Il est bon parfois de faire un peu de rangement dans sa bibliothèque, cela permet de retrouver des livres oubliés ! J'ai fait dernièrement un peu de tri et me suis amusée à classer les livres de manière un peu différente.
Tiens d'ailleurs, comment classez-vous vos livres pour les retrouver aisément ? Par auteur, par éditeur, par genre, par taille ? Ce pourrait-être l'occasion d'un article : le rangement de la bibliothèque ! Il y a parmi vous des bibliothécaires qui auront certainement de bons conseils à nous donner. Mais là n'est pas le propos du jour.
J'ai retrouvé ces deux ouvrages, que j'ai depuis des années, et que je n'avais pas lus. J'avais certainement fait une tentative avec la Lettre à mon fils puisque j'ai trouvé dedans un petit papier insipide, preuve que je n'ai pas persévéré, ni laissé de marque-page que j'utilise en général.
Tiens d'ailleurs, comment marquez-vous vos pages ? Avez-vous un marque-page fétiche ? Vos livres sont-ils pleins de petits trésors oubliés au fil des lectures ? Ce pourrait-être l'occasion d'un article... Mais là n'est pas le propos !
Un mot de l'auteur donc, puisque c'est lui qui va nous occuper doublement aujourd'hui.
Roberto Cotroneo est un romancier, poète, journaliste, critique littéraire et éditeur mais aussi photographe. Un homme aux mille vies en somme ! Il est Italien, les livres dont je vous parle sont donc traduits. Je viens de voir qu'il venait de publier un nouveau livre, chez Buchet Chastel cette fois, mais ce n'est pas non plus notre propos, toutefois, j'ai aimé la présentation de son travail que je vous cite ici :
"Son œuvre foisonnante est un éternel dialogue entre les mots, les images et la musique."
On ne pouvait mieux dire, ils savent y faire ces éditeurs ! Vous devinerez rien qu'aux titres des deux ouvrages qui nous occupent que les mots et la musique sont bel et bien là !
Parmi tous ses pouvoirs, la littérature a aussi celui de rendre l'erreur utile, et même nécessaire à notre compréhension. Mais surtout, la littérature, la vraie, ne considère pas ce genre de divergences comme des erreurs.
C'est curieux : pour toi les livres ont toujours été des objets familiers, quotidiens ; la maison est pleine de livres, il y en a des milliers et des milliers, et je ne t'ai jamais défendu d'y toucher. Je t'ai même souvent dit que tu pouvais les prendre et les regarder chaque fois que tu en aurais envie, à condition de ne pas arracher les pages.
Lettre à mon fils sur l'amour des livres, Roberto Cotroneo 1997.
Comment résister à un tel titre ! Et à une si jolie couverture.
Le livre démarre vraiment comme une lettre, "Cher Francesco..." et tel sera le ton tout au long de l'essai avec des évocations de souvenirs, de moments partagés entre l'auteur et son fils, mais au-delà de ces souvenirs, c'est l'évocation de quelques titres autour desquels Roberto Cotroneo va articuler son texte pour donner des pistes de lecture comme des chemins de vie. La démarche est très intéressante, peut-être un peu compliquée parfois, voire savante. Mais le plaisir de lecture est au rendez-vous.
Il en va toujours ainsi avec les grands livres : on a la sensation de pouvoir tout saisir, tout isoler, mais on s'aperçoit que ce n'est pas possible.
Pour défendre son propos, l'auteur s'appuie sur quatre ouvrages, attribuant à chacun un sentiment.
L'inquiétude, pour l'Ile au Trésor de Robert Louis Stevenson
La tendresse, pour l'Attrape-coeurs de Jerome David Salinger
La passion, pour le Chant d'amour de J. Alfred Pufrock
Le talent, pour Le Naufragé de Thomas Bernhard
Le soleil se couchait sur la vallée, et cette lumière adoucie donnait au vieillard un aspect encore plus hiératique. Pour la première fois, un homme de lettre s'adressait aux personnages littéraires (et non le contraire, comme cela s'était toujours produit). Eux, ces enfants des mots, combinaisons infinies des lettres de l'alphabet, pouvaient enfin écouter une histoire qui les concernait ; et aussi, comprendre pourquoi moi et tant d'autres, au lieu de nous occuper de choses concrètes, sérieuses, réelles, nous passons notre temps à écrire des livres comme celui-ci, qui contient des conseils sur la manière de vivre sa vie en se servant d'un monde fictif, d'un monde d'encre et de papier.
Chaque livre fait l'objet d'un chapitre, je ne vais pas vous faire ici la démonstration de l'auteur, ce serait long et fastidieux. Ce que j'ai aimé dans cet essai, il faut bien l'avouer parfois un peu savant voire élitiste dans le propos, c'est d'abord cette volonté de transmission, et ce regard si profondément attentif aux apports de la littérature dans une vie.
Il n'est pas nécessaire d'avoir lu les livres cités pour entrer dans ce texte, mais vous ne serez pas à l'abri d'avoir envie de les découvrir, ceux-là et quelques autres.
Littérature, musique, poésie, tout est là, réuni avec intelligence pour notre plus grand plaisir.
Je pensais faire un article sur les deux livres, mais ce serait indigeste pour vous ! Alors je vous laisse digérer celui-ci et revenir vers moi un peu plus tard pour Presto con fuoco, un roman cette fois !
Plus tard, j'espère, on t'expliquera que les poètes sont à maints égards des musiciens du mot, que la poésie devient grande quand elle possède sa propre musicalité, une grâce mélodique, un rythme, une structure reconnaissable comme le développement harmonique d'une sonate.
Roberto Cortoneo, Lettre à mon fils sur l'amour des livres, Calmann-Lévy 1997, traduction François Rosso
Roberto Cortoneo, Presto con fuoco, Calmann-Lévy 1997, traduction François Rosso
Ce sont de vieux livres, ils ne sont plus référencés sur le site de la maison d'édition, vous pouvez les trouver en ligne sans problème.
Les livres sont ainsi, petit Francesco : ils n'ont pas besoin du monde, c'est le monde qui a besoin d'eux.
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