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Les musardises de Parisianne

Articles avec #theatre

Marguerite Duras, Agatha

16 Octobre 2017, 14:05pm

Publié par Parisianne

Marguerite Duras, Agatha

Agatha, pièce de Marguerite Duras, 1981
mise en scène de Hans Peter Cloos avec Florian Carove et Alexandra Larangot.

Ce n'est que deux jours avant la dernière que j'ai pu voir cette pièce, grâce à Xavier de l'Agence Attitude, encore et toujours. Honnêtement, je ne me serais certainement pas laissée tenter par ce thème si Xavier ne m'y avait pas incitée. 

"L'inceste ne peut être vu du dehors. " Marguerite Duras

Et c'est bien ainsi que Cloos s'approprie ce texte si difficile, de l'intérieur, dans une forme de dialogue -presque un dialogue de sourds parfois- dans lequel les deux protagonistes évoquent la puissance de leur amour interdit et dévastateur s'exprimant à la première ou à la troisième personne, s'adressant l'un à l'autre ou relatant simplement des souvenirs.

Dans la maison vide et abandonnée de leur enfance, après la mort de leur mère, le frère aîné et sa jeune soeur se retrouvent. Elle lui a fixé rendez-vous pour lui annoncer son départ définitif et surtout loin de lui. Ils évoquent alors tantôt avec tendresse, tantôt violemment leurs souvenirs d'enfance et la naissance de cet amour que leur mère elle-même qualifie sur son lit de mort d'inaltérable :

"Vous avez la chance de vivre un amour inaltérable et vous aurez un jour celle d'en mourir".

Le texte se construit douloureusement nous enfermant nous-même dans une sorte d'étau, sentiment renforcé par la violence latente et les projections de scènes de films en noir et blanc (dont je serais bien incapable de vous donner les titres mais qui accentuent le sentiment de malaise). L'utilisation des nouvelles technologies (projections) mais aussi film fait directement par les acteurs que l'on voit donc en deux plans apporte une modernité incontestable toutefois un peu dérangeante.

Le thème est difficile, la performance des acteurs n'en est que plus grande. La jeune Alexandra Larangot, qui faisait là ses débuts sur les planches, irradie de sensualité et de volonté face à un Florian Carove déroutant de violence et de passion.

On ne peut rester insensible à ce thème porté par une écriture et une mise en scène très modernes, chacune dans son époque !

 

"D'autres que nous qui connaîtraient cette histoire pourraient dire "C'est cette impossibilité dans laquelle il se tenait, lui, de partir d'elle, qui a fait qu'elle, elle ait pu envisager de partir de lui".

La pièce n'est malheureusement plus à l'affiche mais surveillez le nom des acteurs et en attendant qu'elle revienne, lisez Duras ! 

Marguerite Duras, Agatha
Marguerite Duras, Agatha

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Faites l'amour pas la guerre...

21 Septembre 2017, 19:16pm

Publié par Parisianne

Faites l'amour pas la guerre...

Nous avons tous un jour où l'autre entendu ce slogan, et pourtant...

Grâce à Xavier de l'Agence Attitude, nous avons pu hier rejoindre Woodstock pour deux heures de musique, et de sourires.

Welcome to Woodstock, le road trip musical et psychédélique de Jean-Marc Ghanassia mis en scène par Laurent Serrano nous a offert un voyage incroyablement planant, même sans substances illicites !

Partant de sa propre histoire, Jean-Marc Ghanassia nous fait vivre ou revivre ces années de révolutions et l'engouement des jeunes pour le pouvoir des fleurs ! 

Au lendemain de mai 68, Paul, Tom, Florence, Francis et Martine décident de partir pour le concert événement de Woodstock. Ils ont 20 ans, la liberté pour credo et de la musique plein la tête. Pantalons pattes d'eph, robes à grosses fleurs et guitare sur le dos, ils s'en vont à la rencontre de leurs chanteurs préférés.

