Je suis le seul maître des heures, des jours, des saisons. J'ai passé ma vie à chercher un mot, à tâtonner vers le suivant dans une gare, un port ou au milieu de la nuit. Les chemins où je marche ne mènent qu'à des songes.
C'est à Manou que je dois la découverte de cet auteur, et je la remercie vivement !
Je n'y suis pas venu pour rencontrer Dieu, j'y suis venu pour aller un peu plus loin dans le tumulte de ma vie qui avance trop vite. Pour observer ma vie dans un immense miroir de silence.
Très belle surprise pour moi qui ne connaissais pas du tout cet auteur marseillais au parcours riche d'enseignements. J'ai beaucoup aimé son écriture, son rapport à l'écriture évoqué dans ce roman.
Pour faire court, le narrateur, écrivain exerçant de petits boulots, se voit proposer via un ami libraire un travail en or : être le gardien d'un monastère désaffecté perdu dans les collines. Un lieu désert, propice à l'introspection et à l'écriture qu'il va habiter pleinement avec une petite chatte nommée Solex, qui le suit comme son ombre. Très occupé par l'entretien du jardin, l'homme savoure sa solitude jusqu'au jour où en défrichant le cimetière des moines, il fait une macabre découverte.
Quel bonheur de faire glisser une plume sur du papier blanc, de se dire qu'il faut absolument raconter quelque chose de sensé, de construit. J'avais oublié ce plaisir unique qui aura été le plus fidèle ami de ma vie.
L'intrigue n'est pas ce qui a le plus retenu on attention, et la chute m'a laissée un peu perplexe. Par contre, la montée de la peur est très bien décrite et j'ai frissonné avec le narrateur.
Mais la beauté de l'écriture, la poésie des lieux, la sensualité et la lumière de la nature de cet arrière pays Provençal sont une merveille.
Je débouche mon encrier, je dévisse mon stylo et, à l'aide d'une petite molette que je tourne, je remplis la pompe d'une belle encre bleue presque noire. Je range prudemment mon encrier et je commence à dessiner ces mots qui ne veulent rien dire et me procurent un tel bonheur. [...]
J'écris le mot tilleul et je suis tout de suite sous un tilleul, le mot lessive et je revois ma mère étendre les draps dans la lumière du jardin et la joie de sa jeunesse. Rien n'est plus magique que l'écriture, elle va chercher les débris de vie dans des replis secrets de nous-mêmes qui n'existaient pas cinq minutes plus tôt.
Mais vous l'aurez deviné à travers les quelques citations qui émaillent cette courte chronique, j'ai été particulièrement sensible à l'évocation du rapport de l'écrivain avec les mots, avec le geste de l'écriture.
Le stylo que l'on remplit à l'encrier à l'aide d'une petite mollette me parle et l'odeur de l'encre qui va faire naître des mots souvenirs, des sensations intimes, des images enfouies est une réalité que j'ai aimé lire sous la plume de cet auteur au parler chantant.
Un auteur à découvrir donc, et je reviendrai vers ses autres livres dès que possible. Manou en commentaire nous dira peut-être par quel livre commencer.
Je commence à avoir très envie de mon cahier. Tu l'ouvres le matin, tu écris un mot, n'importe lequel, et tu pars en voyage. Pas la peine de faire des queues pour trouver un billet, un hôtel, un taxi... Tout est dans les cahiers...
Comment ne pas terminer par cette merveilleuse citation.
Je n'ai pour ma part pas de réel souvenir des histoires lues par mes parents, mais aussi loin que je me souvienne, nos échanges sur les livres ont été un réel ciment, et je me revois, petite, assise par terre entre les sièges à l'arrière de la Renault 5, incitée, quand nous ne chantions pas ou que mon papa ne m'interrogeait pas sur les tables de multiplication, à raconter mes lectures, puis plus tard, à échanger sur nos lectures communes.
Les livres, les mots sont donc, pour moi aussi, un écho de la présence permanente de maman puisque vous savez que lors de sa maladie nous avons partagé de nombreuses lectures à voix haute, je l'avais évoqué dans ces Lignes d'horizon.
Plongez-vous, si ce n'est déjà fait, dans l'oeuvre de René Frégni et revenez vite nous dire ce qui vous a touché !
Un jour, on se met à écrire, pour entendre la voix lointaine de nos mères. Lorsque j'écris, j'entends la voix de la mienne. Elle me lisait le soir, devant le poêle à charbon de notre cuisine, des livres qui me faisaient rêver, pleurer, découvrir le monde... Je n'entends sa voix que lorsque j'écris, dans le silence de la page blanche. Les mots que je trace lentement m'enveloppent de sa tendresse, de son regard profond, de la douceur de sa petite veste rouge, contre laquelle je m'endormais. Je n'ai jamais été aussi confiant qu'en écoutant la voix de ma mère. Je suis devenu écrivain pour l'entendre chaque jour. Elle vit dans tous les cahiers que j'ai ouverts. Elle marche sur chaque ligne...
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