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Les musardises de Parisianne

Romain Gary, Les Cerfs-volants

5 Mars 2021, 20:05pm

Publié par Parisianne

Romain Gary, Les Cerfs-volants

Romain Gary fait partie des auteurs que j'aime particulièrement, et si je ne crois pas avoir jamais vraiment évoqué mes lectures de ses livres, il en a été plusieurs fois question sur ces pages, à travers l'évocation de "ses" Prix Goncourt mais aussi à la lecture de la biographie de Dominique Bona, à qui je dois ma découverte tardive de cet écrivain, ou encore après la très belle lecture du livre de François-Henri Désérable, Un certain Monsieur Piekielny.

- Mon oncle, ces parisiens se sont moqués de vous. Ils vous ont traité de vieux loufoque.
Ambroise Fleury s’arrêta. Loin d’être vexé, il paraissait plutôt satisfait.
- Ah bon ? Ils ont dit ça ?
Je lui lançai alors du haut de mon mètre quarante […]
- Ce sont des gens de peu.
- Il n’y a pas de gens de peu, dit mon oncle.
Il se pencha, posa délicatement Jean-Jacques Rousseau dans l’herbe et s’assit. Je m’installai à ses côtés.

Ainsi, ils m’ont traité de fou. Eh bien, figure-toi, ces beaux messieurs et ces belles dames ont raison. Il est parfaitement évident qu’un homme qui a voué toute sa vie aux cerfs-volants n’est pas dépourvu d’un grain de folie. Seulement se pose ici une question d’interprétation. Il y en a qui appellent ça « grain de folie », d’autres parlent aussi d’« étincelle sacrée ». Il est parfois difficile de distinguer l’un de l’autre. Mais si tu aimes vraiment quelqu’un ou quelque chose, donne-lui tout ce que tu as et même tout ce que tu es, et ne t’occupe pas du reste...

Les Cerfs-volants est le dernier roman de Gary publié de son vivant en 1980, rappelons que né en 1914, Romain Gary a mis fin à ses jours en février 1980.

Ce roman est l'histoire d'un amour fou entre un jeune orphelin normand élevé par un oncle qui en plus de son métier de facteur construit des cerfs-volants, ce qui lui vaut le surnom de "facteur timbré", et une jeune noble Polonaise en villégiature dans la région.

Nous sommes à la veille de la Seconde Guerre Mondiale quand les jeunes gens se rencontrent, et bien sûr, le conflit mondial va devenir un des principaux protagonistes de cette histoire.

 

Ce qu'il y a d'affreux dans le nazisme, dit-on, c'est son côté inhumain. Oui. Mais il faut bien se rendre à l'évidence : ce côté inhumain fait partie de l'humain. Tant qu'on ne reconnaîtra pas que l'inhumanité est chose humaine, on restera dans le mensonge pieux.

On retrouve ici les thèmes et engagements propres à Gary, mais une fois encore, au-delà du drame de la guerre, l'auteur nous montre la grandeur d'âme, la force de combattre dignement et l'espoir éternel.

L'évasion par le rêve n'est pas un vain mot dans ces pages, et cela fait beaucoup de bien.

Les personnages sont merveilleusement attachants, et on se prend à lever les yeux au ciel pour découvrir ces cerfs-volants à l'effigie de nos grands personnages. J'ai une tendresse particulière pour l'oncle, qui résiste en apportant du rêve, mais aussi pour le grand chef, Marcellin Duprat pour qui fermer son restaurant gastronomique reviendrait à capituler devant l'ennemi.

Un roman plein de poésie qui m'a profondément touchée.

C'était la première fois que j'utilisais l'imagination comme arme de défense et rien ne devait m'être plus salutaire dans la vie.

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M
Donnes lui tout ce que tu as, tout ce que tu es, et si tu pouvais gardes le de ses tourments...
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E
Ta page me donne furieusement l'envie de lire ce livre, Anne.<br /> Comment, mais vais-je faire pour lire tout ce que note après avoir suivi tant de conseils ici ou là ?<br /> Il faut bien que je travaille un peu ! ;)<br /> Passe un bon week-end... de lectures nourricières.
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P
Mais lire c'est travailler ! je suis certaine que les évocations des cerfs-volants par Gary t'inspireront pour tes petits papiers ;-)<br /> Je t'embrasse