Venise, la nuit, c'est inoubliable. Si on veut comprendre une ville, il faut la connaître la nuit. Ou le matin. Elle propose aussi cela. Des balades tôt, dans l'aube vénitienne, quand rien ne bouge à part l'eau. Rares sont ceux qui choisissent ce créneau, pourtant la ville sans personne est sans doute une des raisons de faire le voyage.
Venise n'est pas une ville normale. Tout est compliqué. Il faut marcher. C'est comme ça. Monter des ponts, en descendre traverser des places.
Claudie Gallay fait partie des auteurs dont je guette les sorties. Depuis les Déferlantes, que je viens d'ailleurs de relire avec le même plaisir que la première fois, je n'ai jamais été déçue, à peine moins intéressée parfois, mais si rarement.
Dans ces Jardins de Torcello, son dernier roman, Claudie Gallay nous entraîne de nouveau à Venise.
J'ai tant aimé Seule Venise, lu à trois reprises, et une fois à voix haute pour Maman, que je ne pouvais résister à ce nouveau voyage. Et quel voyage ! Bien que ne connaissant pas Venise, je m'y suis sentie, le visage offert aux vents et aux pluies, l'esprit tout entier tourné vers les silences.
Jess se ramifie. Elle est une poupée russe, elle contient celle des vingt-six ans, celle des vingt aussi, mais celle des quinze commence à être loin, et celle des dix, la petite fille qui a été, elle la perd un peu dans les limbes, on dirait qu'elle lui lâche la main, attend de voir la suite.
Jess, que nous avions croisée dans le roman précédent, Avant l'été, a fui à Venise pour échapper à l'avenir tout tracé par sa mère qui souhaite qu'elle reprenne l'hôtel familial, ce que la jeune fille refuse.
Hébergée à Venise par un ami, elle vit de la beauté des lieux et s'improvise guide pour touristes français. Le jour où elle doit trouver un travail pour libérer l'appartement qu'elle occupe, elle se rend à Torcello pour rencontrer Maxence, avocat pénaliste en couple avec Colin, doublure voix pour le cinéma.
Entre deux plaidoiries, Maxence poursuit le rêve de redonner vie aux jardins qui entourent sa maison, et lutter contre la montée des eaux.
Il y des jours fruits, des jours fleurs, des jours feuilles et d'autres qui sont des jours racines. Cette répartition est en lien avec le calendrier lunaire, elle dicte le travail à faire.
Et il y a les jours de pluie.
C'en est un.
Quand il pleut à Venise, tout devient extrêmement triste et compliqué.
Au fil des jours, Jess apprivoise ses nouveaux employeurs et se rend indispensable autant par son aide à faire tourner la maison, sans s'abaisser à certaines tâches, que par son écoute et sa présence discrète. Tous portent un fardeau qui fait de leur vie un combat, et si seul Maxence l'avocat, se bat réellement pour sauver des âmes qu'il ne se refuse à croire perdues, Jess, Colin, Elio, cherchent leur voix dans les silences des autres.
Chaque personnage occupe une place essentielle et la nature domine l'ensemble pour nous plonger dans un univers de beauté à faire renaître et préserver.
Les romans de Claudie Gallay me font toujours l'effet d'un dialogue silencieux. Les personnages se croisent s'aiment, se déchirent et pourtant se construisent ensemble, dans le respect des non-dits, dans le silence des lieux, de la nature. Et c'est beau.
L'écriture dépouillée de l'auteure accompagne à merveille ces destins si particuliers.
N'hésitez pas, lisez Claudie Gallay !
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