Nombreuses sont, depuis quelques années, les expositions qui mettent les femmes à l'honneur. J'en ai évoqué quelques unes sur ces pages.
Cette année, c'est Suzanne Valadon qui est présentée au Centre Pompidou dans une très belle et dense exposition. Je ne vous assommerai pas de photos, je n'ai fait qu'y passer en repérage rapide un soir tard, en vue de préparer une sortie avec ma Dame du Mercredi.
J'ai été impressionnée par la quantité et la qualité du travail de cette femme que, je l'avoue, je connaissais mal.
J'ai réalisé que je n'avais jusqu'alors jamais vu Suzanne mais Valadon mère de Maurice Utrillo et femme de André Utter, Valadon modèle de Renoir, de Puvis de Chavanne, de Toulouse Lautrec.
Suzanne n'était présentée qu'au regard des hommes qui ont croisé son chemin. Soyons honnête, elles sont beaucoup dans ce cas. Qui n'évoque pas Rodin en parlant de Camille Claudel ? Modigliani en évoquant Jeanne Hébuterne ? Aragon en croisant un livre d'Elsa Triolet ou encore Sartre quand il s'agit de Simone de Beauvoir ? Ou Mahler quand on pourrait parler d'Alma Mahler ? La liste pourrait s'allonger et je suis certaine que vous auriez des exemples à citer.
Quand j'ai vu l'annonce de l'expo Suzanne Valadon, j'ai cherché dans mes nombreux livres d'art. Et quand j'ai ouvert L'Aventure de l'art au XXe siècle, j'ai compris qu'elle existait à peine et qu'en plus dans le seul (petit) article qui la concernait, on n'avait pas trouvé meilleur sujet que... sa mort ! reconnaissez que c'est un peu rude !
Bon l'article concernant Utrillo est certes plus long mais il relate essentiellement ce désagrément qu'il a rencontré avec la douane américaine qui, en 1939, considéra ses tableaux non comme des oeuvres d'art mais comme des cartes postales donc taxables ! cela ne vous rappelle pas un souvenir ? L'Oiseau de Brancusi en 1926 a rencontré le même problème. Ah la douane américaine...
Vous pouvez noter, je vous mets volontairement les photos, le nombre de citation de Suzanne dans l'aventure de l'art, comparativement à Utrillo, les sommaires sont à eux seuls parfois très éloquents !
Heureusement, Laure Adler et Camille Viéville ont rendu hommage à ces nombreuses oubliées dans une série de livres, je vous montre ici Les femmes artistes sont dangereuses, qui les mettent à l'honneur.
Et comme Gilles n'a pas peur, il me les a tous offerts au fil de leurs sorties :-)
Vous êtes modèle, pas artiste !
Marie-Clémentine Valadon, qui deviendra Suzanne suite à une moquerie de Toulouse Lautrec en référence à Suzanne et les vieillards puisque la jeune Marie-Clémentine pose nue pour de vieux peintres, est née en 1865 et morte en 1938.
Pour échapper à la misère, la jeune fille qui ne parvient pas à garder une place mais dessine déjà beaucoup, pose donc pour des peintres auprès desquels elle forme son regard. Pas n'importe quels peintres, Jean-Jacques Henner, Puvis de Chavannes, Pierre Auguste Renoir ou encore Toulouse Lautrec tombent sous le charme de cette jeune beauté pas farouche et volontaire. Mais si ces messieurs goûtent le charme de la jeune fille, il n'envisagent pas un instant qu'elle puisse être leur égale : une Artiste ! Renoir n'est pas le dernier à la moquer, semble t-il. Puvis de Chavanne balaie d'un revers de la main la simple idée qu'une femme, un modèle de surcroit, puisse rivaliser de talent avec les hommes.
C'est pourtant un autre homme, et pas le plus réputé pour son indulgence, qui l'incitera à se lancer. Il s'agit de Degas, connu pour son intransigeance. Mais il faut croire que le talent savait le convaincre, et du talent, Suzanne en a beaucoup. Il suffit de regarder ses dessins pour s'en convaincre.
Il faut peindre dans la vérité, avec amour
Voilà Suzanne Valadon lancée sur le chemin de la reconnaissance et de la gloire. Un chemin semé d'embûches, les collectionneurs de l'époque ne veulent pas placer leur argent dans l'oeuvre d'une femme...
Bien sûr, sa vie personnelle n'est pas non plus un long fleuve tranquille, ses déboires sentimentaux et les difficultés avec son fils Maurice fragile et surtout vulnérable à toutes les sollicitations surtout celles de la bouteille, feront de sa vie une épreuve. Mais elle se battra jusqu'au bout et verra ses oeuvres achetées par les musées. Consécration ultime !
J'ai été bien assez longue, et il y aurait tant à dire encore. Mais si le sujet vous intéresse, vous trouverez aisément informations et documents vidéos sur la toile. Je vous conseille aussi la lecture du très beau roman graphique Suzanne Valadon sans concession de Flore Mongin et Coline Naujalis chez Seghers. Vous en apprendrez beaucoup sur Suzanne et l'ouvrage est vraiment très beau.
J'ai dessiné follement pour que quand je n'aurais plus d'yeux j'en ai au bout des doigts.
Impossible toute fois de vous laisser sans avoir évoqué Satie pour qui j'ai une tendresse particulière. Amoureux fou, ou fou amoureux, je vous laisse choisir, sa rupture avec Suzanne le conduira à écrire Vexations, la plus longue œuvre pour piano jamais composée.
Un motif unique à répéter 840 fois. Autant dire une obsession qui ne sera jamais jouée du vivant de son auteur mais à propos de laquelle il aurait dit :
"Pour se jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses."
Je vous laisse donc dans le silence de la musique de Satie !
Merci d'être arrivé jusque là !
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1/840 VEXATIONS - Erik Satie | Joana Gama, piano
1/840 VEXATIONS - Erik Satie Joana Gama, piano Portuguese pianist Joana Gama made her debut playing the piece "Vexations" in "Serralves em Festa" (Serralves Museum, Porto - Portugal). For the time ...
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Le Centre Pompidou consacre une monographie à Suzanne Valadon (1865-1938), artiste emblématique et audacieuse, l'une des plus importantes de sa génération. À la marge des courants dominants de...
https://www.centrepompidou.fr/fr/programme/agenda/evenement/5moMjyy