Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt, c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait."
Au départ, il y a un livre, publié pour la première fois à compte d'auteur en 1963 à Genève, puis repris à par Julliard en 1964, puis par les Editions la Découverte en 1985.
Mais au vrai départ, il y a un voyage, celui de deux amis, Nicolas Bouvier (1929-1998) écrivain, poète, photographe, dessinateur, né en Suisse, et Thierry Vernet (1927-1983) peintre, dessinateur, graveur.
Ensemble, ils décident en 1953 de partir à bord d'une Fiat Topolino (acteur majeur de ce périple) de Genève à la frontière de l'Inde.
"Six mois de voyage à travers les Balkans, l'Anatolie, l'Iran, l'Afghanistan donneront naissance à l'un des grands chefs-d'oeuvre de la littérature dite de voyage." nous dit la page 4 de couverture.
Un voyage qui au regard du monde d'aujourd'hui paraît devenu impossible.
Et à l'arrivée, aujourd'hui, il y a une très belle pièce au Théâtre de Poche, bd Montparnasse, un seul en scène magistralement mené par Samuel Labarthe, que vous connaissez sûrement par ses différents rôles.
J'ai pris le chemin à l'envers, j'ai commencé par le théâtre, et je suis tombée sous le charme du texte. Comment ça de l'acteur ? Mais non, voyons... quoique :-)
Sérieusement, la poésie du texte est envoûtante, on est totalement aspiré par la justesse des mots merveilleusement portés par Samuel Labarthe c'est vrai, et par une mise en scène très sobre de Catherine Schaub.
On sent le froid ou la chaleur écrasante, on voit la profondeur des nuits étoilées, on ressent les impatiences, les joies, les inquiétudes, les faiblesses des hommes, leurs fragilités et leurs forces, et les limites de la voiture aussi ! On entend les silences des déserts et l'agitation des villes, les cris des animaux dans la nuit, et les rêves des humains, on chante, on danse du fond du cœur et on ne peut pas ne pas penser, sans une grande émotion, à ce que sont devenus aujourd'hui certains de ces pays.
Nous sommes sortis ébouriffés par ce magnifique voyage au cœur de l'humain. Parce que c'est sûrement ce qui fait la force de ce si beau texte, et de ce formidable voyage, c'est le regard porté sur les hommes et la nature qui les entoure.
Vous l'aurez compris, un livre à lire et une pièce à voir !
Je suis très reconnaissante au Théâtre de Poche et à Samuel Labarthe d'avoir mis ce texte en lumière, sans eux, je serais passée à côté.
Parfois, quand nous insistions, une de ces solides bourgeoise en robe noire se campait au milieu de la pièce, les yeux pudiquement baissés, et chantait d'une voix sanglante les ballades arméniennes de Sayat Nova, ou une de ces complaintes azéri à vous soulever de terre et, comme si les carreaux avaient volé en éclats, tout ce que Tabriz exprime de puissant, d'éperdu, d'irremplaçable, envahissait soudain la chambre. Les yeux se mouillaient, les verres tintaient, la chanson s'éteignait... et, le cœur au chaud, on retombait en feuille morte dans ce fraternel ennui provincial, gonflé de désirs vagues, qui baigne les pièces de Tchékhov.
Sayat Nova : Barbe populaire arménien du XVIIIe dont les chansons sont toujours à la mode.
Nicolas Bouvier, L'usage du monde, édition La Découverte. Illustré par Thierry Vernet
Théâtre de Poche, Samuel Labarthe dans l'usage du monde de Nicolas Bouvier, prolongations jusqu'à la fin mars, allez-y vite !
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![SAYAT NOVA, 18th c., Armenia, Bards & Troubadours [1712-1795/1801]](https://image.over-blog.com/4L-t1E1bg3GMfdpzN-gonhuVPME=/170x170/smart/filters:no_upscale()/https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2FcwBNdITR3dI%2Fhqdefault.jpg)