" Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inclassable des morts, le retentissement du désastre. Aujourd'hui, je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence."
A bien y réfléchir, cet extrait en page quatre du livre de poche aurait pu me faire fuir ! Les premières lignes encore plus qui évoquent la mort de la mère.
Je n'avais jamais lu de roman de Delphine de Vigan, c'est celui-ci qui m'est tombé sous la main en premier, je me suis dit "pourquoi pas ?".
Les échos que j'en avais eu, la critique de Mohammed Aïssaoui du Figaro Littéraire évoquant "le livre de ma mère" sujet bien souvent traité, n'y sont certainement pas pour rien.
L'absence de lumière m'a gênée. En ce sens, le roman, puisque c'est bien ainsi qu'il est présenté, porte vraiment bien son titre, Rien ne s'oppose effectivement à la nuit qui s'immisce dans les journées les plus ensoleillées.
L'écriture est plaisante, on se laisse entraîner malgré le malaise permanent.
"Quoi que je dise et fanfaronne, il y a une douleur à se replonger dans ses souvenirs, à faire resurgir ce qui s'est dilué, effacé, ce qui a été recouvert."
La narratrice raconte sa mère, Lucile, troisième d'une famille de neuf enfants. Les grands-parents, Georges et Liane, "formaient un couple étrange : lui, si cérébral en apparence, mais totalement gouverné par ses affects, elle, si émotive en surface, solide comme un roc et intimement persuadée qu'elle était sotte." Cette association de personnalités construit une famille en contrastes de joies et de douleurs. La troisième génération, celle de l'auteur n'a semble-t-il gardé que les noirs, hérités de Lucile, " cette enfant mystérieuse qui avait grandi trop vite et qu'elle (Liane) ne prenait plus dans ses bras. "
Ce que j'ai aimé dans ce texte, c'est la façon dont l'auteur se joue de nous lecteurs. C'est un roman à la première personne et tout prête à croire que Delphine de Vigan raconte l'histoire de sa mère, de sa famille. La frontière entre la fiction et la réalité est donc fragile. Sûrement s'en est-elle expliquée dans des émissions de télévision ou de radio, je n'en ai pour ma part entendu aucune.
C'est une manière que l'on retrouve chez de nombreux auteurs, je pense notamment au roman d'Edouard Louis qui a fait couler tant d'encre, En finir avec Eddy Bellegueule. Je m'interroge donc sur la classification dans le registre du "roman" qui reste pour moi associé à une oeuvre d'imagination et non à un récit autobiographique !
Vous l'aurez compris, ce livre ne me laissera pas un souvenir impérissable. Toutefois, le plaisir de l'écriture élégante de Delphine de Vigan m'a donné envie de récidiver. Nous reparlerons donc de cette auteure prochainement !
"L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d'interroger la mémoire."
