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Les musardises de Parisianne

cinema

Claudel, 1915

26 Mars 2013, 09:23am

Publié par Parisianne

Camille Claudel, L'Implorante

Camille Claudel, L'Implorante

Un film de Bruno Dumont, avec Juliette Binoche et Jean-Luc Vincent entourés des patients et soignants d'un hôpital psychiatrique de Saint-Rémy-de-Provence.

 

Née en 1864, Camille Claudel a 49 ans lorsqu'elle est internée, à la demande de sa famille, dans un hôpital psychiatrique à Ville-Evrard,  nous sommes en 1913. En août 1914, en raison de la guerre, les malades sont transférés à Montdevergues à proximité d'Avignon. Camille n'en ressortira plus, elle y mourra en 1943, dans le dénuement et l'abandon le plus total.

Le film s'attache à quelques jours de l'hiver 1915, Camille est à Montdevergues sans réellement comprendre pourquoi, elle souffre de son isolement, de l'absence de visite et de la promiscuité avec de vrais malades mentaux. Seul espoir dans cette attente, une visite de Paul, annoncée pour la fin de semaine, vers laquelle elle concentre toute son attention, tous ses espoirs. Forte de cette lumière là, elle tente de supporter le drame quotidien de la folie de ses compagnes d'infortune avec lesquelles tout échange est impossible en dehors de quelques sourires parfois, douloureux. Lorsque Paul arrive enfin, il passe peu de temps avec sa soeur et refuse d'entendre sa souffrance, la condamnant à expier ses fautes sous prétexte de se soigner.

 

Avec une grande sobriété, Bruno Dumont met en scène toute la souffrance et l'attente. Juliette Binoche mise à nu nous montre une Camille désemparée, paranoïaque, certes, mais loin des malades mentaux qui l'entourent et avec qui elle semble néanmoins tisser quelques liens fragiles.

Pas de musique, le mistral, les pierres qui roulent sous les pas incertains, le martèlement des galoches sous les voûtes de l'abbaye, les cris et obsessions des patients et au-dessus de ces bruits du quotidien le silence ; le silence comme refuge, le silence comme bourreau. Les dialogues sont rares, les conversations impossibles, le plus bavard étant Paul lorsqu'il évoque en grands mots sa conversion auprès de l'abbé. Il n'aura pas tant de verve avec sa soeur.

L'inquiétude de Camille, sa lassitude se lisent sur le visage sans fard de l'actrice, ce visage qu'elle offre au soleil qui sculpte des reliefs dans une magnifique scène dans laquelle la lumière devient un personnage central. Camille, elle, ne sculptera plus jamais. 

La représentation de Don Juan par les patients, rappel de la tragédie de la femme trompée par Rodin, nous fait passer du rire aux larmes portant un instant à son paroxysme le désarroi de Camille qui ne supporte plus les cris, les bruits, la maladie mentale et même la sollicitude des soeurs en charge de la surveillance des patients. Les véritables patients filmés par Dumont se présentent devant nous avec toute leur souffrance, leur absence ou leur tendresse ; c'est extrêmement poignant de lire sur ces visages meurtris la tendresse, l'empathie même.

L'arrivée de Paul ouvre le film aux dialogues et à une autre folie, celle de la mystique excessive, sacrificielle. Tout à l'écoute de Dieu, il n'entend pas (ou ne veut pas entendre sa soeur). Il juge l'art responsable de la dévience de Camille, les artistes étant, sauf à être très forts mentalement, tous voués à la débauche et à la folie. Paul se confie au prêtre, au papier mais oublie de parler à sa soeur. Il ne voit que lui, admire son propre corps, son propre sacrifice financier pour sa soeur, sans sortir de son carcan.

L'espérance d'un retour à la liberté avec cette visite tant attendue par Camille  --elle n'avait vu personne de sa famille depuis son internement-- est écrasée par le silence, et c'est en silence que Camille rejoindra son banc face aux lavandes pour offrir son visage à la lumière.

