Depuis longtemps je souhaitais découvrir Annie Ernaux dont je n'avais qu'entendu parler. Ne me demandez pas pourquoi j'ai choisi ce livre, La Place, plutôt qu'un autre, je serais bien incapable de vous répondre.
Dans La Place, Annie Ernaux nous livre l'histoire de ses origines.
Le récit débute par son épreuve de CAPES et enchaîne avec la mort de son père. Cette disparition qui fait ressurgir tout ce qu'il a été et tout ce qu'elle a fui.
En quelques heures, la figure de mon père est devenue méconnaissable. [...] Le nez avait pris toute la place dans la figure creusée. Dans son costume bleu sombre lâche autour du corps, il ressemblait à un oiseau couché. Son visage d'homme aux yeux grands ouverts et fixes à l'heure suivant sa mort avait déjà disparu. Même celui-là, je ne le reverrais jamais.
La Place, c'est celle que l'on a dans la vie, celle que l'on se fait dans la société. Annie Ernaux semble ne jamais être à sa place. Elle s'éloigne de ses origines modestes et ne paraît pas plus à l'aise dans ce milieu bourgeois dans lequel elle s'installe.
Elle nous livre l'histoire de sa famille et de son père en particulier avec un recul à la limite de la froideur. Disons que ce doit être de la pudeur.
J'ai lu qu'Annie Ernaux qualifiait elle-même son écriture de "plate", on parle également parfois d'écriture "blanche". Je préfère cette seconde qualification, ce n'est pas plat, c'est dénué de sensibilité. Cela ne signifie pas pour autant de sentiments.
C'était un homme dur, personne n'osait lui chercher des noises. Sa femme ne riait pas tous les jours. Cette méchanceté était son ressort vital, sa force pour résister à la misère et croire qu'il était un homme.
Ce livre nous présente donc la famille de l'auteure, de ses grands-parents, installés dans le Pays de Caux, avec le grand-père qui se louait dans les fermes puis son père, né en 1899, qui fuira également son milieu pour ouvrir un commerce.
Quand je lis Proust ou Mauriac, je ne crois pas qu'ils évoquent le temps où mon père était enfant. Son cadre à lui c'est le Moyen Âge.
La famille est modeste mais bien à sa place. Trop peut-être pour la jeune fille qui fait des études supérieures et regarde d'un mauvais œil ses parents un peu paysans que son mari ignorera malgré leurs efforts pour bien faire.
Pour mon père, le patois était quelque chose de vieux et de laid, un signe d'infériorité. Il était fier d'avoir pu s'en débarrasser en partie, même si son français n'était pas bon, c'était du français.
Annie Ernaux parle beaucoup de la langue, on fait sa place par son langage et sa tenue en société, il y a des codes à respecter.
Enfant, quand je m'efforçais de m'exprimer dans un langage châtié, j'avais l'impression de me jet dans le vide. [...]
Tout ce qui touche le langage est dans mon souvenir motif de rancœur, de chicanes douloureuses, bien plus que l'argent !
L'auteure présente donc ses parents avec un certain recul, elle prend la distance que l'on peut avoir avec les choses que l'on aime mais que l'on tente parfois de cacher.
J'ai glissé dans cette moitié du monde pour laquelle l'autre n'est qu'un décor. [...] Je me sentais séparée de moi-même.
Cette autobiographie est d'une lecture facile et rapide ce qui n'empêche pas la beauté de la langue.
Je ne regrette pas d'avoir pénétré l'oeuvre d'Annie Ernaux par ce récit que je viens de relire, sans plaisir ni déplaisir. Avec du recul par rapport à une première lecture qui ne m'avais pas laissé beaucoup de souvenirs, le ton détaché très bien rendu par l'écriture reste pour moi assez déroutant.
