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Les musardises de Parisianne

Billie, Anna Gavalda

14 Janvier 2014, 06:00am

Publié par Parisianne

Après la belle écriture des Petites scènes capitales de Sylvie Germain, le contraste avec le style parlé de Billie d'Anna Gavalda a été saisissant. Il m'a d'ailleurs fallu un peu de temps pour parvenir à entrer non dans l'histoire mais dans les phrases ! Un sentiment déjà ressenti à la lecture de La Consolante, il y a quelques années.

J'ai le sentiment parfois qu'Anna Gavalda explore les phrases comme un peintre explorerait les formes, un Picasso de la littérature. Dans le cas présent, elle joue de l'oralité, un parler gouailleur, que l'on qualifierait aisément de langage des banlieues. Ce n'est pas ce que je recherche en lecture. Cependant, la tendresse que l'auteur montre à l'égard de ses personnages fait qu'elle nous accroche, et que l'on passe un moment plaisant, un sourire au coin des lèvres, parfois, un peu agacé par certains clichés, à d'autres instants, mais satisfait au final de cette lecture récréative. 

Le parallèle avec On ne badine pas avec l'amour de Musset et la transcription dans le phrasé des jeunes est assez drôle.

D'abord, il m'a expliqué tous les personnages dans ma langue natale : 

[...]

Perdican et Camille ont chacun un chaperon... T'as vu Pinocchio ? Alors un Jiminy Cricket si tu préfères... Quelqu'un qui s'occupe d'eux et qui les flique en permanence pour qu'ils restent dans le droit chemin. Pour Perdican, c'est maître Blazius [...] et pour Camille, c'est Dame Pluche. Maître Blazius, c'est un gros plein de soupe qui ne pense qu'à picoler et Dame Pluche, c'est une vieille bique qui ne pense qu'à tripoter son chapelet et à faire ksss... ksss... à tous les hommes qui approcheraient sa Camille d'un peu trop près. Elle, elle est mal baisée, enfin, pas baisée du tout, et y a pas de raison que la petite soit autrement. "

Evidemment, Musset après ça !

"Doucement bercé sur sa mule fringante, messer Blazius s'avance dans les bluets fleuris, vêtu de neuf, l'écritoire au côté. Comme un poupon sur l'oreiller, il se ballotte sur son ventre rebondi, et les yeux à demi fermés, il marmotte un Pater noster dans son triple menton. Salut, maître Blazius ; vous arrivez au temps de la vendange, pareil à une amphore antique." 

"Durement cahotée sur son âne essoufflé, dame Pluche gravit la colline ; son écuyer transi gourdine à tour de bras le pauvre animal, qui hoche la tête, un chardon entre les dents. Ses longues jambes maigres trépignent de colère, tandis que, de ses mains osseuses, elle égratigne son chapelet. Bonjour donc, dame Pluche ; vous arrivez comme la fièvre, avec le vent qui fait jaunir les bois. "

C'est pourtant le texte de Musset qui va offrir à Billie une re-naissance en la mettant en présence de Franck.

"Je pourrais y passer la nuit parce que, pour moi, ma vie, elle a commencé là...
Et ce n'est pas une expression, petite étoile, c'est un extrait d'acte de naissance, alors ne badine pas avec ça, s'il te plaît. Tu me vexerais."

Voilà comment Billie raconte leur vie, la sienne et celle de Franck, mis au banc l'un et l'autre de leur collège de province -la jeune fille parce qu'elle vient d'une sorte de bidonville infréquentable, le jeune garçon parce qu'il est sensible comme une fille. Ils unissent leurs malheurs pour se créer du bonheur, et ça marche. Billie et Franck deviennent inséparables même à distance et lorsque leur cursus scolaire les éloigne et qu'ils se perdent de vue quelques temps, la volonté finit par les ramener l'un vers l'autre pour leur offrir une nouvelle voie.  Leur parcours est un chemin plein de cahots et d'ornières plus ou moins bien traversés pour nous conduire à la chute finale sans grande surprise finalement mais avec beaucoup de tendresse.

Et comme la vie réserve toujours des surprises, l'histoire prend des tournures de conte de fée pour se terminer par un happy end peu classique.

Dans un style parfois cru, Anna Gavalda parvient à tenir le lecteur. J'aurais tendance à déplorer (encore) cette façon dont les auteurs depuis quelques temps surfent sur certains phénomènes de société mais il faut croire que c'est porteur ! Découvrez par vous-même et n'hésitez pas à faire part de vos avis.

