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Les musardises de Parisianne

Petites scènes capitales, Sylvie Germain

9 Janvier 2014, 21:56pm

Publié par Parisianne

Street Art, Paris

Street Art, Paris

C'est avec Magnus que j'ai découvert il y a quelques années le talent de Sylvie Germain, c'est donc sans aucune hésitation que je me suis tournée vers son dernier livre surtout lorsque j'ai vu qu'il ferait l'objet d'une lecture par Marie-Christine Barrault en présence de l'auteur dans le cadre des soirées Textes & Voix. Je pensais, pour une fois, lire le roman avant de l'entendre, je n'en ai pas eu le temps. Cela ne m'a pas empêchée d'en savourer pleinement l'écoute, j'avoue aussi un faible pour le talent de Marie-Christine Barrault que le hasard des calendriers m'avait permis d'entendre chez Rodin quelques jours auparavant mais ça vous le saviez déjà !

****

Petites scènes capitales, voilà un titre bien explicite. Ce sont vraiment des scènes de vie que l'auteur nous donne à voir ici. La vie d'une famille recomposée, décomposée, une famille qui vit, rit, souffre, s'aime ou se jalouse, s'unit ou se détruit, une famille qui se fuit dans une vie qui s'enfuit.

La vie tout simplement sauf que cette vie là est présentée à travers les yeux de Lili qui deviendra Barbara à son entrée à l'école, parce que c'est le prénom que sa mère a déclaré à l'Etat civil avant de les abandonner son père et elle. Ce dernier ayant toujours préféré Lili, elle ne portera son prénom officiel qu'en dehors de la famille.

"Un jour, son père congédie leur solitude à deux, il se remarie. Viviane, un ancien mannequin de chez Patou, arrive flanquée d'une smala, trois filles dont des jumelles, et un fils qu'elle a eue avec de précédents amants ou maris. "

C'est ainsi que Lili/Barbara se retrouve avec une famille dont elle doit s'accomoder. Son père manifeste discrètement une préférence marquée pour Christine, l'une des jumelles, et Lili devient un simple élément de la maisonnée, un membre presque insignifiant, sans éclat ni de beauté ni d'intelligence.

"Elle, Barbara alias Lili, n'est qu'une petite fille ordinaire, ni belle ni laide, ni docile ni rebelle, gratifée d'aucun don spécifique, de celles dont on n'a rien à dire de particulier, que l'on remarque à peine. "

Alors, Lili s'échappe dans sa tête, et elle grandit ainsi, en s'envolant dans ses rêves et avançant au sein de la famille, sans éclat, sans esclandre.

"Dans cette famille, chacun est censé se tenir à sa place, et agir et parler en conséquence. Mais les pensées, elles, dans leurs obscurs retranchements et leurs sauvages soliloques, ne respectent ni ordres ni limites. "

" Le jour, elle ne prête pas attention aux façades des immeubles, mais le soir, dès que les fenêtres s'éclairent, elle les regarde avec avidité. Tous ces rectangles de lumière qui s'ouvrent dans l'obscurité la mettent en émoi ; ils trouent la nuit, percent la pierre, les briques, le béton et révèlent de l'intime tout en le tenant voilé. Ils ne révèlent rien, ils suggèrent, plutôt, ils donnent à rêver, à imaginer. "

Les années passent, la famille s'installe dans un certain confort, chacun suit sa voie jusqu'au drame, à l'accident qui fait basculer tout le monde.

"Le temps vient de se mettre à l'arrêt, de déclarer révolu le rythme qui jusque-là scandait les jours, les années, il bée. Un autre rythme va prendre le relais, identique en apparence, mais déchiré dans sa trame, distordu dans son élan. "

Mais la vie reprend, et si la famille est éclatée, si les liens difficilement tissés se sont distendus, Lili poursuit ses observations et sa quête de l'amour du père. Elle arrive sans bruit à l'âge des études supérieures qu'elle ne mène pas à bien et se retrouve aspirée par les événements de 68, s'installe dans une vie communautaire, trouve un amour sans retour. La petite Lili qui a toujours marché sans bruit s'échappe du carcan familial en laissant Barbara s'exprimer. Personne ne se soucie vraiment d'elle, la famille ne se retrouve qu'occasionnellement ou pour partager un secret bien gardé. Et le temps poursuit sa marche semant joies et peines, peines et joies.

" Peu importe que cela ne dure pas, la joie n'appartient pas à la durée, elle apparaît où et quand ça lui chante, comme la beauté, elle fulgure, se sauve, c'est un esprit follet, mais les petites échardes solaires qu'elle lance dans sa course se piquent dru dans la chair, ne se laissent pas oublier. "

Et ce sont ces "petites échardes solaires" d'une grande beauté que Sylvie Germain nous invite à suivre dans un style lumineux.

Un vocabulaire riche mais sans emphase et une véritable présence de la nature font de ces Petites scènes capitales de vrais beaux instants de lecture.

Je ne résiste pas à cette dernière phrase :

" Lili Barbara le regarde s'éloigner à petits pas sur le quai, il a une allure de coucou farceur qui se joue du temps qui passe, du temps qui va en recyclant l'avant perdu en après insaisissable, impénétrable, la vie  en mort, la mort en vie, le fini en nouveau, le nouveau en ancien, le connu en oubli et l'inconnu en savoir, la présence en absence, le silence en murmure, le plein en nuit, la nuit en rien  et le vide en lumière. "

C'est sur la lumière que s'achève ce livre, une incitation à saisir toute la lumière pour éclairer la vie.

 

 

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É
Je ne connais ni l'auteur ni le livre mais je suis plus attirée par "Billie" d'Anna Gavalda que par ce livre...
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P
Bonsoir Parisianne,<br /> J'au dû relire plusieurs fois la dernière phrase pour bien m'en imprégner. Et c'est vrai qu'elle est magnifiquement tournée.<br /> Je pense qu'on peut tout encadrer mais le rêve c'est la vraie liberté, personne ne peut le guider, lui imposer une direction, c'est peut être ce que nous avons de plus précieux, ce n'est pas vendable et personne ne peut nous le voler.<br /> Vous avez de la chance d'avoir pu écouter lire Marie-Christine Barrault.<br /> Bonne soirée
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M
Assurément un très beau livre !
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P
Oui Marine, un beau livre vraiment.<br /> Bises<br /> Anne
L
J'en ai lu beaucoup de bien... il est noté, mais bon, comme beaucoup...
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P
On ne peut effectivement tout lire malheureusement mais l'écriture de Sylvie Germain vaut vraiment que l'on s'y arrête.
V
tu le présente si bien qu'on a envie de le découvrir...j'aime le terme &quot;petites échardes solaires&quot;!! gros bisous Anne. cathy
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P
Bonjour Cathy,<br /> Je suis également tombée sous le charme de cette expression :)<br /> Un livre et un auteur à découvrir, beaucoup de beauté, de sensibilité mais aussi de cruauté, c'est aussi ça la vie !<br /> Bises<br /> Anne