La musique n'est pas un moyen de parler de passion, elle n'est pas un roman sentimental : elle est elle-même passion.
Nous retrouvons l'auteur évoqué hier dans l'article sur son essai Lettre à mon fils sur l'amour des livres, dans un registre différent cette fois. Il s'agit là d'un roman sur la musique.
Pour les non musiciens, presto con fuoco est une indication musicale qui signifie vélocité, force, intensité et passion.
L'auteur, lui-même musicien, est très à l'aise dans ce registre, et c'est avec un immense plaisir que nous suivons le narrateur, un pianiste célèbre, qui se remémore un épisode de sa vie : le jour où un mystérieux russe vient lui apporter le manuscrit authentique de la 4e Ballade de Chopin.
Dans ce roman foisonnant, nous croisons les plus grands interprètes Rubinstein, Richter, Gould, Cortot ou encore Auro mais aussi les plus grands compositeurs, Chopin, en tête bien sûr mais aussi Liszt, Mozart, Scriabine, Rachmaninov, dans le désordre et pour ne citer qu'eux. Et bien sûr, dans l'environnement de Chopin, George Sand mais surtout sa fille, Solange Dudevant ; Delacroix, Pauline Viardot et tant d'autres.
Il n'est pas de lieu où l'on ne puisse fracasser le silence ; et pourtant, jamais la musique n'a été aussi peu écoutée : comme si des myriades de phares projetaient leurs faisceaux de lumière sans jamais atteindre aucun navire, sans qu'aucun se laisse jamais guider par leur clarté. Tout passe à travers les tympans sans qu'il en demeure l'ombre d'un souvenir.
Le narrateur se plonge dans ses souvenirs pour faire renaître la passion de la quête de vérité pour comprendre l'origine de cette partition originale légèrement différente de la version connue. Il nous entraîne ainsi dans le Paris romantique, l'Allemagne nazie, la Russie stalinienne jusqu'à l'Amérique du sud après-guerre. Mais bien plus profondément, ce sont les âmes humaines et leurs passions qui sont ici évoquées par la musique.
C'est savant parfois, agréable tout le temps et merveilleusement gourmand en écoute !
Un livre à écouter en se replongeant dans les plus grandes œuvres, avec une grande diversité, puisque si Chopin est au cœur du roman, nombre d'autres compositeurs s'invitent dans ces pages, nous entrainant dans un tango ou un ragtime autant que pour l’écoute d’une symphonie.
Tous les pianistes savent comment jouer un presto con fuoco. Ils savent qu'alors le piano doit se transformer en un objet incandescent, mais qui ne doit pas effrayer. Les doigts s'élancent dans une cavalcade d'un bout à l'autre du clavier, montant et redescendant, ils doivent donner l'impression de ne jamais s'arrêter, et en même temps de maltraiter les touches, faire sentir leur frappe. Ils sont pareils à des spadassins dans un duel, prêts à bondir partout avec une folle agilité, mais capables aussi de porter des coups puissants, de faire entendre la lame qui résonne contre celle de l'adversaire.
/https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2F7tmQSWuYwrI%2Fhqdefault.jpg)
Chopin - Ballade No. 4, Op. 52 (Rubinstein)
Ballade No. 4, Op. 52 Arthur Rubinstein, piano The Ballade No. 4 in F minor, Op. 52 is the fourth and final of Polish composer Frédéric Chopin's ballades for solo piano. It was composed in 1842 i...
Roberto Cortoneo, Presto con fuoco, Calmann-Lévy, 1997, traduction François Rosso
/image%2F0404793%2F20230309%2Fob_3a14c6_img-6661.jpg)