une magnifique industrie, celle du verre où il triomphe par la beauté de la ligne, l'admirable technique et la richesse harmonieuse de l'invention. Il faut dire aussi qu'outre ses prestigieux objets de luxe, il s'est attaché à répandre utilement, en les mettant à la portée des bourses modestes, les plus exquises verreries de table : verres, saladiers, coupes à fruits, etc...

Guide de l'Exposition Paris 1925

Tu vois petite cousine, je poursuis mes explorations et je déplore la fuite du temps qui nous entraîne si vite vers l'automne et la fin de cette parenthèse enchantée.

C'est très sensible dans la presse qui couvre nettement moins de sujets concernant l'Exposition. Comme si les journalistes avaient tout vu ! pourtant il se passe encore beaucoup de choses, les concerts, les spectacles attirent toujours beaucoup de monde.

Moi qui suis là depuis l'ouverture, j'ai encore mille et une choses à faire que je crains de n'avoir pas le temps de mener à bien. Pourtant, nous allons dès que nous avons quelques instants, avec Isabelle et les garçons, découvrir de nouveaux lieux.

Pour Lalique, nous avons presque tout vu, surtout, bien entendu, ce pavillon d'une grande sobriété qui fait face au Pavillon de la Revue Art et décoration, l'un et l'autre de part et d'autre de la merveilleuse fontaine qui t'a tant émerveillée.

J'aime tant les arts de la table que je serais restée des heures à admirer la délicatesse des pièces exposées. Le chandelier, électrique, est le même que celui exposé dans le pavillon de Sèvres, une merveille !

Tu te rends compte, nous avons dans un périmètre restreint tous les plus grands noms : Lalique, nous en avons déjà beaucoup parlé, mais aussi la manufacture de Sèvres et non loin un pavillon Christofle et Baccarat qui expose également des merveilles.

Je suis certaine que nombre de futures mariées passées sur l'Exposition durant ces quelques mois n'ont pas manqué de noter quelques références de services, de verres ou de table, parfaits pour un intérieur moderne. J'ai moi-même repéré de bien jolies choses pour le cas où il me faudrait me constituer une ménagère.

Oh, je te vois sourire, et je sais que tu penses à Marcel. C'est vrai que nous sommes chaque jour plus proches, mais pour le moment il n'est question de rien.

C'est juste que je ne serais pas contre avoir une jolie vaisselle pour dresser des tables élégantes le jour où j'aurai mon chez  moi ! J'ai vu de très belles choses dans la boutique de la Maison Luce située à proximité du pavillon de Sèvres, vers la Porte Université Constantine.

Tu es toujours plongée dans tes livres, t'arrive t-il de penser tenir un jour une maison, cuisiner pour recevoir, orner de fleurs des tables de fêtes, etc.? J'aimerais assez, je crois, laisser libre cours à ma fantaisie dans un intérieur qui serait bien à moi et tout à mon image !

Pavillon Lalique architecte Ducluzant, dessins de René Lalique

Pavillon Lalique architecte Ducluzant, dessins de René Lalique

L'intérieur est composé avec le goût le plus rare et le plus aristocratique. Il montre sous des aspects divers une inspiration magistrale, soit dans le magnifique vase, soit dans la salle à manger exécutée par la maison Ch. Bernel, soit dans le vitrail, le dressoir, les appareils d'éclairage et le service de table d'une parfaite ordonnance et d'une élégance raffinée dans son extrême simplicité.

Guide de l'Exposition Paris 1925

Verrerie de la salle à manger du pavillon Lalique
Verrerie de la salle à manger du pavillon Lalique
Verrerie de la salle à manger du pavillon Lalique
Verrerie de la salle à manger du pavillon Lalique
Verrerie de la salle à manger du pavillon Lalique
Verrerie de la salle à manger du pavillon Lalique
Verrerie de la salle à manger du pavillon Lalique
Verrerie de la salle à manger du pavillon Lalique

Verrerie de la salle à manger du pavillon Lalique

20e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 11 septembre1925

Rassure toi Juliette, je ne suis pas encore mariée ! Mais je suis tout de même allée admirer le travail des diamantaires ! Oh petite cousine, comme je ris d'imaginer ta tête ! 

Très sérieusement, nous sommes tous allés admirer le travail de ces artistes qui taillent les pierres, c'est tout à fait intéressant et le pavillon dans lequel ils se tiennent est un bijou d'originalité.

Le pavillon en fer et verre surmonté d'un énorme cabochon ressemble vraiment à un diamant. Le jour, il joue de la lumière, et la nuit il est illuminé, grâce à une batterie de phare nous ont,  très sérieusement, expliqué Pascal et les garçons. Il a été réalisé par trois architectes, MM. Lambert, Saacké et Bailly.

On peut admirer dans un salon d'exposition des objets très précieux mais le plus passionnant est de regarder le travail des artisans qui se relaient au cours de la journée pour, sous nos yeux, transformer une pierre en merveille. Il me semble que c'est un lieu sous haute surveillance, inutile d'espérer récupérer un petit caillou bien pur !

20e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 11 septembre1925
20e Lettre imaginaire à une cousine de province - Exposition des Arts décoratifs vendredi 11 septembre1925

Malgré les journées qui raccourcissent et la fraîcheur qui nous oblige à sortir nos manteaux quand nous partons tôt le matin, le plaisir reste entier et nous arpentons toujours les allées avec un bonheur immense et le sentiment de participer à un événement exceptionnel qui entrera, je l'espère, dans l'histoire.

J'imagine des centaines de lettres comme les miennes, écrites pour toutes les Juliette à travers le monde afin de raconter dans toutes les langues les merveilles de l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. Je suis certaine que dans cent ans on en parlera encore !

Sur ces considérations qui ne manqueront pas de t'amuser, je le sais, je t'embrasse de toute mon affection. A très vite petite cousine, embrasse tes chers parents et serre très fort pour moi notre petit Jean avant qu'il ne se prenne pour un homme et que nous ne puissions plus le cajoler.

Anne

Paris, ce vendredi 11 septembre 1925

PS : avec les manteaux qui sortent, les boutons sont parfois plus gros, et Isabelle poursuit sa collection !

 

 

 

 

 

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L
cette déambulation reste toujours aussi passionnante, finalement, on se prend à croire que nous oublions le virtuel pour le réel. Un vrai défi hautement relevé, encore bravo !!!!
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M
Pour nous aussi le plaisir reste entier de lire tes lettres si intéressantes !<br /> Gros bisous Anne
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P
En ce jour du centenaire de l'expo des arts décoratifs parler de Lalique est bien venu et d'actualité.<br /> <br /> Beau WE Anne
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P
Mais où sont les lettres de ces centaines de Juliette et de Anne qui ont été diffusées dans le monde ? J'espérais que l'appel à communication pour le congrès en ferait remonter, mais je n'ai pas l'impression :-(<br /> <br /> Je me demande s'il y a encore en vie, une centenaire passée qui a un souvenir direct de l'exposition. Si on la trouvais, il faudrait l'interroger et l'enregistrer.<br /> <br /> L'automne arrive, et la fin de l'expo, et le début du Congrès...
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V
Ha Lalique, un homme qui sait me faire rêver... Gros bisous Anne. cathy
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