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Les musardises de Parisianne

Un écrin pour une Diva

2 Février 2013, 17:44pm

Publié par Parisianne

Un écrin pour une Diva

Il serait injuste de ne pas débuter ce propos par un mot pour ce théâtre au charme incontestable, seul rescapé du Boulevard du Crime, dirigé par Monsieur Jean Bouquin. A deux pas de la bruyante Place de la République, ce théâtre est le fruit de la passion d'un homme qui accueille depuis 1976 nombre d'artistes et toutes formes d'expression (théâtre, chanson française, jazz ou encore comiques) et ne manque pas, il  me semble, de souhaiter un "bon spectacle" à chacun des heureux qui se faufileront dans le couloir pour rejoindre la salle aux plafonds peints par Daumier.

**********

La véritable histoire de Maria Callas,
Théâtre Déjazet

41 boulevard du Temple, 75003 Paris

 

Le rideau se lève sur un décor sobre : une estrade au fond de la scène longe une "baie vitrée", une chaise, parfois une coiffeuse tantôt classique tantôt clinquante, un plateau tournant tenant lieu tour à tour de lit, de scène, de pont d'un bateau. 

Devant la fenêtre ouverte sur New York, une jeune fille nous tourne le dos. Sa mère entre furieuse et l'invective pour qu'elle cesse de "penser", ce à quoi l'adolescente répond "je ne pense pas, je rêve". Elle rêve d'être légère, elle qui souffre de son surpoids. Sa mère, exubérante, exigeante la sort de sa rêverie en l'incitant à manger et à chanter, "une cantatrice doit être grosse" lui assène-t-elle.

Le rapport entre Maria et sa mère est immédiatement présenté comme conflictuel. Andréa Ferréol campe avec le talent qu'on lui connaît cette mère en tout points excessive qui a cependant décelé, très tôt semble-t-il, le talent de sa 2e fille. La jeune Lola Dewaere qui interprête Maria jeune n'a rien à envier à son aînée tant sa présence est lumineuse.

Maria grosse et très myope souffre, dit-elle, de n'avoir pas été aimée de sa mère traumatisée par la perte de son petit garçon à l'âge de trois ans, né avant Maria. Elle pousse cependant sa fille en lui faisant prendre des cours de piano et de chant avec les plus grands professeurs, prête à tous les sacrifices pour en faire une grande cantatrice.

 

La vie de Maria Callas s'égrenne alors devant nous en 12 séquences entrecoupées d'instants de voix durant lesquels, portée par des extraits des plus célèbres interprétations de la Diva, une jeune danseuse joue avec grâce la régisseuse de plateau, faisant tourner les décors.

Au-delà de ce rôle "technique", cette danseuse vêtue d'une ample tunique blanche paraît parfois symboliser l'âme tantôt enjouée, tantôt tourmentée de la cantatrice. Elle acueillera dans le tableau final le dernier souffle de la Diva alors que symboliquement, derrière le corps d'Onasis, Meneghini, Jacqueline Kennedy et la mère de Callas dérouleront le fil de sa vie.

 

La rencontre avec l'industriel Battista Meneghini viendra donner un tour nouveau à la vie de Maria Callas, il l'épouse en 1949 et délaisse ses affaires pour s'occuper pleinement de la carrière de son épouse. Il consent beaucoup pour elle, l'aidant dans sa volonté de perdre du poids, elle perdra plus de 30 kilos pour devenir la femme mince et si élégante que nous connaissons. Mais malgré sa passion pour l'opéra, Meneghini, interprêté par Raymond Acquaviva (également metteur en scène de la pièce) n'en reste pas moins un industriel et nous est présenté comme tel : il a fait un "investissement" et attend "un retour sur investissement" ! Il en oubliera de lui faire l'enfant dont elle rêve tant. 

 

En 1959, Maria, 36 ans, est au faîte de sa carrière lorsqu'elle rencontre Aristote Onassis, l'amour de sa vie, pour qui elle semble prête à tout quitter. Pierre Santini campe avec brio un Onasis peu sympathique plus attiré par la célébrité de Maria que par son art. Le mariage de celui-ci avec Jackie Kennedy, la rivale jouée par une Cécile Pallas froide, distante et calculatrice à souhait, contribuera à briser Maria. Cette dernière n'en restera pas moins proche de son amant pour l'accompagner jusqu'à sa mort. Maria elle-même mourra deux ans plus tard à l'âge de 54 ans, suicidée ?

Maintenant que vous connaissez tout (ou presque) de la vie de Maria Callas, penchons-nous sur ce rôle interprêté par deux jeunes comédiennes. Je vous ai parlé plus haut de Lola Dewaere, elle joue une Maria jeune pleine de volonté pour échapper à sa mère et atteindre le sommet de son art. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, la jeune Maria ne disparaît pas de la mise en scène avec l'arrivée de Maria adulte, incarnée par  la magnifique Sophie Carrier. Le parti pris du metteur en scène a été de faire de la jeune Maria la conscience de l'adulte. Elles sont donc toujours ensemble sur scène, l'une dictant à l'autre la conduite à tenir ou lui remémorant les instants pénibles de son enfance, par exemple. Une conscience pas toujours bonne conseillère mais qui permet pour nous spectateur de nous délecter de la présence de ces deux talentueuses jeunes femmes. Lola Dewaere est très convaincante quant à Sophie Carrier, elle est tout simplement l'incarnation d'une de ces héroïnes d'opéra  nées sous la voix de "la Callas", dont on sait que les histoires d'amour se terminent souvent tragiquement !

*****

Pour conclure, je me dois de remercier chaleureusement Xavier de l'agence  attitude sans qui je n'aurais certainement pas eu l'idée d'aller voir cette pièce.

 

N'hésitez pas, le texte incisif de Jean-Yves Rogale donne toute son ampleur à la tragédie de cette Véritable histoire de Maria Callas.

 

 

 

 

Plafond peint par Daumier

Plafond peint par Daumier

L'Ave Maria de Schubert

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R
On en veut encore traité de cette manière. Merci.
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P
Merci à vous<br /> Bonne soirée<br /> Anne
É
Bonsoir Anne. J'ai bien aimé ton article avec la présentation du théâtre, de la pièce et des acteurs. Merci et bonne soirée
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P
Merci Brigitte,<br /> L'écrin est important pour mettre en valeur le bijou :), et le charme d'un théâtre contribue pour une part dans le plaisir du spectateur. Quant à la pièce, elle vaut vraiment le déplacement !<br /> Bonne soirée et bonne semaine !<br /> Anne
J
Bonjour Anne ! Très beau billet du jour... et bon théâtre à ceux qui iront voir !!! Belle journée de la part de jill
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P
Merci Jill, une belle pièce donc il était nécessaire d'en parler :)<br /> Bises<br /> Anne