En live et avec enthousiasme, les jeunes artistes secondés par des musiciens brillants, nous transportent sur des chansons de The Who, The Doors, Bod Dylan ou Joan Baez mais aussi de Jimmy Hendrix, Joe Cocker et Janis Joplin, et d'autres.

Ecoutez quelques extraits ici

Si vous aimez avoir les pieds qui bougent, n'hésitez surtout pas vous ne serez pas déçus, un vrai bon moment.

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Le Horla dans les yeux

4 Avril 2017, 09:24am

Publié par Parisianne

Le Horla dans les yeux

Le Horla investit le théâtre Michel le mardi et le mercredi à 19h.

Grâce à Florent Aumaître dans une mise en scène de Slimane KACIOUI, le texte de Guy de Maupassant prend vie et le Horla prend forme. 

De façon magistrale, le jeune acteur s'empare de la nouvelle pour nous faire vivre les émotions croissantes du narrateur et son entrée dans la folie.

Lecteur apaisé dans son jardin normand surplombant la Seine, le narrateur regarde passer les bateaux, l'atmosphère douce et sereine se chargera bientôt d'une angoisse croissante évoquant la présence d'un être maléfique.

Peu à peu la tension monte et le jeu de Florent Aumaître devient nerveux pour nous faire ressentir tous les effets des tortures de l'esprit. 

Dans le respect du texte, la pièce nous offre une belle prestation d'artiste. Je ne saurais trop vous conseiller d'aller la voir et de suivre cet acteur prometteur.

Cette fois encore, je remercie Xavier Chezleprêtre de l'Agence Attitude de m'avoir permis de voir cette pièce? 

Le Horla dans les yeux

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Le dernier baiser de Mozart, théâtre du Petit Montparnasse

22 Novembre 2016, 19:13pm

Publié par Parisianne

Le dernier baiser de Mozart, théâtre du Petit Montparnasse

Un petit théâtre pour une grande et belle pièce. C'est sur Radio Classique, forcément, que j'ai entendu parler de cette pièce, la présentation m'a donné envie, je n'ai pas regretté. 

Parlons d'abord du théâtre, j'aime ces petites salles intimes dans lesquelles on se sent proches et donc au coeur de la pièce. En l'occurrence puisque l'intrigue se déroule dans l'intérieur simple de la famille Mozart, la proximité avait un certain charme, le décor de Catherine Bluwal est plein de délicatesse et la mise en scène de Raphaëlle Cambray tout en étant vivante rend la situation crédible.

Le dernier baiser de Mozart met en scène Constance Mozart, tout juste veuve, face à Franz-Zaver Süssmayer, ami, confident voire même un peu souffre-douleur de Mozart, venu apporter son soutien à la jeune veuve effondrée et lui faire part de son travail sur la fin du Requiem que l'illustre compositeur fauché brutalement n'a pas eu le temps d'achever.

Constance, sans revenus et acculée, a besoin de l'argent du Requiem pour vivre avec ses deux enfants et n'est pas en mesure d'en rembourser l'avance obtenue.

Süssmayer, profondément attaché à Mozart et peut-être amoureux de la jeune veuve dont le dernier enfant porte son prénom (la légende leur prête une idylle) se sent investi d'une mission et est surtout très imprégné du Requiem. 

En évoquant leur passé avec Mozart et leur avenir, les deux jeunes gens se livrent à une sorte de joute au long de laquelle Constance peut-être teste les capacités de Süssmayer de se substituer au compositeur, quant à Süssmayer, il sonde la jeune femme afin de savoir si peut-être elle lui est attachée. 

Le texte de Jean Teulié est sensible et vivant, il évoque la vie du Maître aussi bien que les affres de la création porté par des extraits de l'oeuvre bien sûr. 

