Qui m'a parlé dernièrement de Jeanne Benameur, impossible de m'en souvenir, mais le propos était flatteur ce qui fait que lorsque j'ai vu ce livre au Marché aux livres de la Vieille Bourse de Lille, je n'ai pas hésité, et je ne le regrette pas.
Jeanne Benameur a une écriture délicatement poétique et sensible.
Sentir le moment du départ, Donato l'avait appris par son livre.
L'histoire ne fait que répéter les mêmes mouvements. Toujours. Les hommes cherchent leur vie ailleurs quand leur territoire ne peut plus rien pour eux, c'est comme ça. Il faut savoir préparer les bateaux et partir quand le vent souffle et que les présages sont bons.
Tarder c'est renoncer.
Nous sommes en 1910, un bateau vient d'accoster à Ellis Island, déversant son flot de craintes, d'incertitudes et d'espoirs. Immigration, déracinement sont des thèmes qui restent malheureusement très actuels, le prisme de l'histoire n'enlève rien à la difficulté de l'épreuve évoquée avec délicatesse par l'auteure.
J'ai particulièrement aimé le lien de chaque protagoniste avec un objet ; un livre, une palette de peintre, un violon, un nécessaire de couture ou un appareil photo autant de soutien, autant de lien entre les êtres. L'art comme utilme recours ?
Les personnages sont attachants dans leur diversité, ce qui les uni paraît ténu mais n'en est pas moins très puissant et, qu'ils fuient leurs fantômes ou leurs bourreaux, la force morale qui les porte ne peut pas nous laisser insensibles.
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Traditionnel tzigane roumain : Hora de mana pe batai (Sirba Octet)
Le Sirbat Octet interprète Hora de mana pe batai d'un traditionnel tzigane roumain. Extrait du concert Générations France Musique, le Live, enregistré le 02 février 2019.
Certains parlent dans leur sommeil...
Nos langues se chevauchent dans la nuit.
Nous venons de si loin que nos corps ont oublié les distances et les directions. Nous serions bien incapable de retrouver seuls le chemin pour rentrer chez nous. Mais au fond de nous, notre langue nous accueille. Nous y sommes attablés comme dans la cuisine de notre maison. Des phrases toutes simples, les phrases qu'on dit sans même y penser, sont à nouveau sur nos lèvres. Dans nos rêves, nous nous plaignons de la mauvaise récolte ou de l'incendie qui a tout ravagé... nous nous plaignons de notre faim qui ne cesse pas depuis si longtemps... nous ne connaissons pas encore la misère de n'être compris de personne lorsque nous parlerons.
Nous apprendrons. Il faudra bien.
Bien entendu, le rapport à la langue est largement évoqué. Que devient-on quand, non seulement, on quitte son univers familier, quand on se déracine et que l'on est incompris au sens propre du terme, et incapable de comprendre.
Qui parle alors ? Le corps, la musique éventuellement pour celui qui s'exprime avec son violon, et la voix, la voix dans toute sa splendeur qui dit des mots inconnus qui touchent les âmes.
J'ai été particulièrement sensible à l'évocation de la lecture à voix haute.
Vous me direz mais tu ne nous parles pas de l'histoire, qui sont-ils ? Pourquoi partent-ils ? Que cherchent-ils ?
C'est vrai, je préfère à un résumé exhaustif quelques citations, quelques sensations.
Laissez-vous emporter par la beauté des instants partagés par ces déracinés, la lumière est toujours au bout du chemin et chacun des personnages croisés dans ces pages nous le dit.
Dans son rêve, il lisait et son père le regardait. Alors il reprend le livre. Son livre. [...]
Comme sur le bateau , il lit pour tous ceux qui ont besoin d'entendre autre chose que des ordres ou des plaintes. Il lit parce que la voix humaine apaise et qu'il le sait. [...] Certains se sont tournés vers cette voix grave qui murmure, il distingue le remuement des corps. Personne ne lui demande de se taire. Dans la nuit, sa voix est une protection contre les épines des jours à venir.
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