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Les musardises de Parisianne

François Cheng, L'Eternité n'est pas de trop

17 Septembre 2022, 09:20am

Publié par Parisianne

François Cheng, L'Eternité n'est pas de trop

Ce bas monde est vraiment d’une diversité incroyable » […] Les visages ne sont pas pareils, il en va de même pour le destin de chacun, les heureux, les malheureux, les enviables, les pitoyables ; est-ce que l’idéal serait que tous aient une figure identique, un destin identique ? Peut-être pas. Si c’était le cas, comment chacun pourrait-il porter un nom ? Comment pourrait-on être saisi devant un homme aux vertus exceptionnelles, ou avoir le cœur qui bat devant une beauté sans pareille ? Ce serait comme de manger chaque jour le même plat. Ce serait le comble de la monotonie et de l’ennui. Plus il y a de gens différents, plus c’est intéressant.

Nous avons tous à un moment ou à un autre entendu François Cheng s'exprimer avec cette manière si attachante qui lui est propre, avec une sagesse que nous ne pouvons que lui envier même s'il dit lui-même qu'il ne cherche pas la sagesse.

Je n'avais jamais pris le temps de lire aucun de ses livres, lorsque par hasard L'Eternité n'est pas de trop a croisé mon chemin et s'est glissé dans ma poche pour mes trajets en métro. 

Lan-ying ouvre sa paume et laisse Dao-sheng y coller la sienne. Instant de muette communion et d'extase hors paroles. L'intimité née de deux mains en symbiose est bien celle même de deux visages qui se rapprochent, ou de deux cœurs qui s'impriment l'un dans l'autre. La corolle à cinq pétales, quand elle éclôt, est un gant retourné de l'intérieur vers l'extérieur, elle livre son fond secret, se laisse effleurer par la brise tiède qui sans cesse passe, ou butiner sans fin par d'avides papillons et abeilles qui accourent. Entre deux mains aux doigts noués, le moindre frémissement bruit de battements d'ailes [...]. La main, ce digne organe de la caresse, ce qu'elle caresse ici n'est pas seulement une autre main, mais la caresse même de l'autre.

De flamme et d'azur, François Cheng et Kim En Joong

De flamme et d'azur, François Cheng et Kim En Joong

Sensiblement à la même période, je visitais le musée Cernuschi, pour y préparer une séance de travail, où se tenait une exposition très belle réunissant François Cheng - académicien et poète d'origine chinoise - et Kim En Joong - peintre et père dominicain d'origine coréenne. L'alliance de la peinture avec la calligraphie et la littérature offrait un ensemble d'une grande sensibilité. Vous pouvez le voir sur les deux photos que je joints à cet article.

La vraie beauté est élan même vers la beauté, fontaine à la fois visible et invisible, qui jaillit à chaque instant depuis la profondeur des êtres en présence. Puisque la beauté est rencontre, toujours inattendue, toujours inespérée, seul le regard attentif peut lui conférer étonnement, émerveillement, émotion, jamais identiques.
La beauté est fragile, Dao-sheng le sait, à ses dépens. Elle advient sur la crête de l'instant. La moindre négligence et elle s'évanouit. Et tant d'éléments extérieurs, brutaux, cruels, qui viennent l'étouffer.

Très vite, la beauté de la langue et la poésie sensible du roman de François Cheng m'ont entraînée. L'histoire est simple, au XVIIe siècle, à la fin de la dynastie Ming, un homme qui n'a pas prononcé ses vœux, quitte le monastère dans lequel il vivait depuis trente ans pour retrouver la seule femme qu'il a jamais aimée, une jeune fille de grande famille dont - pour leur plus grand malheur - il n'a fait que croiser le regard silencieux.

Qu'arrive-t-il quand on n'est plus "en présence" ? La beauté subsiste-t-elle lorsqu'on ne peut plus se voir ? Et qu'en est-il de l'amour qui lui est si proche et si lié ? Comme la beauté, l'amour est rencontre. Qu'arriverait-il si l'amour était privé de la présence ?

Au-delà de ce qui pourrait paraître une simple histoire d'amour, finalement assez banale, l'auteur nous entraîne dans une réflexion humaine, voire spirituelle sur fond d'histoire d'une société chinoise dans laquelle la femme ne s'appartient pas. 

Les échanges entre le principal protagoniste et les missionnaires jésuites sont riches d'humanité et d'interrogations.

De flamme et d'azur, François Cheng et Kim En Joong

De flamme et d'azur, François Cheng et Kim En Joong

Soleil levant, soleil couchant, lune cachée, lune présente, nous ne nous oublierons pas un seul instant, restons à chaque instant ensemble !

Un très beau texte qui nous entraîne dans la découverte d'un amour au-delà de toutes contingences, et nous offre à découvrir un monde d'une grande poésie et d'une extrême violence. 

Un auteur à découvrir assurément pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu.

Nos chemins se recroiseront-ils ? Peu importe. Car nous sommes déjà amis ; nous ne nous oublierons plus.
- En cette vie, et après la mort ?
- Puisque nous partons ensemble pour l'éternité !

François Cheng, L'Eternité n'est pas de trop

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M
C'est un auteur que je ne connais que de nom. Je ne l'ai jamais lu en effet. J'aime beaucoup tes extraits choisis et du coup tu me donnes envie de le découvrir un jour. Merci
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P
J’ai été très sensible à la poésie de son écriture, mais c’est un poète, donc tu peux aussi piocher dans ses recueils si un roman entier te semble trop.<br /> Bonne soirée<br /> Anne
B
Je découvre cet auteur, merci.<br /> Les illustrations sont magnifiques <br /> Bonne soirée
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P
Merci Babeth, une très belle écriture à découvrir. Bonne soirée
M
Bonjour Anne,<br /> Je ne connais pas cet auteur mais tu me tentes.<br /> Bon après-midi,<br /> Mo
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P
Bonsoir Mo, très agréable à lire, poésie, philosophie, histoire, tout se mêle dans ce roman.<br /> Bonne soirée<br /> Anne