Retournons chez Bourdelle, même si vous connaissez déjà bien les lieux, j'en ai parlé souvent tant j'aime ce musée et ses jardins. Aujourd'hui, malgré une météo encore exécrable, le printemps semblait vouloir nous faire un clin d'oeil !
Le centaure blessé peut admirer les arbustes renaissants et la première pervenche s'offre à Pénélope, reconnaissez que c'est une chance !
Le mercredi, c'est musée avec ma Vieille Dame du Mercredi, alors nous avons bravé la pluie pour aller admirer cette exposition qui se termine et nous donne à voir les oeuvres des deux grands maîtres de la sculpture, Rodin et son praticien Bourdelle.
Comme toujours, j'étais allée en repérage pour savoir comment la guider dans l'expo pour que sa mémoire vagabonde ne s'égare pas dans des méandres inutiles. Donc pour moi, le bonheur est toujours multiplié par deux !
Je reviens toujours au rocher, que ce soit le marbre ou la pierre [...] J'écoute la voix
sous l'outil ; quand elle se fait grise, je comprends le conseil, et je m'incline et je laisse l'outil.
Je disais aujourd'hui à deux jeunes peintres qu'apprendre à dessiner c'était apprendre à penser [...]. Que je vous sache bien portant, car il me serait bien trop douloureux de vous savoir mis en souci par ceux aveugles à toute beauté.
Au Salon de la Société nationale des beaux-arts de 1892, Auguste Rodin, 52 ans, sculpteur reconnu, remarque le travail du jeune Antoine Bourdelle, de 21 ans son cadet. Un an plus tard, le jeune homme est praticien de Rodin. Il sculptera pour le maître jusqu'à ce que son propre atelier lui permette de se libérer de ses engagements. Entre 1893 et 1907, Bourdelle sculptera environ une dizaine de marbres pour Rodin.
Admirez ci-dessous l'oeuvre de Rodin en plâtre, et le marbre sculpté par Bourdelle. Vous le savez, rien d'anormal à cette situation, à cette époque, un sculpteur fait tailler ses marbres par ses praticiens. Ce qui est vraiment intéressant ici, c'est de voir les points sur le plâtre, ces points qui permettront au tailleur de respecter l'original à l'aide d'une machine à mettre au point. Je vous laisse creuser le sujet, je suis si douée pour la technique que je risquerais de vous embrouiller !
Les deux hommes vont nouer une amitié fondée sur le respect et l'admiration. Vous pouvez lire les quelques mots tirés de leur correspondance, et que je sèmerai dans ce billet, et vous noterez l'admiration profonde que le tout jeune homme a pour son aîné. Il n'hésite d'ailleurs pas à signer "votre admirateur" ses premières lettres !
Tout au long de leurs années de collaboration et même un peu après, les deux hommes s'écrivent même si la fin de leurs échanges montre des mots d'usage, signe de l'usure de leur relation. Le dernier mot envoyé à Rodin par Bourdelle annonce son prochain mariage avec Cléopâtra, en octobre 1912. Rodin mourra en 1917.
Je ne vais pas vous faire un cour, j'en serais bien incapable. Je vous invite donc à regarder, admirer les photos qui vous permettront de noter la proximité initiale de Bourdelle qui fait du Rodin avant de s'émanciper.
Vous voyez ci-dessous Rodin travaillant à la Porte de l'Enfer, par Bourdelle
Les deux Adam, le premier, le plus musculeux, de Rodin, le second de Bourdelle.
Le poète ou Le jour et la Nuit, superbe marbre de Bourdelle qui fait sienne la technique d'inachevé chère à Rodin que Bourdelle abandonnera peu à peu.
Regardez maintenant les quelques suiveurs qui seront pour certains élèves de Bourdelle. Vous reconnaîtrez Chana Orloff, bien présente sur ces pages, et Zadkine qui apparaît souvent aussi. Raphaël Duchamp-Villon pour l'Athlète (sans bras) !
Mon cher Bourdelle
Je viens de relire cette lettre, qui m'a donné un éblouissement. Comme une amie elle est venue. C'est une inspiration de votre part Votre instinct a des formes merveilleuses et en cette manifestation pour moi on voit le saint enthousiasme qui montre la force, d'un foyer d'amour pour notre art, que nous aimons véritablement. J'ai éprouvé ce que vous éprouvez à mon égard, pour Carpeaux, Cet enthousiasme montrait que moi aussi j'étais de la famille et vous aussi ami vous êtes de la famille. Je vous repasserai la coupe cher ami, autrefois cela s'appelait le calice que dis-je vous l'avez déjà, et nous y avons déjà bu l'un et l'autre.
Il me serait pénible d'être maltraité par un homme que j'admire et pour qui j'ai toujours désiré le plein triomphe. [...] Je veux bien que les gens qui pourraient se glisser entre nous, ami, me prennent pour un simple praticien, mais vous vous avez proclamé que je suis un artiste, tout ceci dit très amicalement vous n'avez qu'à dire vos désirs.
Collectionneurs, éternels rechercheurs, les deux artistes ont des quêtes communes, notamment sur les socles. Des réflexions qui entraîneront les futures générations dans une évolution que nous avions évoquée avec Brancusi dont vous pouvez ci-dessous voir le visage oeuf !
Pour les deux hommes des commandes, des œuvres monumentales et des voies différentes qui gardent parfois un socle commun et verront de nombreux suiveurs comme nous le montre cette série d'hommes qui marchent de Matisse, Germaine Richier et Giacometti.
Ci-dessous les œuvres grands formats, vous reconnaitrez le Balzac de Rodin et le Théâtre des Champs Elysées auquel Bourdelle a largement participé en collaborant avec les frères Auguste et Gustave Perret. Il manque à mes photos la Porte de l'Enfer, l'oeuvre réservoir de formes d'Auguste Rodin souvent citée sur ces pages.
Beaucoup d'images mais n'est-ce pas le meilleur moyen d'entrer dans les oeuvres ?
Merci d'être arrivés jusqu'ici !
Citations tirées de Rodin Bourdelle Correspondance Edition de Colin Lemoine et Véronique Mattiussi chez Gallimard Art et Artistes
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Découvrez toutes les informations relatives à Correspondance de Auguste Rodin, Antoine Bourdelle de la collection Art et Artistes sur le site Gallimard
https://www.gallimard.fr/catalogue/correspondance/9782070140091