S'il est un auteur dont j'ai parlé à plusieurs reprises ici, c'est bien Didier van Cauwelaert, que je suis depuis très longtemps. J'ai beaucoup aimé certains de ses romans, j'ai même lu certains au moins deux fois, comme Cheyenne, ou la Demi pensionnaire, ou encore Un aller simple, prix Goncourt 1994, que je n'ai pourtant jamais chroniqué !
Quand Babelio m'a proposé de participer à une rencontre avec Didier van Cauwelaert, je n'ai bien entendu pas hésité, et je ne regrette pas du tout. Son dernier roman, La Vie absolue, fait revivre - si je peux m'exprimer ainsi - son mort le plus célèbre, Jacques Lormeau, personnage central de La Vie interdite, paru en 1997. D'où le double titre de l'article !
Ni l'interruption de ma respiration ni mon arrêt cardiaque ne m'ont procuré d'émotion précise - je ne m'en suis pas rendu compte. Je dormais. D'une certaine manière, j'ai raté ma mort. Je ne sais pas si je dois m'en féliciter.
Qu'on me donne un langage pour essayer d'aider ceux qui m'appellent, de réussir des greffes de pensées, les seuils qu'il me soit encore possible de tenter, et je serai le plus heureux des morts.
Avant de me plonger dans son dernier roman, j'ai eu envie de relire le premier opus La vie interdite dont je ne gardais que peu de souvenirs puisque Jacques Lormeau ressurgit ici.
La fantaisie mâtinée de sérieux si caractéristique des oeuvres de Didier van Cauwelaert fait mouche à chaque fois.
Faire parler un mort, le montrer en train de se débattre dans son rôle de fantôme imparfait, il fallait oser ! Pari réussi, sans excès de pathos, et toujours avec humour.
Jacques Lormeau observe et découvre ses chers vivants d'un regard nouveau pour notre plus grand plaisir.
Tantôt drôle tantôt émouvant, ce fantôme dépassé par son rôle imprévu fait notre plaisir grâce à l'écriture alerte de l'auteur.
Ma première réaction en voyant le sujet du livre a donc, comme je l'évoquais précédemment, été de relire La Vie interdite, puis de m'interroger sur les raisons qui auraient pu pousser l'auteur à faire « revivre » son fantôme d'autrefois. Je n'ai pas (encore) de réponse mais l'envie de rebondir sur le dernier paragraphe de La Vie interdite est grande :
Quand mon auteur pense à autre chose, je perds la notion du temps, et je me rends compte que j'ai cessé d'exister au moment où il essaie à nouveau de me cerner dans une phrase, de corriger ce qu'il me fait dire. Les gens qui l'achèteront me redonneront-ils un peu de vie, m'attireront-ils près d'eux le temps de leur lecture ? Je ne sais pas si c'est un espoir ou une angoisse. Mais maintenant que j'ai cédé la place, je voudrais disparaître tout à fait. Et, malgré moi je m'agrippe. J'essaie de planter des mots bizarres dans l'inspiration de mon romancier, sans les comprendre.
Delà à se dire qu'un personnage peut hanter son auteur des années après, il n'y a qu'un pas ! Et j'aime beaucoup cette idée. C'est donc avec joie que j'ai retrouvé dans ces pages le facétieux Jacques Lormeau, quincailler par obligation, artiste inachevé par goût, décédé vingt-cinq ans auparavant et laissé durant de nombreuses années à ses errances d'esprit en recherche de légitimité entre « le vestiaire du rez-de-chaussée » et l'inatteignable (ou non souhaité) toit-terrasse, « privatif, inoccupé où en colocation », réservé à Dieu.
On se figure que les défunts ça se reloge, et puis ça reste des sans-abri.
Il n'est pas nécessaire d'avoir lu La vie interdite pour comprendre immédiatement les petites mesquineries, les jeux d'alliance et autres arrangements entre les différents protagonistes, notables d'une petite ville de province, mais pour qui les connaît, les retrouver grandis (ou pas !) est un petit plus.
Jacques Lormeau est dans La Vie absolue exhumé dans le cadre d'une recherche de paternité qui va, de rebondissements en rebondissements, globalement assez prévisibles, offrir à Didier van Cauwelaert une galerie de portraits et un ensemble de réflexions sur le monde d'aujourd'hui.
Avec l'humour qui le caractérise, l'auteur nous entraîne dans une observation du monde et des âmes, sans oublier de rester ancré à toutes les actualités qui font, ou ont fait notre quotidien, ces dernières années, des gilets jaunes au drames de la pédophilie, en passant par les combats féministes, et les arrangements avec les dieux pouvoir et argent, l'ensemble étant porté par la question qui nous effleure sûrement tous à un moment ou un autre : que sont nos morts devenus, influencent-ils nos vies ?
J'ai aimé, comme toujours, l'écriture alerte et inventive de celui qui déplore que tout puisse être cloisonné « ici-haut » ou n'hésite pas à comparer l'aura des esprits qui jalonnent son récit en insistant sur la différence avec la vie d'avant,
De son vivant, elle n'était pas spécialement futée, mais, vu la qualité de son aura […] je me fais l'effet d'être une âmelette
J'ai aimé l'humour qui m'a fait sourire et offert un sourire en retour de mon grincheux vis-à-vis de métro, j'ai aimé les personnages que l'on croise chaque jour, que l'on a envie de gifler ou de serrer dans ses bras.
J'ai surtout aimé la légèreté d'un texte qui sait être grave sans nous assommer, et l'idée que
Pour pouvoir vraiment évoluer dans l'au-delà en explorant d'autres cieux, il faut en avoir fini avec ses remords terrestres.
Peut-être pour pouvoir « revenir au monde sans idées préconçues » ?
Je ne vous ai pas fait de résumé de l'histoire, il n'est pas difficile à trouver, mais je voulais vraiment vous inviter à cette lecture d'un roman léger et lumineux, malgré les apparences, à lire pour échapper à la noirceur des jours.
Je remercie Babelio et Albin Michel de cette chance qui m'a été offerte de pouvoir écouter Didier van Cauwelaert qui est, en plus d'être intéressant, très sympathique.
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Didier Van Cauwelaert : voyage posthume et vie absolue
Avec humour et tendresse, Didier Van Cauwelaert aborde dans son dernier roman 'La Vie absolue' (Albin Michel) les thèmes de la mort, du souvenir et de la filiation, en ressuscitant le personnage de
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