Je veux apprendre à regarder passer le temps.
Neige, pluie verglaçante, nous sommes tout à fait dans le ton en ces jours où l'hiver nous rappelle enfin qu'il existe ! Je n'ignore bien sûr pas les difficultés que peuvent générer ces conditions météo, ni les drames pour de trop nombreuses personnes en grande précarité, toutefois, j'aime l'idée qu'il fasse froid en janvier !
De froid, dans ce livre au titre pourtant évocateur, il n'en est pas réellement question, disons que ce n'est pas un froid désagréable.
Maxence Fermine, que je connaissais pour avoir lu Le Violon noir il y a quelques années, nous offre ici un récit qui tient du conte initiatique, un texte envoutant, dans lequel il est, évidemment, beaucoup question d'écriture, et de haïkus en particulier.
La neige est un poème. Un poème d'une blancheur éclatante.
Yuko se destine à la poésie, contre l’avis de son père qui souhaite qu’il devienne prêtre ou guerrier. Mais le jeune homme s’obstine et décide de se consacrer à l’écriture de haïkus, avec la neige pour principal sujet.
Lorsqu’un poète renommé à la cour, nous sommes à l'époque Meiji au XIXe, vient découvrir les poèmes de Yuko, son père est flatté alors que le jeune homme se sent humilié tant il se considère encore loin de maîtriser son art. Mais le poète revient et l’incite à s’ouvrir aux autres arts et à se rendre auprès d'un maître qui saura lui enseigner les couleurs.
- Tu es poète. Mais que connais-tu des autres arts ? Sais-tu danser, peindre, calligraphier, composer ?
[...]
- Je suis poète, j'écris des vers. Je n'ai pas besoin de savoir autre chose pour accomplir mon art.
- Erreur. La poésie est avant tout la peinture, la chorégraphie, la musique et la calligraphie de l'âme. Un poème est un tableau, une danse, une musique et l'écriture de la beauté tout à la fois. Si tu désires devenir un maître, il te faudra posséder le don d'artiste absolu. Tes œuvres sont merveilleusement belles, dansantes et musicales, mais aussi blanches que de la neige. Il leur manque la couleur, la peinture. Tu n'es pas peintre, Yuko. C'est cela qui te fait défaut. Simplement cela. Et c'est pourquoi, si tu ne m'écoutes pas, ta poésie restera invisible aux yeux du monde.
C'est ainsi que Yuko quitte sa famille pour se rendre auprès du maître, Soseki, ancien samouraï et vieux peintre aveugle qui ne lui enseigne pas simplement l'art de regarder mais surtout l'art de regarder au fond de soi.
Le jeune homme et le vieillard tissent des liens autour de l'apprentissage, liens renforcés par une rencontre fabuleuse que le jeune homme a fait dans la montagne, et l'image d'une jeune femme disparue dans la neige.
Le poète, le vrai poète, possède l'art du funambule. Ecrire, c'est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d'un poème, d'une œuvre, d'une histoire couchée sur un papier de soie? Ecrire, c'est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n'est pas de s'élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n'est pas non plus d'aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d'une virgule ou l'obstacle d'un point. Non, le plus difficile pour le poète, c'est de rester continuellement sur ce fil qu'est l'écriture [...] En vérité, le plus difficile, c'est de devenir un funambule du verbe.
Un très beau roman plein de poésie, de délicatesse mais aussi des tensions de la vie, de l'amour, des choix.
Maxence Fermine nous livre ici un vibrant portrait de la culture japonaise. C'est si beau qu'on aimerait que cela ne s'arrête pas. Vous aimez le Japon, la poésie, les mots et la neige, n'hésitez pas !
Musique de neige
Grillon d'hiver
Sous mes pas
Femme accroupie
Urine et fait fondre
La neige
C'était cela un haïku.
Quelque chose de limpide. De spontané. De familier. Et d'une subtile ou prosaïque beauté.
Cela n'évoquait pas grand chose pour le commun des mortels. Mais pour une âme poétique, c'est comme une passerelle vers la lumière divine. Une passerelle vers la lumière blanche des anges.
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Takemitsu: Nostalghia - Anne-Sophie Mutter /Seiji Ozawa /Vienna Philharmonic Orchestra
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Juste pour satisfaire votre curiosité si la musique de Takemitsu Tôru vous inspire.
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