Un film très fort, très dur et magistralement interprêté et filmé.

En un mot, un film bouleversant.

Camille Claudel, La Valse

Camille Claudel, La Valse

Auguste Rodin, Assemblage, masque de Camille Claudel et main gauche de Pierre de Wissant

Auguste Rodin, Assemblage, masque de Camille Claudel et main gauche de Pierre de Wissant

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Alceste à bicyclette, de Philippe Le Guay

4 Février 2013, 11:30am

Publié par Parisianne

Une fois n'est pas coutume, c'est de cinéma dont il sera question aujourd'hui et plus précisément du très beau Alceste à bicyclette qui met en face l'un de l'autre deux grands acteurs : Fabrice Luchini et Lambert Wilson.

L'histoire est simple, Gauthier Valence (Lambert Wilson), acteur tombé dans la facilité des séries télé, rencontre un vif succès mais aspire à une reconnaissance plus classique et décide de se lancer dans le théâtre pour y monter une pièce qui lui tient à coeur : le Misanthrope de Molière.

Pour ce faire, à l'insu de son entourage, il se rend sur l'Ile de Ré afin de convaincre, sous prétexte d'une amitié feinte mais d'une réelle admiration pour son talent, l'acteur Serge Tanneur (Fabrice Luchini) qui, fuyant le monde et ses mensonges, s'y est installé.

Tanneur ne se laisse pas aisément convaincre et met son confrère à l'épreuve en lui proposant de travailler la pièce quelques jours avant de prendre sa décision.

Rivalité verbale pour la distribu-ti-ion, entre ces deux  hommes à la grande ambi-ti-on, chacun étant Alcestes sans hésita-ti-on... (tout le monde n'est pas Molière... je ne maîtrise pas l'alexandrin).

Sur l'Ile de Ré balayée par les vents, les deux rivaux se donnent la réplique alternant  à pile ou face les rôles d'Alceste et de Philinte, chacun convaincu de sa juste interprétation et de sa supériorité pour le rôle principal. La rencontre avec Francesca jeune italienne en plein divorce douloureux (Maya Sansa) offre une autre source de rivalité entre ces deux egos néanmoins sympathiques et attachants.

Tout dans ce film est dans les contrastes, le grand et élégant acteur célèbre, coiffure impeccable, manteau blanc, souliers cirés, portable en poche et édition moderne du texte de Molière en main  fait face à celui qui a quitté la scène, pour se réfugier dans une maison aux murs décrépis, et se retrouve confronté à de vulgaires problèmes de fosse septique, négligé et pas rasé il braque sur son collègue un vieux Classique Larousse défraichi.  Le monde clinquant des stars parisiennes face à l'authenticité de l'île, jusqu'à l'image de toute puissance que véhicule l'acteur reconnu dont on attend qu'il fasse jouer son nom auprès de ses relations.

Tout oppose ces deux mondes dont les différences frappantes ne servent qu'à dévoiler la cruauté de la nature humaine, prête à tout pour se mettre en avant. Les deux hommes se jaugent, se jugent et se rejoignent sur l'amour de la langue et du texte pour mieux s'affronter. Ils sont, comme deux allumettes approchées d'une flamme, prêts à s'embraser et ils s'embrasent effectivement, pour la langue de Molière, pour la belle Francesca, pour un rôle qu'ils rêvent de porter au sommet. Mais au final, chacun se consumme.

 

Un très beau film doux-amer porté par une excellente distribution. Du rire, des sourires et de l'émotion et ce plaisir de la langue de Molière qui ponctue tout le film.

 

" Trahi de toutes parts, accablé d'injustices,
Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices,
Et chercher sur la terre un endroit écarté,
Où d'être homme d'honneur on ait la liberté.
"

 

Il ne reste qu'à relire Le Misanthrope ! 

 

Alceste à bicyclette, de Philippe Le Guay

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