C'est dans le magnifique écrin de la Comédie des Champs-Elysées que nous avons retrouvé la Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont, dans une adaptation et mise en scène d'Arnaud Denis.
Je n'en ai jamais parlé ici, mais Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos est un texte que j'aime particulièrement, que j'ai lu il y a plus de trente ans, vers lequel je reviens régulièrement tant la langue me séduit et que j'ai donc logiquement vu au cinéma dans les diverses interprétations, mais également au théâtre.
Je vous mets en fin de billet une petite vidéo qui évoque la mise en scène de John Malkovitch, lui-même, au théâtre de l'Atelier, c'était en 2012. Pour surprenante que fut cette mise en scène moderne, nous avions beaucoup aimé !
Il nous était donc impossible de ne pas voir cette pièce. Et nous n'avons pas été déçus.
Ici, nous sommes plus près de l'adaptation par Stephen Frears que de la mise en scène de Malkovitch.
Pièce en costumes, avec poudre et perruques, nous plongeons immédiatement dans l'atmosphère du XVIIIe. Les décors, faits de rideaux en trompe l'oeil, nous installent tantôt dans le boudoir de Madame de Merteuil, tantôt dans le château en Bourgogne de la tante de Valmont, Madame de Rosemonde, avec certaines scènes en parallèle sur les côtés. L'ensemble est d'une esthétique épurée qui ne manque pas d'élégance.
Delphine Depardieu campe une Merteuil implacable avec un talent, une présence et une aisance stupéfiante. Valmont, interprété par Valentin de Carbonnières est aussi excellent et très convaincant. Salomé Villiers a la délicatesse et la fragilité de Madame de Tourvel.
Michèle André en vieille tante attendrie, Pierre Devaux en Danceny pas si naïf qu'il veut bien nous le faire croire, Marjorie Dubus en ingénue parfaite dans le rôle de Cécile et Guillaume de Saint Sernin en valet de chambre dévoué mais capable de rébellion, tous ont un jeu très juste.
revenez mon cher Vicomte, revenez [...] j'ai besoin de vous. Il m'est venu une excellente idée, et je veux bien vous en confier l'exécution. Ce peu de mots devrait suffire ; et, trop honoré de mon choix, vous devriez venir, avec empressement, prendre mes ordres à genoux : mais vous abusez de mes bontés, même depuis que vous n'en usez plus ; et dans l'alternative d'une haine éternelle ou d'une excessive indulgence, votre bonheur veut que ma bonté l'emporte. Je veux donc bien vous instruire de mes projets : mais jurez-moi qu'en fidèle Chevalier vous ne courrez aucune aventure que vous n'ayez mis celle-ci à fin. Elle est digne d'un Héros : vous servirez l'amour et la vengeance ; ce sera enfin une rouerie de plus à mettre dans vos Mémoires.
Vos ordres sont charmants ; votre façon de les donner est plus aimable encore ; vous feriez chérir le despotisme. Ce n'est pas la première fois, comme vous savez, que je regrette de ne plus être votre esclave ; et tout monstre que vous dites que je suis, je ne me rappelle jamais sans plaisir le temps où vous m'honoriez de noms plus doux. Souvent même, je désire les mériter de nouveau, et de finir par donner, avec vous, un exemple de constance au monde. Mais de plus grands intérêts nous appellent : conquérir est notre destin ; il faut le suivre...
La beauté du texte est là et on se laisse porter par cette langue d'un autre temps et pourtant si actuelle.
Un vrai beau moment de théâtre que je vous conseille si vous êtes parisiens.
On s'ennuie de tout, mon Ange, c'est une Loi de la Nature ; ce n'est pas ma faute.
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Les "Liaisons dangereuses" au théâtre de l'Atelier à Paris
John Malkovich met en scène dès ce jeudi soir une version moderne des "Liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos au théâtre de l'Atelier à Paris.
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