Il y a beaucoup de gens dont la facilité de parler ne vient que de l'impuissance de se taire.
Il est bon parfois de s'abandonner dans les textes, quand ce sont de grands textes dits avec talent, c'est encore meilleur. Nous avions grand besoin de nous vider la tête et la remplir de la subtilité des vers de Cyrano était un excellent moyen !
C'est donc au Théâtre Antoine, initialement théâtre des Menus-Plaisirs, que nous étions pour plonger dans ce merveilleux texte d'Edmond Rostand présenté pour la première fois en 1897 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à quelques pas et où j'étais il y a quelques mois, vous connaissez donc la salle !
Le Théâtre Antoine est comme son voisin un joli théâtre à l'ancienne, tout de rouge et d'ors, de ces écrins qui vous enveloppent des vibrations de la langue bien avant le lever de rideau.
Rideau qui se lève maintenant très souvent sans les trois coups, personnellement je trouve cela dommage.
On ne doit pas croire toute chose d'un homme - parce qu'un homme peut dire toutes choses. On ne doit croire d'un homme que ce qui est humain.
Vous connaissez le texte de Cyrano et avez peut-être déjà vu des représentations au théâtre ou encore le superbe film de Jean-Paul Rappeneau. Je viens de réaliser que ce dernier datait de 1990, et je me souviens très bien être allée au cinéma avec des amies de fac, nous étions alors étudiantes en Sorbonne !
Au-delà de la merveille d'écriture, de la valse des bons mots, de la beauté de l'histoire, c'est une oeuvre que j'ai souvent évoquée avec mon si cher Jean Périsson, chef d'orchestre aujourd'hui disparu et avec qui j'ai eu le bonheur de travailler plusieurs années. Jean connaissait des répliques entières, la tirade du nez bien entendu mais d'autres aussi et l'écouter, malgré la maladie qui étouffait sa voix, m'a rendu le texte encore plus précieux. Alors forcément, quand j'ai vu que la pièce était montée avec Edouard Baer dans une mise en scène d'Anne Kessler de la Comédie Française, je n'ai pas hésité. Et ce fut un bonheur !
Soit satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
On trouve des mots quand on monte à l'assaut !
La mise en scène est sobre, sans autres artifices que draps, ballots et quelques caisses en bois (je sais présenté ainsi cela peut paraître étrange) donnant toute la place aux acteurs. Et de ce côté là, nous avons été servis ! Tous sont excellents, convaincants, sensibles ou vantards, sincères ou soulards, touchants même de Guiche, Gilles Gaston-Dreyfus ! Et si le texte a été un peu raccourci, ce n'est en aucun cas choquant, l'essentiel est là, l'âme de Cyrano nous fait vibrer.
Roxane, Alexia Giordano, est lumineuse dans sa candeur exigeante, Christian, Grégoire Leprince-Ringuet, touchant de fragilité, Ragueneau, Atmen Kélif, gourmand (de mots) à souhait !
Et bien sûr, Edouard Baer. Cet acteur à la voix chaude dont on connaît l'esprit facétieux, les envolées lyriques et le sens du rire, incarne un Cyrano tout en subtilité, en retenue, qui nous a beaucoup touchés. Point de grands gestes, un texte dit avec sincérité et sensibilité. Un Cyrano flamboyant par le verbe ! Et ça fait mouche ! Quoi de mieux pour goûter le plaisir du texte que de ne pas se laisser distraire par trop de gestes !
Un baiser, qu'est-ce ? Un serment fait d'un peu plus près, un aveu qui veut se confirmer, un point rose qu'on met sur l’i du verbe aimer ; c'est un secret qui prend la bouche pour oreille.
Un petit plus, la présence sur scène de deux musiciens, Tito el Frances, guitariste flamenco, et Rémi Briffault, accordéoniste, ponctuent le texte de leurs mélodies, et c'est aussi une réussite !
Vous l'aurez compris : nous sommes sortis sous le charme !
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Cyrano de Bergerac | Théâtre Antoine
Avec : Alexia Giordano Edouard Baer Catherine Salviat Tito El Francès Aïtor de Calvairac Grégoire Leprince-Ringuet Atmen Kelif Christophe Meynet Rémi Briffault Florent Hu Telma Bello Jeanne Fuc...