Elles toujours une élève studieuse, elle aime les mots, on lui a dit que les chiffres n'étaient pas pour les filles alors, comme elle est obéissante, elle se cantonne aux mos, mais ce cantonnement est un bonheur, elle est à l'aise avec les mots (les mots écrits bien entendus, comment imaginer qu'elle soit à l'aise avec les mots dits, qui est à l'aise avec les mots dits quand on est une fille qui vient de là où elle vient ?). Les mots sont des compagnons admirables, qu'on peut parfaire à l'envi, ce sont les compagnons des enfants tristes, des enfants solitaires, rien de nouveau sous le soleil, ils sont un recours et un pactole.
Le plaisir de retrouver Véronique Ovaldé dans ce dernier roman intime fortement conseillé par mon libraire de La Montée du soir que vous pouvez trouver sur les réseaux, sur facebook et sur Instagram @librairie_la.montee.du.soir, n'hésitez pas à écouter les avis toujours pertinents de Patrick et Aurélie.
De vrais libraires passionnés qui font vivre la littérature, cela donne du souffle et du sens dans notre monde chaotique.
Vivre sans bonheur et n’en point dépérir, avec ce titre qui cite Colette, est un roman plein de ces agacements et colères de jeunesse qui se muent en tendresse et une forme de compréhension à l’âge adulte.
Un père violent, une mère soumise et deux filles qui tentent de faire leur chemin. La plus jeune, portée vers l'écriture dresse en observatrice un portrait sans concessions et plein d'admirative tendresse pour sa mère avec le recul de l'âge.
Bien que l'auteure ne cache pas que c'est de sa propre famille dont il est question ici, le texte n'en est pas moins un roman. On ne peut s'empêcher de voir Véronique Ovaldé elle-même dans le portrait de sa mère que je vous cite ci-dessus.
Si on la laissait faire elle finirait par nettoyer sa propre ombre sur le sol
Celle qui est d’abord la chtiote puis la gamine, la petite ou encore la fillette devient « la mère », « ma mère » sans être jamais nommée.
De cette femme transparente et pourtant bien présente, l’auteure dresse un portrait tout en retenue et émotion, n’hésitant pas à lui imaginer une autre vie pour nous faire revenir plus brutalement dans la réalité.
Parce qu’on a envie d’y croire à ce sauvetage par la vieille dame aux chats, ou aux autres alternatives même les plus violentes.
« Sauf que… » la réalité est tout autre et le père toxique bien ancré dans cette époque où l’homme décide, possède et empêche, ce père qui sait être violent quand il a un peu trop bu, écrase tout, à commencer par la mère, et enferme son trio féminin par sa jalousie maladive et ses idées extrémistes, sans téléphone, sans clés de la maison, sans ami(e)s et sous surveillance quasi permanente.
Quand les Filles rentrent à la maison, [...]. La Mère leur ouvre. Les Filles rapportent deux sacs remplis de livres qu'elles ont empruntés. L'un est confié à la Mère, qui se dépêche de le monter à l'étage, et l'autre est présenté au Père [...]. Ce sont ces livres-là qu'il examine [...]. Ces livres sont aussi inoffensifs qu'ils en ont l'air. Les Filles ne les liront pas. [...] En revanche, les autres livres sont dévorés. [...] Ils passent sous le manteau dans la maison grâce à la complicité de la Mère qui les dépose avec discrétion sur le palier du haut pendant que les filles présentent leurs mains propres dessus dessous à leur père dans le salon. [...]
Comment imaginer que la connivence féminie soit autre chose que l'unique recours face à toute contrainte ?
Les années, les semaines rythmées par les renoncements de la Mère s'écoulent dans l'encre de l'auteure qui lui rend-là un hommage plein de tendresse. La vie parfois nous bouscule sauf qu'il nous appartient de savoir en extraire malgré tout la lumière.
Un très beau roman vrai et sensible porté par l’amour et le talent de l’imagination.
Moi qui aurais souhaité des bifurcations intempestives et des dissonances sur ce chemin tout tracé, je me rends compte qu’elle est l’être le moins dissonant qui soit.
Elle n’en veut à personne. La vie n’est de toute façon qu’une suite d’événements qui ne se produisent pas.
Vivre sans bonheur et n'en point dépérir, Véronique Ovaldé chez Flammarion
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