Les jeunes acteurs en costumes sont très convainquants, Delphine Depardieu, en veuve raisonnablement éplorée sait nous faire passer par différents sentiments quant à Guillaume Marquet, il est un Süssmayer plein de sensibilité et d'ardeur au travail.

Personne ne sait avec certitude qu'elle partie du Requiem Süssmayer a réellement écrite puisqu'il savait imiter l'écriture de Mozart et que l'on ignore ce qui avait déjà été composé à la mort de ce dernier mais la pièce semble mettre en évidence la réelle capacité du jeune homme à comprendre ce Maître dont il a été l'assistant.

Un très joli moment de théâtre et le plaisir d'une rencontre avec l'auteurde la pièce et un spectateur ayant tenté une traduction difficile de la seule biographie de Constance Mozart, Constanze, Mozarts beloved, de Agnès Selby.

 

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Barbara et l'homme en habit rouge, Théâtre Rive Gauche

20 Novembre 2016, 08:41am

Publié par Parisianne

Barbara et l'homme en habit rouge, Théâtre Rive GaucheBarbara et l'homme en habit rouge, Théâtre Rive Gauche

Mis en scène par Eric-Emmanuel Schmitt, ce spectacle porté par Roland Romanelli et Rébecca Mai fait revivre Barbara au Théâtre Rive Gauche.

Roland Romanelli a accompagné Barbara en mots, en musique mais également dans la vie.

Qui mieux que lui pouvait nous offrir de traverser la vie de cette magnifique chanteuse. Il le fait avec sa compagne d'aujourd'hui, Rébecca Mai, qui ressemble étrangement à Barbara. Ce détail, je dois dire m'a d'abord troublée, mais le charme opère très vite et on se laisse totalement emporter.

Roland Romanelli nous raconte avec pudeur sa Barbara, celle qu'il a admirée, aimée et avec qui il a partagé succès, créations et doutes pendant 20 ans. Son récit est ponctué de chansons magnifiquement interprétées par Rébecca Mai et d'interviews de Barbara elle-même.

La musique occupe bien évidemment une grande place, rappelons tout de même que Roland Romanelli est avant tout accordéoniste (coupe mondiale d'accordéon 1961), alternant lui-même entre son accordéon et le piano, il est sur scène accompagné de Jean-Philippe Audin au violoncelle.

La mise en scène est délicate, jouant avec la lumière et des ombres chinoises.

Je l'ai dit, la magie opère, le final avec la participation du Choeur de France nous offre un Aigle noir poignant.

Une seule envie en sortant, réécouter la dame en noir, éternelle. 

 

Merci Jean de nous avoir entraînés, tu remercieras de notre part les intéressés pour ce beau moment d'émotion !

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"C'est mon fauteuil qui vous paralyse"

19 Novembre 2016, 18:50pm

Publié par Parisianne

"C'est mon fauteuil qui vous paralyse"

" Une vie sans rêves c'est comme un arbre sans racines "

Xavier Chezleprêtre de l'Agence Attitude, nous entraîne toujours dans des découvertes, et me pousse vers des choses qui ne retiendraient pas forcément mon attention. 

Cette fois, c'est au Casino de Paris que nous sommes allés pour voir, entendre et admirer la troupe de Timéo dans le spectacle du même nom.

Timéo, "circomédie musicale" d'après le conte initiatique de Jean-Jacques Thibaud, mis en musique par Julien Vallespi dans une mise en scène d'Alex Goude, est un joli spectacle plein de bons sentiments tout à fait adapté aux enfants.

Timéo, jeune garçon en fauteuil, n'a qu'un rêve : intégrer une troupe de cirque.

L'arrivée en ville du cirque dans lequel se produit son idole Melody Swann incite l'adolescent à tenter sa chance. La disparition de la vedette met en évidence les difficultés de la vie du cirque, la suspicion plane et les jalousies s'expriment. Timéo, au milieu de toutes ces tensions montre sa volonté et prouve qu'il ne faut pas se fier aux apparences.

