Photo clin d'oeil à ma talentueuse amie eMmA et au Chocolat de Poche, suivez les liens !
[...] rencontrer n'est pas une histoire de connaissance mais d'expérience.
Nous restons au Louvre aux côtés d'un auteur qui, dans ce premier roman, nous invite avec un esprit facétieux, à imaginer les enjeux de la restauration d'un tableau aussi emblématique que La Joconde.
Paul Saint-Bris, un nom qui vous aura sans aucun doute semblé familier. Paul est effectivement le neveu du regretté Gonzague Saint-Bris. Le lien avec Léonard de Vinci est ainsi évident puisque la famille est propriétaire du Clos Lucé. J'ai aimé entendre l'auteur expliquer que, pour lui, enfant, il voyait Léonard de Vinci plus comme ingénieur que comme peintre et qu'il s'était parfois demandé s'il n'y avait pas plusieurs Léonard !
J'ai été intéressée aussi par les raisons de son choix, que vous pourrez entendre dans la vidéo ci-dessous que je vous incite à écouter. Choisir La Joconde n'est pas un hasard, elle aurait vraiment besoin d'un allègement des vernis, et si par goût, Paul Saint-Bris aurait peut-être choisi une autre œuvre, Monna Lisa s'est imposée tant elle répond à la problématique du livre.
Enfin, vous aurez peut-être pensé en lisant la ligne ci-dessus, que je suis une étourdie et que je n'aurais pas dû écrire Monna Lisa mais bien Mona Lisa. Je vous rassure, je me suis moi-même interrogée en lisant ce roman. Effectivement, l'auteur double systématiquement la consonne, ce qui m'a fait douter !
J'ai donc fait quelques recherches et me suis aperçue qu'il faudrait en bon français écrire Monna, pour ne pas risquer l'anglicisme avec Mona, vous savez qu'ils ne doublent que rare les consonnes.
Monna étant l'abréviation de Madonna, qui signifie Madame. Madame Lisa, ou Dame Lisa par effet de langue, serait donc la juste appellation française.
Mais comme je suis curieuse, j'ai cherché aussi dans mes livres, et si certains ne parlent jamais que de La Joconde, d'autres, notamment, Le Louvre - La peinture européenne par Michel Laclotte et Jean-Pierre Cazin, légendent la photo de notre chère belle dame : Mona Lisa ou La Joconde !
Donc, puisque nous avons appris à l'école que les noms propres n'avaient pas d'orthographe, nous ne ferons de scène à personne et chacun sera libre de choisir de doubler ou non le -n.
Je ne suis moi-même pas certaine de changer ma manière d'écrire, à part dans cet article pour lequel, par respect de l'auteur, je vais tenter d'être vigilante !
Il y avait dans le portrait un sourire si attrayant qu'il donnait au spectateur le sentiment d'une chose divine plutôt qu'humaine, on le tenait pour une merveille, car il était la vie même.
Je ne résiste pas à opposer cette citation de Vasari avec le descriptif du portrait que l'auteur nous offre dans les premières pages du roman et qui vous donnera une idée du ton de l'ensemble.
Son caractère profane permettait à chacun de s'y retrouver. Pour autant, elle n'était pas dénuée d'une aura sacrée : le voile de ses cheveux, la sincère bonté de son regard, le paysage cryptique qui évoquait les origines du monde établissaient un lien subtil avec la religion. [...] Et puis la Joconde n'était pas une beauté intimidante comme la Simonetta de Botticelli, éthérée et elfique. Ce n'était pas non plus un modèle de richesse ou de puissance [...]. Non, Lisa était une Madame Tout-le-Monde, une bourgeoise lambda de la classe moyenne, mère de famille et femme de commerçant [...] Elle exprimait une simplicité heureuse et rassurante. Et c'est peut-être ce qui fascinait les gens, qu'une inconnue comme elle ait traversé les temps, damant le pion aux reines et aux vamps.
Pour ce qui est de l'histoire, elle est très simple ! Le Louvre connaît une baisse de fréquentation, sa nouvelle directrice souhaite donc tout mettre en œuvre pour attirer dans les salles la nouvelle génération et un public toujours plus nombreux et varié, quitte à proposer des visites express en rollers... une visite aussi insolite que médiatique de stars, ou à engager une restauration, forcément aussi très médiatique, de la Joconde.
A quoi bon vouloir remonter le cours du temps ? Est-ce que les Egyptiens réclamaient de recouvrir les pyramides de Gizeh de leur peau calcaire disparue ? Est-ce que l'on se voyait repeindre la statuaire gréco-romaine dans ses couleurs d'origine ? Et les cathédrales dans leur polychromie tapageuse ? Pour les œuvres comme pour les êtres, remonter le temps était une quête vaine et forcément décevante, Aurélien en était convaincu.
Tout est dans ce dilemme qui se pose souvent entre faut-il avancer au risque d'écraser, ou ne jamais rien changer, au risque de lasser et de passer pour un vieux réac ! Mon résumé est un peu simpliste mais vous aurez sûrement encore en mémoire ce que j'évoquais dernièrement à propos du plafond de l'Opéra Garnier, garder Chagall ou revenir à l'état initial voulu par Garnier en remettant en lumière Lepneveu. C'est un sujet qui déchaine souvent les passions.
Dans ce roman, l'auteur confronte les avis en confrontant les personnages presque caricatures des oppositions entre anciens et modernes.