 

Anna Gavalda, Billie, Le Dilettante

Billie, Anna Gavalda
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É
bonjour Anne. Je n'ai pas lu ce livre mais d'après ce que tu en dis je crois qu'il me plaira. J'aime avant tout les personnages. Bisous
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L
J'ai lu, jusqu'à présent, tous les romans d'Anna Gavalda mais je vais faire l'impasse sur celui-ci. Il y a tant de choses à lire qu'un choix s'impose ! Et celui-ci ne m'attire pas . Je t'embrasse, Anne.
P
Bonsoir Parisianne,<br /> Vous savez vraiment bien analyser un livre. Bien sûr vous donnez votre avis mais sans jamais être catégorique. J'apprécie votre façon de respecter les éventuelles réflexions des autres lecteurs.<br /> Je n'aime pas trop cette mode qui consiste à écrire dans un langage qui parfois frôle la vulgarité.<br /> Je préfère mille fois la manière de s'exprimer de Musset. Je pense que la langue française mérite un certain respect, elle est si belle quand on sait la caresser dans le bon sens.<br /> J'aime l'expression &quot;ils unissent leurs malheurs pour se créer du bonheur&quot;.<br /> L'histoire peut sembler banale, mais moi elle m'émeut.<br /> Bonne soirée et merci
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P
Bonjour Pascal,<br /> Merci de votre fidélité.<br /> J'aimerais que mon propre ressenti soit moins présent dans mes petits billets, mais je crois que malgré tout, chacun de vous est capable de savoir quel degré d'intérêt j'ai trouvé à une lecture. Néanmoins, je respecte totalement le goût de chacun et heureusement d'ailleurs que nous n'aimons pas tous la même chose.<br /> Concernant l'écriture, si je suis sensible à la beauté de certains styles classiques, j'aime aussi assez les &quot;expériences&quot; mais effectivement, la vulgarité me heurte et un style parlé ne me séduit pas. Vous aurez d'ailleurs noté que le nombre de citations ici est assez restreint !<br /> Bonne journée<br /> Anne
M
coucou Anne. j'ai toujours bien aimé Gavalda, mais je dois avouer que ce Billie m'a laissée un peu morose. Surement comme tu le soulignes, parce qu'elle a adopté un style &quot;langage banlieue&quot; qui commence sérieusement à m'exaspérer . Cela dit <br /> J’avais bien aimé ensemble c’est tout, la consolante, je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, l’échappée belle …<br /> <br /> Mais dans Billie, je n’ai pas vraiment été séduite. L’auteure a pris comme formule de parler &quot;d’jeunes » certes ça peut plaire, mais son histoire est cousue de fil blanc. <br /> <br /> Un jeune homme homosexuel, une jeune paumée des Morilles qui parle à la « petite étoile » pour nous raconter sa vie et celle de Franck.<br /> De la tendresse sûrement, de l’amour sans doute, cela pourrait être bien. Moi je n’ai pas été intéressée. Mais je laisse bien sûr les autres lecteurs libres de leur choix (sourire) !!
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P
Bonjour Marie,<br /> Je suis comme toi, le parti pris d'être dans l'air du temps avec tout ce que cela implique comme risque de tomber dans le cliché a tendance à m'agacer. Malgré tout, Anna Gavalda le fait avec un certain doigté et je me suis surprise moi-même à m'habituer à ce parlé qui m'insupporte en général. <br /> Merci de ton passage<br /> Bises<br /> Anne
P
Bonjour Anne,<br /> C'est vraiment un grand plaisir de lire ce que tu as ressenti lors de tes lectures. <br /> J'aimerais retrouver des critiques aussi intelligentes dans certains magazines qui se disent intellectuels.<br /> Un petit coucou de l'autre côté de l'Atlantique, chez mes enfants.<br /> Retrouver tout mon petit monde, de l'Est de la France, à Lyon, puis à Montréal, sans oublier les jours passés chez ma soeur, m'apporte force et volonté de continuer d'avancer.<br /> Merci pour tes articles qui sont si passionnants. Ton style d'écriture est très beau. Merci de nous l'offrir en cadeau.<br /> Je t'embrasse affectueusement. Maryvonne
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P
Bonjour Maryvonne,<br /> Merci de votre visite depuis l'autre côté de l'Océan ! Profitez bien de vos enfants et de ce joli pays.<br /> Je vous embrasse fort<br /> Anne