Nous parlions dernièrement d'Erik Satie par le prisme du théâtre et de la très belle pièce Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde et je mentionnais le livre de Stéphanie Kalfon.
Voilà un livre à la fois étrange et envoûtant, peut-être comme la musique de Satie finalement !
Un portrait qui lui ressemble serait donc volontiers dérangé, comme sa petite chambre d'effroi qui se trouve à Arcueil.
Ni roman ni biographie, Les parapluies de Satie nous donne des informations sur la vie, sur les fragilités du compositeur dans un style tantôt poétique tantôt décousu mais auquel on se laisse prendre ou perdre.
De nombreuses parties en italique semblent tirées des correspondances d'Erik Satie, mais ce n'est pas précisé. Il est difficile donc de faire la part de fiction et de réalité mais est-ce nécessaire ?
Je me suis laissée entraîner dans les déambulations loufoques, dans les noires facéties de ce personnage attachant. Et j'ai eu envie de prolonger mon chemin aux côtés du musicien en me plongeant dans Erik Satie raconté par Célia Houdart et Alain Huck.
Il s'agit là d'une forme de biographie illustrée par Allan Huck qui mélange dessins et textes. Les informations biographiques sont claires et datées, les originalités de l'homme autant que du musicien sont évoquées simplement, avec des références notamment à John Cage que Satie a inspiré pour son propre travail et qui semble avoir été le premier à se lancer dans l'interprétation de Vexations, composée en 1893 par Satie (j'ai lu parfois que c'était pour se venger de l'abandon de Suzanne Valadon), une pièce constituée d'une seule phrase musicale répétée 840 fois et qui dure plus de dix huit heures. John Cage était pour l'occasion accompagné de huit autres pianistes.
On y croise comme dans le précédent Cocteau, Man Ray, la Princesse de Polignac et les parapluies !
Les deux textes se complètent et se lisent aisément.
J'ignore si la solitude se négocie bien avec l'amour. Et si le son de la vie réchauffe les soirs de grand froid. Se réjouir d'être en vie, ramasser dans son coeur tout un tas d'indices comme des coquillages à emporter, des traces que les autres existent ou qu'on vaut quelque chose, possible oui, possible que cela rende moins triste... mais pas sûr qu'on soit plus au chaud au coin du passé Difficile de ne pas devenir fou, à force de collectionner les absences.
Man Ray estimait qu'Erik Satie était le seul musicien à avoir des yeux - lui qui était si myope. Le photographe avait repéré qu'Erik Satie n'écoutait pas la musique, il la peignait, il la photographiait, il l'observait. Elle fut à ses côtés comme un frère, une soeur auprès de qui on grandit, ombre inactuelle et pourtant là, plus qu'une présence : un être qui vous sauve de la faim, de la détresse, et même de l'amour.
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John Cage et la fascination Satie
John Cage (1912-1992) aurait eu 110 ans aujourd'hui. Saviez-vous que les œuvres et le travail conceptuel de John Cage sur les timbres musicaux, la forme musicale, l'épure et la répétition parta...
Pourtant, comme par un signe du destin, depuis le chaut d'une âme au chaos d'une autre, au seuil de la Porte Héroïque du Ciel, un an après la mort de Satie, naissait Miles Davis...
On le reconnaît au fait qu'il ne change pas d'allure mais d'avis. Il rentre de Paris vers Arcueil par un chemin identique, une tête identique, une cuite identique. Identique Erik...
Le dernier livre que je voulais évoquer n'a rien à voir avec les deux précédents, il s'agit là d'un roman que j'ai lu il y a plusieurs années déjà mais qui a toute sa place ici.
Dans Les Pêcheurs d'étoiles, Jean-Paul Delfino nous entraîne dans une folle traversée de Paris avec Satie et Cendrars pour guides, les deux larrons -largement avinés - voulant régler son compte à Cocteau qu'ils accusent de leur avoir volé l'argument de leur opéra.
Nous sommes en 1925, année de la mort de Satie, en plein coeur des années folles. Un texte d'une poésie tragique dans lequel la musique de Satie nous accompagne. Une pépite que je ne peux que vous inviter à découvrir si cette époque et ce musicien vous touchent.
Il me restera peut-être à trouver une biographie plus complète, ou à lire sa correspondance qui ne doit pas manquer d'intérêt, pour terminer ma découverte de cet artiste qui me touche particulièrement, et que j'aime croiser au gré des expositions, silhouette reconnaissable entre mille avec son chapeau melon et son parapluie.
Souvenez-vous, nous l'avons vu avec Brancusi, avec Man Ray aussi et quelques autres.
Les Parapluies d'Erik Satie, Stéphanie Kalfon - Joelle Losfeld Editions Gallimard
Erik Satie, Célia Houdart et Alain Huck, collection Supersoniques de la Philarmonie de Paris
Jean-Paul Delfino, Les Pêcheurs d'étoiles, Le Passage
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