Bien sûr, son handicap en arrête plus d'un et lui vaut quelques moqueries quand il évoque ses projets mais à force de volonté, il va prouver à tous "qu'être différent, c'est normal".

Funambule, trapézistes, jongleurs, cracheurs de feu, clowns et même Monsieur Loyal, tout est là pour raconter cette belle histoire et montrer qu'il ne faut jamais renoncer à ses rêves.

La mise en scène est enlevée, la musique entraînante, les jeux de lumière très habiles, c'est moderne et nouveau.

Un très beau spectacle à voir avec des enfants. Ceux qui nous entouraient avaient les yeux pleins des lumières de rêves, ils auront je l'espère reçu le plus important, ce joli message de tolérance face à la différence.

 

 

 

" Les rêves c'est bien plus qu'on imagine "

"C'est mon fauteuil qui vous paralyse"
"C'est mon fauteuil qui vous paralyse""C'est mon fauteuil qui vous paralyse"

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Les lois de la gravité, théâtre Hébertot

12 Avril 2015, 08:56am

Publié par Parisianne

Les lois de la gravité, théâtre Hébertot

Le théâtre Hébertot reçoit actuellement deux pièces, la première Des gens biens avec la magnifique Miou-Miou fait la une de tous les journaux. La seconde, Les Lois de la gravité est plus discrète, et pourtant c'est à la fois une belle prestation d'acteurs et une belle histoire pleine de questionnements. C'est donc de celle-ci dont il sera question, la première ne m'ayant séduite que par la remarquable interprétation des acteurs, beaucoup moins par son sujet.

 

D'après un roman de Jean Teulé adapté par Marc Brunet et mis en scène par Anne Bourgeois, les Lois de la Gravité est interprêtée par Dominique Pinon, Florence Loiret Caille et Pierre Forest chacun merveilleusement dans son rôle.

J'ai été un peu déroutée au départ par le jeu de Florence Loiret Caille dont la rapidité d'élocution donne le sentiment qu'elle est en permanence à bout de souffle. Finalement, c'est exactement ça ! Comment ne pas avoir le souffle court et coupé par la tension et l'émotion lorsque l'on vient, à quelques heures de la prescription, avouer le meurtre de son mari, crime parfait dont le dossier a été bouclé. Mais il ne suffit pas de fermer une enquête pour que la culpabilité s'éteigne et la vie de cette femme, pourtant libérée d'un mari alcoolique et violent, est devenue impossible.

C'est un policier épuisé et désabusé qui accueille, dans le commissariat fatigué d'une ville portuaire, cette jeune femme en rupture avec elle-même. Elle vient se livrer, incapable de vivre plus longtemps avec cette culpabilité qu'elle traîne depuis dix ans et qui a rongé sa vie sans parvenir à s'estomper malgré ses trois enfants. 

Le policier, Dominique Pinon, tente l'impossible pour la dissuader et devant la détermination de la "coupable" il fait durer dans l'espoir de dépasser le délai légal. La grandeur d'âme de l'une n'a d'égale que celle de l'autre qui tente de la protéger d'elle-même en lui décrivant ce qui l'attend en prison, en lui parlant de la violence et de la misère de ce métier qu'il exerce par défaut mais aussi de ce que sont les vrais criminels auxquels il est chaque jour confronté. 

Passant discret mais régulier son collègue de l'accueil, Pierre Forest, joue aussi de sa présence rassurante, il a également senti la détresse de cette jeune femme et lui accorde une attention délicate.

Un jeu d'acteurs plein de sensibilité, un Dominique Pinon très convaincant tant dans ses colères que dans ses délires poétiques ou ses ras-le-bol font de cette pièce un moment extrêmement agréable nous faisant osciller en permanence entre rires et larmes.

