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Les musardises de ParisiAnne

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Culture, littérature et découvertes. © Les musardises de ParisiAnne


La fleur à la boutonnière

Publié par Parisianne sur 11 Novembre 2025, 14:25pm

Catégories : #A fleurs de mots

La fleur à la boutonnière

La fleur à la boutonnière

 

L’été offrait ses derniers fruits à la promesse d’ivresses joyeuses. Les belles journées faisaient oublier les prémices de l’automne dans les parfums que la terre chaude exhalait à l’approche du soir. Le village entier chantait la gloire d’une moisson généreuse, source de paix pour l’hiver.

Chez nous, la joie résonnait de pièce en pièce. Jeunes et vieux étaient réunis pour le mariage de mon cadet, dernière grande fête familiale à laquelle tout le village participerait avant les vendanges. La fiancée, un joli brin de fille, était radieuse dans la rondeur de ses dix-huit ans. Blonde comme ces fleurs de garance qui éclairaient les haies, rose comme le soleil au couchant, elle n’avait pas manqué de prétendants, qu’elle avait eu l’art d’éconduire avec la fermeté et la gentillesse d’une femme au caractère heureux et bien trempé. Mon frère à l’inverse était brun et ténébreux, roi du silence et des secrets. Ils formaient un de ces couples qui vous laissent muet d’envie et à qui le destin semble toujours sourire.

Les sombres rumeurs d’un monde éloigné du nôtre n’arrivaient pas à entacher l’allégresse de notre campagne en cette fin d’été triomphant. Il restait encore assez de bras jeunes et vigoureux pour mener à bien l’entretien des terres. Nous nous sentions hors d’un siècle devenu fou. L’animation régnait partout, les plus jeunes habillaient de gaîté la carriole qui le lendemain conduirait –sur ce chemin joliment orné par les dames– les mariés vers leur nouvelle demeure ; la petite jument grise avait été brossée pour l’occasion. Les cœurs étaient à la joie.

La dernière discussion que j’avais eue avec mon frère me laissait pourtant un goût amer que ne parvenaient pas à estomper les relents sucrés de la fête. Il me fallait lui parler. Notre récent entretien me perturbait et cet argent qu’il m’avait emprunté sans m’accorder d’explications me dérangeait plus encore. Je voulais comprendre. Ne l’ayant pas trouvé à l’extérieur, je montai à sa chambre dans cette grande maison refuge de nos rires et querelles d’enfants. Nos univers sacrés étaient côte à côte et nos lits, séparés par une maigre cloison, nous offraient toujours le plaisir des confidences sans face à face gênant. Nous avions passé l’âge des petits secrets chuchotés avant de s’endormir.

Dans la bâtisse fermée pour conserver la fraîcheur, le silence soudain pesant ne laissait présager rien de bon. J’entrai dans l’antre de mon frère. Sur le lit, un livre ouvert ondulait tel un drapeau blanc sur le champ de bataille des couvertures en désordre.

Au sol, un havresac vomissait des effets assemblés à la hâte. Et sur la chaise, posé sur une capote aussi bleue que notre ciel d’été, un pantalon garance laissait couler le sang de ses jambes désarticulées sur des brodequins flambant neufs.

Dehors les préparatifs de la fête tonnaient à mes oreilles. Mon frère se tenait devant moi, droit, fier, le regard conquérant déjà prêt à combattre mes arguments.

Il allait être heureux ! La comédie de la vie en avait décidé autrement. J’ignorais à qui irait le triomphe mais pressentais une inévitable tragédie. Un froid glacial s’était emparé de moi malgré la chaleur. Ma jambe folle m’empêchait une nouvelle fois de suivre les autres dans leurs plus terribles équipées.

Ils partaient la fleur au fusil, je restai, avec pour seule fleur celle qui fanerait bien vite à la boutonnière de ma veste de noces, en cet été 1914.

 

© Parisianne

 

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B
Très émouvant.<br /> Me rappelle le journal de mon grand-oncle mobilisé à l'âge de 18 ans début 1915, son père étant en garnison depuis aout 1914 à l'âge de 40 ans… Ils ont survécu ! Peut-on parler de miracle, de facteur chance ? Et la vie d'après...<br /> Désolée pour ma question "idiote" mais d'où provient ce texte? D'habitude tu indiques toujours des références, dois-je en conclure qu'il est de toi?<br /> De tendres pensées vers toi.<br /> Bises
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M
Bonjour Anne,<br /> <br /> Terrible!<br /> Mon grand-père avait fait Verdun, comme il disait. Il était reparti de cet enfer extrêmement malade à cause des gaz de combat. Sa première femme avait mis trois longues années à le remettre sur pieds. avant de décéder en couches.<br /> Que de vies gâchées à cause de la guerre.Les siècles passent et l'Homme est toujours aussi peu sage.<br /> Bises
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V
Tant de vies fauchées, pour sauver un monde qui maintenant marche sur la tête...C'est terrible. Gros bisous Anne. cathy
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M
Merci pour ce texte...il est magnifique et de circonstance. Certains, rares, sont restés mais n'ont pas été plus heureux pour cela même s'ils sont restés en vie et n'ont pas connu les tranchées et les horreurs de cette terrible guerre. Bises et une belle journée
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L
Une catatstrophe cette guerre ... Comme toutes les guerres d'ailleurs
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