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Les musardises de Parisianne

Prince d'orchestre, Metin Arditi

26 Janvier 2014, 21:14pm

Publié par Parisianne

Nous avons déjà eu l'occasion de parler de cet auteur, assez récemment à propos de La Confrérie des moines volants, et auparavant avec Le Turquetto. Vous ne serez donc pas surpris si je vous dis que j'aime les univers dans lesquels il nous entraîne, d'autant que bien souvent l'art y est omniprésent.

Il sera, comme le titre l'indique, question cette fois de musique.

Le roman démarre en avril 1997, sur un concert prestigieux au Victoria Hall de Genève où est donné Verdi, La Force du destin. Alexis Kandilis, le chef d'orchestre, est au sommet de sa gloire. " Il dominait tout. Les instruments. La musique. Ce que les gens allaient ressentir, penser... Tout. "

Mais à trop vouloir dominer, à se croire trop fort, le destin parfois bascule. Les exigences du chef, son orgueil le conduisent à faire quelques faux pas et la chute devient alors inévitable.

Des amis sincères, un homme rencontré par hasard et qui se bat lui-même contre le destin, un jeune prodige Russe, qui a eu le bonheur de jouer sous sa direction, tous s'unissent pour le soutenir. Rien n'y fait : le génie sombre, hanté par un souvenir trop lourd qui resurgit en musique avec l'entêtant Kindertotenlieder, Les Chants des enfants morts, de Mahler. Et chaque pas le conduit plus près du gouffre.

Contraint d'admettre que la gloire en tant que chef ne reviendra pas, il se lance dans la composition, il crée avec l'idée de mettre les musiciens en danger, "il expliqua avec ferveur la technique de composition qu'il suivait, par attaques tranchantes, la suppression du chef d'orchestre, et bien sûr, l'idée centrale, celle de redonner aux musiciens une place de premier rang. De les faire jouer au bord du volcan."

Là encore, la tentative de renaître sera vaine, conduisant Alexis au bord de son propre volcan lorsqu'arrivera le jour du B16, le projet d'enregistrement des neuf symphonies, cinq concertos pour piano, un concerto pour violon ainsi que le triple concerto pour violon, violoncelle et piano de Beethoven. Cette reconnaissance ultime de son talent lui ayant échappé au profit d'un autre chef, Alexis Kandilis ne s'en remettra pas.

Un roman mené à la baguette (d'accord c'est facile !) par l'auteur. Certains choix dans le mode de vie des personnages, dont un ménage à trois entre le chef et deux lesbiennes, peuvent surprendre et me font m'interroger encore une fois sur l'utilisation à outrance de faits de société.

Malgré cela, une écriture fluide et des personnages intéressants, l'ensemble avec la musique pour toile de fond et cette question comme un leit motiv, jusqu'où l'art peut-il offrir à l'homme la liberté d'être ?

Un dernier extrait pour conclure.

" Depuis trente cinq ans qu'il faisait ce métier, Ted avait appris à connaître les chefs. Tous, à des degrés divers, étaient difficiles. Mais tous aimaient la musique. Ils étaient portés par elle, nourris d'elle. Ils vivaient à travers elle. Les grands plus encore que les autres. Sans doute même était-ce là ce qui faisait leur marque : la vénération  qu'ils avaient devant la grande musique. 

Alexis n'était pas dans ce cas. Lui avait été aimé de la musique, plus sans doute qu'elle n'avait jamais aimé personne. Elle s'était offerte à lui dans toute son intimité. Il n'avait eu qu'à tendre la main pour connaître d'elle le mystère de chaque instant. Le secret de chacun de ses replis intimes. Mais dans sa frénésie de gloire, il n'avait pas imaginé qu'elle pourrait attendre de lui quelque chose en retour. Il s'était comporté avec elle comme un homme qui exploite l'amour d'une femme sans vergogne, tant il est persuadé qu'elle lui restera attachée toujours et quoi qu'il fasse, au point de tout accepter. Jusqu'à ce qu'un jour elle se dise que la plaisanterie a assez duré et le quitte."

 

Metin Arditi, Prince d'orchestre, Actes Sud

Paris, Street message !

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J
à te lire....je vois les images tournéees au cinéma!!! Très haut en couleurs ton article!!!<br /> AMitiés de la romaine...:-)
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F
Seulement de temps en temps... la liberté on en a jamais assez. pour le texte lectures et récit passionnants.
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M
Il est sans doute dangereux d'arriver trop haut pour un homme et comme quand on est au plus bas on ne peut que remonter ou en finir, sans doute quand on atteint des sommets ne pouvant être Dieu, on tombe... on est pris de vertige !
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P
Bonjour Parisianne,<br /> C'est peut être le destin des gens surdoués, ils finissent pas penser que tout leur est dû, qu'ils dominent tant les instruments dont ils se servent que à la fin ils s'imaginent ne plus en avoir besoin.<br /> Voilà une sorte de fable dont la morale me plait bien, même si l'on peut avoir le regret d'un tel gaspillage.<br /> En tout cas, belle analyse de votre part, comme à l'accoutumée.<br /> Bon après midi, couvert et bientôt neigeux, ici.
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J
Eh oui Anne, à trop vouloir... un jour ! J'aime bien le tag aussi... Amitiés, jill merci !
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