 

 

Les lois de la gravité, théâtre Hébertot

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Mensonges d'Etats

3 Décembre 2013, 17:24pm

Publié par Parisianne

Il était temps, cette pièce n'est aujourd'hui plus à l'affiche à Paris. J'espère qu'elle va tourner en province et que certains d'entre vous auront le plaisir de la voir et de nous en parler.

Au théâtre de la Madeleine, j'ignore si c'est un hasard ou une volonté mais les dernières pièces que nous y avons vu avaient toutes pour sujet la deuxième guerre mondiale : Collaboration en février dernier, avec Michel Aumont et Didier Sandre, Diplomatie en 2011, avec André Dussolier et Niels Arestrup. Cette fois encore, le thème était donc la guerre mais il s'agissait plus précisément de l'opération Fortitude, cet incroyable mensonge mis au point pour tromper Hitler en lui faisant croire que le débarquement du 6 juin n'était qu'une ruse pour l'éloigner du Pas-de-Calais ou aurait lieu un mois plus tard le vrai débarquement sous le commandement du général Patton.

Samuel Le Bihan, Marie-Josée Croze, Jean-Pierre Malo, Bernard Malaka, Aurélien Wiik, Pierre-Alain Leleu et Eric Prat, dans une mise en scène de Nicolas Briançon nous entraînent dans cette partie de roulette russe.

Une interprétation dynamique pour un sujet grave qui plus que l'opération en elle-même met en évidence la difficulté de monter une telle opération sans causer de dommages irréparables. A qui peut-on faire confiance ? jusqu'à quel point ? Et surtout, jusqu'où peut-on aller dans le sacrifice ?

Un rebondissement peut-être un brin mélo nous montre combien, pour libérer du joug allemand les pays occupés et mener l'Allemagne nazie à sa perte, il a fallu condamner de milliers de soldats ou de civils.

Un beau moment de théâtre pour une évocation d'une tragédie toujours très présente dans les esprits. Je vous invite d'ailleurs à lire cet article et à visualiser cette vidéo d'une initiative de deux artistes anglais Jamie Woldley et Andy Moss.

L'image de la colonne Morris a été prise sur le site du théâtre de la Madeleine.

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Gould Menuhin, Théâtre de l'Atelier

18 Mars 2013, 06:01am

Publié par Parisianne

Gould Menuhin, Théâtre de l'Atelier

Se rendre au théâtre est toujours une fête mais le charme de certains lieux rend le plaisir encore plus grand. C'est le cas du Théâtre de l'Atelier, niché au coeur de Montmartre, à deux pas du Sacré Coeur et de la place des Abbesses. Alors si, en plus, la représentation associe théâtre et musique la soirée ne peut qu'être belle.

Gould Menuhin, sur une idée d'Ami Flammer, mise en scène Charles Berling, Christiane Cohendy avec Ami Flammer, Charles Berling et Aurélie Nuzillard.

 

Vous connaissez tous l'acteur Charles Berling, certains connaissent sûrement le violoniste Ami Flammer, Premier Prix de violon au conservatoire national de Paris en 1969 dont le parcours musical fait rêver.

Dans cette pièce, Charles Berling et Ami Flammer dialoguent et jouent, jouent et dialoguent, se racontent et nous racontent la vie et la rencontre de ces deux immenses musiciens que furent le violoniste américain Yehudi MENUHIN (1916-1999) et le pianiste canadien Glenn GOULD (1932 - 1982).

Dans une mise en scène très originale, avec pour décor un studio d'enregistrement dont le fond nous montre des images d'archives, les deux artistes accompagnés de la jeune Aurélie Nuzillard (tantôt journaliste, tantôt épouse Menuhin) confrontent le talent et les différences fondamentales entre le violoniste homme de scène et le pianiste homme de studio.

