C’est comme une carte à jouer. Des toits rouges sur la mer bleue.
Lorsque j’ai entendu parler de ces « ruminations cézanniennes » ou du « chantier Cézanne» comme Marie-Hélène Lafon nomme elle-même son travail, j’ai immédiatement eu envie de les découvrir, parce que j’aime beaucoup l’écriture de Marie-Hélène Lafon, parce que j’aime profondément l’art de Cézanne, mais aussi, et peut-être surtout, parce que Cézanne m’a offert dernièrement des moments aussi magiques qu’inespérés avec un de mes grands seniors.
Sa place, ce serait la peinture, le geste de la peinture, son travail, à l’atelier, dans les ateliers, tous, mais aussi et surtout dans le paysage, en immersion, à vif, au vif du motif.
Dans cet essai, à l’écriture très agréable, on croise la famille Cézanne, le père, sévère et certainement pas complètement dupe, la mère aimante et dévouée, les sœurs, l’épouse et le fils mais aussi bien sûr les grands amis, Zola, Pissarro, Flaubert, le Docteur Gachet, et les modèles, en particulier le jardinier Vallier.
Tout un monde se dessine au gré des évocations de l’auteure, et j’avoue m’être parfois un peu perdue comme peut-être dans un sous-bois de Cézanne… ce n’est pas déplaisant.
Marie-Hélène Lafon évoque sa découverte de l'œuvre, de l'homme, à travers ses lectures de sa correspondance (plusieurs lettres sont citées), lecture également de travaux sur Cézanne.
Mais son admiration et sa passion communicative pour son sujet l'incitent également à mettre en regard le peintre avec ses contemporains autant qu'avec nos contemporains, et c'est, là aussi, intéressant de la suivre.
J'ai aimé la référence à Pierre Boulez qui m'a incitée à écouter l'émission Musique Matin, La peinture comme leçon de geste, je vous mets le lien ici. Vous pouvez également lire l'article de Catherine Millet pour la vente Artcurial de 2015, c'est ici.
Je pense aussi au corps du jardinier Vallier, un corps fait arbre, un corps usé, tissé de vert et de bleu, un corps tige, herbe, plante, feuillage ; un corps de vent et de lumière, humble et glorieux, un corps paysage. Je pense aux mains du jardinier Vallier comme à des fleurs lasses, écloses sur ses cuisses maigres et abandonnées là, rogues et douces.
Vous connaissez sans doute ce tableau magnifique du jardinier Vallier, que l’on aperçoit sur ma photo. La manière dont Marie-Hélène Lafon en parle est particulièrement évocatrice, du moins elle m’a beaucoup touchée. Les dernières pages du livre donnent la parole à Vallier, et c’est absolument superbe.
Rien que pour ces pages, cet essai vaut d’être lu, alors ne vous en privez pas !
On ne saisit pas Cézanne, on ne l’épuise pas, il résiste, on l’effleure, il glisse, il disparaît dans le sous-bois. On l’espère. On l’attend.
Marie-Hélène Lafon, Cézanne, Des toits rouges sur la mer bleue - Flammarion Collection d’Après
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Marie Hélène Lafon - Cézanne : des toits rouges sur la mer bleue
À l'occasion des "Correspondances de Manosque 2023", Marie Hélène Lafon vous présente son ouvrage "Cézanne : des toits rouges sur la mer bleue" aux éditions Flammarion. Retrouvez le livre :...
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