Daphné, une directrice dynamique, médiatique et volontaire face à Aurélien, un conservateur très conservateur, un brin décalé, intellectuel un tantinet coincé mais tellement passionné et respectueux des œuvres. Qui a tort, qui a raison ? Le propos n'est pas de donner une réponse mais bien de poser la question et de réfléchir aux nuances nécessaires.
En plus de ces deux personnages, un aéropage de spécialistes tous plus brillants les uns que les autres, historiens de l'art, critiques mais aussi et surtout restaurateurs ! Le choix de ce dernier, qui doit non seulement être capable de restaurer l'œuvre, mais en plus de faire face à la médiatisation, aux opposants et donc à une pression aussi politique qu'artistique, incombe bien évidement au conservateur qui portera, presque par défaut, son choix sur le meilleur mais aussi peut-être le plus dangereux, un italien Gaetano, artiste, restaurateur, un peu faussaire à ses heures perdues, gourmand de vie et d'art. Autant dire, qu'il s'agit là d'un face à face direct entre le feu et la glace.
Une nouvelle question se pose ici, à laquelle je reconnais que je n'avais jamais pensé. Un restaurateur doit-il être considéré comme un artiste ? L'auteur nous parle ici de Robert Picault (1705-1777) restaurateur qui se voyait comme un artiste et est parvenu à se faire rémunérer comme tel lors de ses travaux de restauration. Mais qu'il oppose ensuite à un historien de l'art plus tardif, Cesare Brandi (1906-1988) qui soutient lui que "l'acte de restauration n'est pas un acte de création".
Au-delà de l'emprise du marketing sur son métier et des changements radicaux induits par les nouveaux usages numériques, un sujet le souciait particulièrement : les clefs de compréhension de la peinture se perdaient. Les grands thèmes des œuvres peints, sacrés et profanes, s'éloignaient inéluctablement des préoccupations de ses contemporains. La plupart des allégories et figures antiques représentées demeuraient un mystère, mais un mystère ennuyeux qui ne valait pas la peine d'une recherche Wikipédia. [...] Quantité de références n'étaient plus perçues. [...] un peu comme si cet art-là, perdait son pouvoir d'expliquer le monde.
Autre problématique évoquée ici et qui entre en parfaite résonnance avec Les Yeux de Mona, de Thomas Schlesser, dont je vous parlais dernièrement. Qu'en est-il de la compréhension des œuvres au regard de notre culture moderne ou de notre inculture galopante ? Peut-on comprendre et apprécier une œuvre d'art sans connaître les sources qu'elles soient mythologiques, religieuses ou historiques ?
Les personnages, tous à leur manière très intéressants et attachants, même quand ils sont un peu tête à claque, je pense à la compagne d'Aurélien qui m'a paru être l'incarnation de la superficialité et du snobisme d'une certaine création contemporaine, offrent différents profils, connaisseurs, amateurs ou totalement ignorants, et nous donnent ainsi différents points de vues, certains ne manquant pas de poésie. Je pense là à un personnage un peu en marge, qui apparaît sous les traits de l'homme d'entretien, Homéro, dont je ne vous dirais rien tant il vaut la peine d'être découvert au fil des pages.
Pour conclure, une question encore, qui hante le monde de la culture, et ébranle notre société voyageuse : comment redonner aux œuvres leur public initial ? Je m'explique ! Un tableau comme La Joconde, c'est le cas de nombreux autres, a été peint pour un commanditaire, donc pour être admiré en silence, dans un espace privé par un nombre restreint de personne. Une œuvre religieuse, a été peinte pour orner une église, un couvent ou autre lieu de silence et de recueillement, longtemps éclairé par le simple vacillement d'une flamme. Vous voyez où je veux en venir ? L'auteur nous interroge ici sur la place des œuvres dans les musées.
Peut-on seulement partager un moment d'intimité avec une Joconde assaillie de visiteurs plus ou moins curieux, respectueux et tout simplement venus pour l'art et non pour faire le buzz sur les réseaux sociaux ? Que nous reste t-il aujourd'hui de la réalité de la Joconde que nous croisons aussi bien sur des boites de chocolat que sur des T-shirts ?
Il y avait une incongruité à ce qu'aujourd'hui les œuvres se retrouvent scrutées sous toutes leurs coutures, détachées de tout contexte, diffusées à si grande échelle, dépliant leur vérité crue sous des flots de lumens ou sur des millions de pixels rétroéclairés.
Vous l'aurez compris, nous avons ici un roman qui, sous couvert d'une certaine légèreté, de caricatures et d'humour, nous pose de vraies questions.
C'est drôle et intelligent, curieux et poétique. Seule la chute m'a laissée un peu dubitative... mais pouvait-il en être autrement !
Vous serez nombreux j'espère à lire ce roman et à me dire ce que vous en avez pensé.
/https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2FbHY2lEMLOyY%2Fhqdefault.jpg)
Paul Saint Bris - L'allègement des vernis, Editions Philippe Rey
Rencontre avec Paul Saint Bris autour de son premier roman " L'allègement des vernis " paru aux Editions Philippe Rey. De l'oeuvre du temps aux oeuvres qui traversent le temps, Paul Saint Bris nous
/https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2Fg_YK6VTGZR4%2Fhqdefault.jpg)
Le clip de Beyoncé et Jay-Z au Louvre vu par une historienne de l'art
Abonnez-vous à notre chaîne sur YouTube : http://f24.my/YouTube En DIRECT - Suivez FRANCE 24 ici : http://f24.my/YTliveFR Dans la nuit du 16 au 17 juin, les Américains Beyoncé et Jay-Z ont dév...
/image%2F0404793%2F20240227%2Fob_1d4388_img-6408.jpg)