Moi qu'un petit enfant rend tout à fait stupide,
J'en ai deux ; Georges et Jeanne ; et je prends l'un pour guide
Et l'autre pour lumière, et j'accours à leur voix,
Nous sommes aujourd'hui Place des Vosges, dans la très belle Maison de Victor Hugo, musée consacré à l'écrivain, bien sûr, mais qui organise aussi de très belles expositions, toujours en lien avec le grand homme.
Cette fois, c'est son petit-fils, Georges qui est mis à l'honneur, et c'est une vraie belle découverte.
Passereaux et rouges-gorges,
Venez des airs et des eaux,
Venez tous faire vos orges,
Messieurs les petits oiseaux,
Chez Monsieur le Petit Georges.
Georges Hugo, fils de Charles, naît en 1868, il sera suivi en 1869 de Jeanne.
Victor Hugo toujours en exil attend la chute de l'Empire mais prépare son jardin anglo-normand pour les enfants qui ne doivent y courir aucun risque, en mettant un grillage autour du bassin et un poème pour que les oiseaux ne s'effraient pas de ce changement ! L'ensemble reproduit sur le miroir en image ci-dessus que Victor Hugo offrira à Juliette* ! Adèle son épouse est morte quelques jours après la naissance de Georges.
Cette attention du grand homme à ses petits-enfants ne surprend guère quand on connaît ses poèmes à ses petits, et c'est ce lien familial fort qui ressort dès la première salle de l'exposition à travers des portraits de famille, des extraits de lettres et divers souvenirs.
Vous pouvez voir cette jolie lettre de Georges à son grand-père surnommé Papapa !
Mon doux Georges, viens voir une ménagerie
Quelconque, chez Buffon, au cirque, n'importe où ;
Sans sortir de Lutèce allons en Assyrie,
Et sans quitter Paris partons pour Tombouctou.
Une enfance relativement insouciante malgré la disparition prématurée d'un papa, puis d'un oncle, les deux fils de Victor Hugo, les enfants Georges et Jeanne grandissent sous l'oeil attendri de leur grand-père.
Les enfants ne semblent pas avares de bêtises mais Georges se pique de dessiner comme Papapa. Il fera le portrait du grand-père tant aimé sur son lit de mort.
On peut voir sur les quelques photos ci-dessus que Georges dessine fort bien !
Le jeune homme semble cependant avoir une vie un peu dissolue et le nom célèbre qu'il porte fait de lui la cible des journaux qui n'hésitent pas à mettre ses déboires en première page ! La plus amusante de ses frasques restera sans doute son ascension nocturne de la Tour Eiffel avant son inauguration, en compagnie de son inséparable ami - et futur beau-frère - Léon Daudet (fils aîné d'Alfonse).
1891, Georges doit remplir ses obligations militaires, il effectue son service comme simple matelot et n'hésite pas à faire école à ses compagnons analphabètes. Il tirera un recueil de cette riche expérience, textes publiés dans La Nouvelle Revue de 1895, et de nombreux dessins.
Au retour à la vie civile, Georges se marie et tout en continuant de peindre et dessiner, fréquente le monde républicain des salons.
Pauline son épouse et amie d'enfance, et Jean (1894), leur premier né, sont un de ses sujets de prédilection. Marguerite naîtra trois ans plus tard.
Mais Georges quitte le domicile pour une période dans la marine et ne reviendra pas, se séparant de Pauline, il arrête également d'exposer au Salon. Il n'en poursuit pas moins son travail de peintre et dessinateur mais dans la plus grande discrétion.
Georges s'installe avec la cousine de Pauline, Dora Dorian, dont il aura un fils, François né en 1899.
1901, Georges fait modifier son patronyme en hommage à son grand-père, le voici donc Georges Victor-Hugo, au moment où la France célèbre le centenaire de l'écrivain.
Georges, réconcilié avec sa sœur et son second mari Jean-Baptiste Charcot, accompagne le couple dans un voyage au-delà du cercle polaire. Dora qui est également du voyage publie des articles dans Femina, Georges peint et écrit.
Chaque homme dans sa nuit s'en va vers sa lumière.
Première Guerre Mondiale, malgré ses 46 ans, Georges s'engage, il tient ses carnets. Certains seront publiés dans l'Illustration dans un article signé Sem, le célèbre illustrateur.
Après guerre, Georges navigue entre Paris et Guernesey, poursuit sa vie mondaine dans un monde qui change, et son oeuvre avec discrétion malgré quelques expositions qui font s'exclamer la presse devant le talent du petit-fils, ce rôle d'une vie, peut-être pas toujours si simple de porter un tel nom mais que Georges Victor-Hugo semble vénérer comme il vénérait ce cher grand-père.
C'est à Paris, en janvier 1925 qu'il s'éteindra, entouré des siens.
Vous l'aurez deviné, une exposition très agréable qui nous offre de découvrir un artiste de talent. J'ai été particulièrement sensible à la force de ses dessins.
C'est à la Maison de Victor Hugo jusqu'au 10 mars, ça vous laisse encore un peu de temps !
Juliette, Patrick Tudoret aux Editions Taillandier
Oeuvres de Georges Hugo
Souvenirs d'un matelot, 1896
Mon grand-père, livre de souvenirs, 1902