La vie est amère dans ses moindres détails, il est amer de voir la lâcheté, amer de voir le démon mesquin habiter ce radeau qui flotte au hasard des vagues, amer le marché noir, amers l’égoïsme monstrueux, l’incompréhension, l’obscurité, amer l’héroïsme qu’on voudrait pur comme les neiges du Vercors, amer la gabegie et la misère, amères la gloriole et la calomnie, amères la confiance et la traîtrise, atroces les exécutions, atroces, atroces et amères, amères les nuits sans sommeil, pleines de moustiques et de balles stupides... « Après tout, ce débarquement, c’est pas grand chose...
Prix Goncourt 1944, décerné en 1945, Elsa Triolet est la première femme à recevoir ce prix prestigieux pour quatre nouvelles écrites pendant les années de guerre et de résistance, et pour certaines publiées illégalement dans des revues.
La dernière nouvelle donne son titre surprenant à l’ouvrage, il s’agit en fait d’une de ces phrases codées que l’on entendait à Radio Londres.
La nouvelle Le Premier accroc coûte deux cents frans se rapproche du reportage, elle n'est point mentie, à peine travestie. Si bien qu'à une des premières ventes des livres du Comité National des Ecrivains une dame venue à mon stand me dit être la mère du commandant anglais parachuté dans les parages de Saint-Donat : elle l'avait reconnu dans la nouvelle.
Comment ne pas évoquer Aragon quand on parle d'Elsa Triolet. J'ai découvert dernièrement ce superbe reportage fait par Agnès Varda en 1966, je vous invite à le regarder, c'est très beau, esthétiquement parlant mais aussi humainement. Le lien entre ces deux grands paraît tellement fort.
D'ailleurs, Elsa dans sa préface évoque ce compagnon de sa vie.
Nos existence inséparables ont fait que depuis que nous sommes, nous avons assisté, l'un et l'autre, à la croissance de chacune des plantes, les siennes propres et celles de l'autre. (...)
Nous avons vers les années 30 traversé tous deux un temps mort pour l'écriture. (...) Je te voyais ne rien écrire, immobile et frénétique comme quelqu'un de pressé qui aurait perdu son chemin. (...) Puis vint la guerre.
Qu'aurais-tu écris s'il n'y avait pas eu la guerre ? Qu'aurais-je écrit ? Autre chose, voilà qui est certain. J'ai toujours écrit librement, comme les Parisiens traversent la rue, sans me préoccuper des clous ni des voitures. Mais le sens, l'itinéraire, dépendent de ce qu'on a à faire dans la vie.
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