Yehudi Menuhin, débute le violon alors qu'il est encore très jeune  et par un travail acharné devient vite un virtuose. Il n'a que 10 ans lorsqu'il vient donner un premier concert à Paris en tant que premier violon de l'Orchestre Lamoureux. L'année d'après, il interprête le triple concerto de Beethoven avec le New York Symphony Orchestra, sa carrière est lancée et tournée vers le public. Il voir l'art, et la musique en particulier, comme un moyen de rapprocher les hommes, ce qui lui vaudra de nombreuses critiques lorsqu'il jouera aussi bien pour les troupes américaines que pour des blessés allemands. 

Ami Flammer nous présente le virtuose et fait parler ses souvenirs et son coeur autant que son violon, il se met parfois dans la peau de Menuhin mais est le plus souvent un narrateur convaincant et passionné.

Glenn Gould a également commencé très tôt la musique, il est réputé pour ses interprétations très personnelles et son attitude excentrique. Dans les années 50, il participe à des concerts pour finalement abandonner totalement la scène en 1964 afin de se consacrer presque exclusivement à des enregistrements en studio, partant du principe qu'on ne savoure jamais si bien la musique que seul chez soi pour ne pas se laisser perturber par la mise en scène. 

Si Charles Berling, contrairement à Ami Flammer, n'interprête pas réellement la musique au piano, il n'en est pas moins totalement en phase avec le personnage de Gould dont il imite parfaitement les mimiques et la gestuelle de cet artiste original.

Au début un peu déconcertés par cette alternance entre le dialogue entre Charles Berling et Ami Flammer et la mise en scène d'instants de la vie des musiciens, on se laisse vite prendre au jeu et cette partition à quatre voix se joue devant nous pour notre plus grand plaisir.

 

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Collaboration,

25 Février 2013, 08:07am

Publié par Parisianne

C'est au théâtre de la Madeleine que je vous invite aujourd'hui, un théâtre comme on les aime avec ses velours, ses boiseries et son grand rideau rouge ; un théâtre avec balcon et orchestre, où il fait bon se glisser pour s'évader l'instant d'une représentation. "S'évader" n'est peut-être pas le terme le plus adapté pour le thème de la pièce à l'affiche en ce moment, si je l'emploie c'est uniquement pour signifier l'arrêt du temps que procure une représentation théâtrale en particulier lorsque la pièce et les acteurs qui la font vivre nous procurent un moment d'émotion et de plaisir intense.

Collaboration. Un texte de Ronald Harwood, traduit en français par Dominique Hollier, dans une mise en scène de Georges Werler nous montre la rencontre de deux hommes célèbres pour une collaboration artistique, deux hommes dont la vie sera bouleversée par leur collaboration dans un contexte politique où tout les oppose !

Richard Strauss, interprêté par Michel AUMONT,
Stefan Zweig par Didier SANDRE.
Pauline Strauss, Christiane Cohendy ; Lotte, Stéphanie Pasquet.
Hans Hinkel, Eric Verdin ; Le Directeur de l'opéra, Armand Eloi
L'huissier, Patrick Payet

*****

1931, Richard Strauss et son épouse Pauline vivent à Garmish, en Allemagne. Le poète Hugo von Hoffmansthal, avec lequel Strauss travaillait, est décédé, le musicien traverse une crise artistique et ne parvient pas à composer l'opéra qui l'étouffe. Sur les conseils de Pauline, il demande au célèbre écrivain Stefan Zweig de lui écrire un livret. C'est ainsi que les deux grands hommes au faîte de leur gloire se rencontrent. Ils ont l'un pour l'autre une très grande admiration et très vite leur implication dans leur travail se transforme en véritable amitié.

Strauss, indifférent à la politique se pense intouchable malgré les menaces croissantes du régime nazi. Zweig au contraire a senti très vite le danger et semble beaucoup plus lucide que son ami. Malgré ce contexte, leur collaboration aboutit à l'écriture d'un opéra bouffe inspiré de Ben Jonson, La Femme silencieuse, qui rencontrera un vif succès lors de la première à Dresdes en 1935, en l'absence de l'écrivain. Le nom de Zweig supprimé des affiches, Strauss obtient qu'il soit remis ce qui déplaît fortement au régime. L'oeuvre ne connaîtra que trois représentations, elle présente un inconvénient majeur, le livret a été écrit par un juif " désagréablement doué " aurait dit Himmler.

