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Les musardises de Parisianne

L'indiscret

3 Juillet 2019, 08:33am

Publié par Parisianne

Récréation ! Rien de tel que de fouiner un peu dans ses archives pour retrouver une petite fantaisie un peu ancienne mais finalement toujours d'actualité tant il est aisé aujourd'hui d'être indiscret ! 

L'indiscret

L’indiscret

- Allo ? Oui, c’est moi. T’es où là ? J’peux te parler ? Je monte dans le bus, mais j’en ai une bonne à te raconter, t’as deux minutes ? Je ne pourrais pas aller à la gym ce soir, je vais rentrer un peu plus tard que prévu, je vais prendre un verre avec Marc.

- …

- Tu te souviens de Marc ? Mais, Marc quoi, mon Marc, celui de mes rêves. Mon Prince Charmant, tu te souviens maintenant ? Oui, c’est ça, celui dont je t’ai rebattu les oreilles pendant des mois. Oui, j’avais 18 ans, j’étais folle de lui. Oui, il était plus vieux… 12 ans je crois. Il était trop beau, trop grand, trop tout. Tu te souviens ? Allo ? Oui, je l’ai revu. Par hasard. Je ne l’avais pas reconnu.  Oui ! Non ! La fin du mythe ! Allo ? Allo ! Maudit réseau.

Sourire devant.

Elle leva enfin les yeux qu’elle avait jusque là tournés vers la rue et vers elle-même pour apercevoir, assis face à elle, un genre de golden boy goguenard.

Se sentit rougir. S’excusa.

- J’adore le bus, on en apprend beaucoup sur la société d’aujourd’hui. Vous n’imaginez pas le nombre de péronnelles qui racontent leur vie à leurs copines pendant le trajet ! Je vous l’accorde, ça ne se dit pas mais, il y a aussi un certain nombre de péron-mâles ! Péron-femelles, raccourci en péronnelle, péron-mâles. Tiens c’est pas mal ça… Vous ne trouvez pas ?

- …

- Où en étais-je ? Ah, oui. Dans le métro c’est moins drôle, trop bruyant. Mais je suis déçu que vous ayez été interrompue, je reste sur ma faim…

Sonnerie… Rougeur violente.

Sourire moqueur.

- Mais je vous en prie, reprenez votre conversation. Ne vous gênez pas pour moi !

- Oui ? (tout doucement). Ecoute, je ne peux pas te parler là, je te rappelle. Parce que. Non. Plus tard. Non, rien de grave j’t’assure. Bises

Clap. Sourire vengeur.

- Fâcheux ! J’aurais aimé connaître la chute. Je ne sais pas pourquoi mais je ne parviens pas à imaginer de happy end. Votre ton surement.

- …

- OK, péronnelle ce n’était pas adapté. En général, elles sont stupides et bavardes et m’accablent de multiples noms d’oiseaux. Des muettes comme vous, au regard assassin, c’est plutôt rare.

Soupir agacé. Regard tourné vers la rue.

- Mais revenons-en à notre sujet. Des retrouvailles qui pourraient paraître très romantiques mais racontées sur un ton railleur, donc ce n’est pas une romance ! Retrouver son premier amour, cela peut être très excitant. Il me reste trois arrêts pour trouver.

Soupir désolé.

Sourire charmeur.

- J’en déduis que nous descendons au même endroit. C’est une chance, la circulation n’est pas excellente aujourd’hui. Alors, si la rencontre ne suscite pas l’émoi, c’est que l’homme est marié ? Qu’il a changé peut-être ? Grossi ? Oui, les hommes prennent du ventre quand ils sont installés, c’est fréquent. A cela on ajoute une calvitie naissante et … fin d’un mythe ! Rire moqueur.

Sourire amusé.

- Je progresse. Je parviens à vous faire sourire. Deux arrêts et je vous fais parler ?

- …

 - Je débarque de ma province, et je n’arrive pas à me faire à l’indifférence générale. Les gens se croisent sans se voir ici. Ils se parlent même sans se voir. Demandez votre chemin deux fois à la même personne et vous verrez qu’elle ne se souviendra même pas vous avoir renseigné quelques minutes auparavant. Par contre, vous sentirez son agacement d’avoir été arrêtée deux fois.

Regard surpris.

- Vous avez essayé ? d’arrêter la même personne deux fois ?

Ricanement.

- Non, mais je suis parvenu à vous faire parler… et nous sommes arrivés. J’aurais dû parier !

- Je ne prends jamais de pari, je perds à chaque fois. Au revoir.

Il s’inclina pour la laisser passer. Elle remonta le boulevard d’un pas assuré. Il n’osait accélérer le pas craignant qu’elle imagine qu’il la suivait. Il la vit s’engouffrer dans le café qui faisait l’angle.

Dans le café.

- Oh oh ! Sophie ! Je suis là !

- Salut ! Tu vas bien depuis ce matin !

- Oui, et toi, tu as l’air… je ne saurais dire, agacée ou amusée ?

- Un peu les deux je crois, j’ai été abordée par un drôle de … scrogneugneu, version jeune ! Baratineur mais finalement sympathique !

- Assieds-toi ! Oh attends, le voilà !

Sortant pour interpeller quelqu’un.

- Sophie, je te présente Tom, mon beau-frère.

Se tournant vers les deux hommes, elle resta interdite et se sentit rougir violemment.

- Salut ! Marc m’avait dit qu’il avait retrouvé par hasard une charmante vieille connaissance… Je suis enchanté. Depuis que je suis parisien je ne rencontre que des péronnelles accrochées à leur téléphone…

****

©Anne Lurois-Delassise 07/2019

 

 

 

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