Après son succès au Festival d'Avignon, La Peur arrive à Paris au théâtre Michel.
Merci à Xavier Chezleprêtre de l'Agence Attitude de nous avoir permis de voir cette pièce inspirée de la nouvelle éponyme de Stefan Zweig adaptée et mise en scène par Elodie Menant.
Si Zweig excelle dans la description des tourments de l'âme, Hélène Degy, Aliocha Itovich et Ophélie Marsaud se glissent merveilleusement dans ces personnages évoluant sur un fil tendu.
"Quand la porte se referma il lui sembla que retombait le couvercle d'un cercueil. Le monde entier lui paraissait mort, seul son coeur, au fond de son corps glacé, battait farouchement dans le vide, et chaque battement augmentait sa souffrance."
Irène jeune femme délaissée par son avocat de mari se console dans les bras d'un autre jusqu'au jour où en quittant ce dernier, elle est abordée par la jeune et désespérée Elsa qui se dit sa compagne et demande de l'argent sous la menace de tout dévoiler au mari trompé.
La peur s'empare peu à peu d'Irène, transformant la jeune femme gaie et vivante en une femme traquée, hantée et poursuivie par celle qu'elle nomme la sorcière. Son comportement étrange finit par alerter son époux.
La tension monte au fil des angoisses d'Irène, jusqu'à la chute finalement inévitable.
Le décor composé de structures mobiles évoquant l'intérieur du jeune couple accentue ce sentiment oppressant que l'on ressent très vite. La quasi omniprésence d'Elsa pourrait presque être assimilée à la voix de sa conscience qui la poursuit sans relâche.
Deux scènes se jouent en fait simultanément, nous interrogeant sur la lucidité d'Irène enfermée dans son mensonge et incapable de dialoguer avec son époux malgré les tentatives de ce dernier pour la faire parler et se rapprocher d'elle.
La tension est palpable et monte crescendo portée par le talent du trio d'acteurs.
"Le malheur, elle le sentait maintenant avec une netteté effroyable, était inévitable, la délivrance impossible."
La pièce, parue en France en 1935, a été transposée par Elodie Menant dans les années 1950, on frôle parfois une plus grande modernité dans les dialogues sans que cela soit gênant tant on est pris par le jeu des comédiens. Les deux femmes que tout oppose, l'une habillée de clair, l'autre des couleurs de l'ombre, tissent un dialogue sans échange, plein de la méfiance nerveuse de l'une et du calme pouvoir de nuire de l'autre.
Et lorsque l'on sort de ce huis clos, on est surpris de constater qu'un peu plus d'une heure seulement s'est écoulée.
N'hésitez pas, allez-y, c'est au Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, un de ces jolis théâtres parisiens qui permettent d'arrêter le temps l'espace de quelques heures.

/image%2F0404793%2F20161017%2Fob_098ebb_la-peur-17-1500x1004.jpg)
/image%2F0404793%2F20161017%2Fob_f344e6_la-peur-38-sur-296-vu3gon-1030x686.jpg)
/image%2F0404793%2F20161017%2Fob_dc4bde_la-peur-261-sur-296-dog4wg-1500x998.jpg)
/image%2F0404793%2F20161017%2Fob_1ef0b8_la-peur-75-sur-296-1500x998.jpg)