Richard Strauss, nommé Président de la Chambre de Musique du Reich, refuse cependant de renoncer à travailler avec son ami qui ne se remet pas de l'autodafé de son oeuvre. Une lettre du musicien interceptée par la Gestapo lui vaut des menaces pour sa belle-fille, juive, et ses petits enfants. Il se trouve malgré lui contraint à une collaboration avec le régime qui lui demande un hymne pour les jeux olympiques de 1936 à Berlin.

La tension est à son comble pour les juifs, Stefan Zweig finit par quitter l'Autriche puis l'Europe. Son errance le conduira finalement au Brésil où il se donnera la mort avec sa seconde épouse, Lotte, le 22 février 1942.

Richard Strauss quant à lui, passera devant un tribunal de dénazification ; sans avoir pourtant jamais fait allégeance au régime d'Hitler, il est accusé d'avoir participé activement à la création artistique de son pays.

****

Si la montée du nazisme et les prémices de la persécution des juifs sont présents dans cette oeuvre, ce sont avant tout la création artistique et la collaboration entre artistes qui sont ici présentés. Le texte joue habilement sur ce mot aux multiples sens, "collaboration", le prenant dans toutes ces acceptions, des plus nobles aux plus viles.

Porté par de grands acteurs, le texte vit pour nous et nous interroge. Qui collabore finalement ? Strauss qui sans soutenir le régime n'en accepte pas moins de créer pour lui ou Zweig qui se donne la mort pour échapper à la réalité ?

Michel Aumont en Richard Strauss d'abord sûr de lui et conscient de sa renommée, tout en étant impressionné par l'écrivain qu'il n'ose pas contacter, porte avec le talent qu'on lui sait ce rôle fait d'enthousiasmes et de colères, de volontés et de renoncements, jusqu'à la chute. Michel Aumont ne campe pas seulement un personnage mais une personnalité.

Un final émouvant met face aux spectateurs, comme devant un tribunal, l'homme vieilli, brisé par le temps et l'époque,  mais encore capable de colère à l'encontre de  son ami qui en se donnant la mort a ajouté un nom de plus aux victimes du régime.
A ses côtés, comme à chaque instant, son épouse Pauline, le tient et le soutient. Christiane Cohendy apporte dynamisme et enthousiasme à ce personnage de maîtresse femme assumant jusqu'au bout ses opinions. 

Aux côtés de Richard Strauss/Michel Aumont, Stefan Zweig/Didier Sandre paraît plus sensible, plus torturé ; bien que mondialement connu et reconnu, il doute en permanence et travaille sans cesse.

Didier Sandre nous offre un Zweig tout en finesse et subtilité, en silences et en intériorité et cela très naturellement. A ses côtés, la jeune Lotte (Stéphanie Pasquet) le suit comme son ombre, jusqu'au renoncement final.

La musique bien sûr est présente tout au long de la pièce, entre chaque tableau. La musique de Strauss en alternance avec la musique des mots et des émotions. Et c'est finalement l'art qui est au centre de tout, la création artistique qui fait écrire à Richard Strauss sous-entendant qu'il n'y a ni religion ni race, qu'il n'existe que deux catégories de gens : ceux qui ont du talent, et ceux qui n'en ont pas. "Mozart composait-il en aryen ?  ".

Et la pièce dont l'atmosphère s'est alourdie au fil des années parcourues dans chacune des séquences s'achève sur un questionnement :  Que doit faire un artiste ? Créer à tout prix ou se dérober ?

 

 

 

 

 

©BernardRichebe
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Merci à Xavier pour ces très belles photos de Bernard Richebe

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