Ils ont ramassé comme un drapeau la qualification d'impressionnistes qu'on leur avait donnée. Impressionnistes on les a nommés pour les plaisanter, impressionnistes ils sont restés par crânerie.
Maintenant, je crois pas qu'il n'y a pas lieu de chercher exactement ce que ce mot veut dire. Il est une bonne étiquette, comme toutes les étiquettes. En France, les écoles ne font leur chemin que lorsqu'on les a baptisées, même d'un mot baroque.
Ce post s'adresse dans un premier temps aux parisiens mais je crois que cette pièce est allée à Avignon, alors si jamais elle repassait par là où par chez vous, n'hésitez pas un seul instant, c'est vraiment un très bon moment de théâtre avec des comédiens épatants et un sujet artistique ancré dans l'actualité.
Je crois qu'il faut entendre par des peintres impressionnistes des peintres qui peignent la réalité et qui se piquent de donner l'impression même de la nature, qu'ils n'étudient pas dans les détails, mais dans son ensemble. Il est certain qu'à vingt pas on ne distingue nettement ni les yeux ni le nez d'un personnage. Pour le rendre tel qu'on le voit, il ne faut pas le peindre avec les rides de la peau, mais dans la vie de son attitude, l'air vibrant qui l'entoure. De là une peinture d'impression , et non une peinture de détails.
1877, nous sommes dans l'atelier de Renoir qui vient de terminer son Bal du Moulin de la Galette. Son cercle d'amis et peintres se retrouvent pour discuter de l'organisation de la troisième exposition indépendante, malgré les deux précédents échecs.
Renoir, Monet, Morisot et Degas sont ici réunis, Zola se joint à eux sans y être réellement conviés avec l'intention de leur faire admettre qu'exposer au Salon officiel serait un moyen de faire réagir le public et donc de le faire venir jusqu'à leur exposition indépendante.
Avec énergie, colère ou résignation, chacun va présenter ses arguments, oscillant pour Renoir et Monet entre leur originalité affichée et le besoin de gagner leur vie ; alors que Degas et Morisot, moins gênés (pour ne pas dire pas gênés) financièrement refusent de se mêler au "politiquement correct" du Salon officiel.
Et maintenant les peintres impressionnistes peuvent laisser le public sourire, leur triomphe est à ce prix. Toujours le public a souri devant les tableaux originaux. Lorsque Delacroix et Decamps ont paru, la foule s'est fâchée et a voulu crever les toiles. Le privilège des artistes de tempérament est d'ameuter et de passionner leur époque. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il sortira forcément quelque chose du mouvement que déterminent aujourd'hui les peintres impressionnistes. Avant quelques années on verra leur influence se produire sur les Salons officiels eux-mêmes. L'avenir de notre école est là ; le branle est donné, les maîtres n'ont plus qu'à réaliser la note nouvelle.
Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé cette pièce. Le sujet m'intéressait mais au-delà de la référence à l'art, c'est la modernité du propos qui interpelle. Faut-il se battre à tout prix pour ses idéaux ou se fondre dans la masse pour en tirer un certain profit ?
Là est l'argument principal très actuel et qui est posé ici avec intelligence et talent par Cliff Paillé. C'est vivant, et vibrant ! Un vrai beau moment.
Si je me suis amusée à citer les mots de Zola, extraits de ses Ecrits sur l'art, c'est bien sûr pour la résonnance qu'ils ont avec notre réalité quand on sait qu'aujourd'hui les toiles impressionnistes se vendent à des prix qui feraient s'interroger leurs auteurs.
Théâtre Lucernaire, jusqu'au 11 juin, courrez-y !
Un soir chez Renoir, de Cliff Paillé
avec Renoir : Romain Zrnaud-Kneisky
Monet : Elya Birman
Zola : Alexandre Cattez
Morisot : Alice Serfati
La crémières : Marie Hurault ou Jeanne Ros
Degas : Sylvain Zarli
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