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Les musardises de Parisianne

mots

Soyons sérieux...

19 Septembre 2020, 18:46pm

Publié par Parisianne

Une fois n'est pas coutume, je voulais vous parler d'un sujet qui m'inquiète. 

Je ne vous donnerai pas une énième théorie sur le virus qui nous (pré)occupe depuis quelques mois, si vous manquez d'avis sur la question, allumez la télé ou foncez sur les réseaux sociaux, vous y trouverez de très nombreux et éminents spécialistes, je leur laisse volontiers la place.

Ce qui m'inquiète est d'un autre ordre, plus esthétique, vous qui passez ici ne pouvez pas ignorer que je suis assez attentive à la beauté, que je vais même jusqu'à la considérer comme le meilleur remède à tous les maux, surtout ceux d'aujourd'hui.

A moins de vivre sur une île déserte (ce qui ne serait pas pour me déplaire, je l'avoue), personne ne peut avoir échappé au dernier ornement à la mode (j'avais écrit "fashion" mais par respect pour notre belle langue, je reviens à "mode").

Je veux parler du masque bien sûr. Ceux qui vivent dans les grandes villes en ont fait leur parure quotidienne, ceux qui ont la chance de demeurer dans des lieux moins fréquentés le laissent accroché à leurs clés pour ne pas l'oublier en sortant faire leurs courses, mais personne ne peut s'en passer.

Il n'est pas permis de dire que ça nous empêche de respirer, les soignants en portent depuis toujours et ils respirent encore - j'en profite pour leur dire tout mon respect dans la tourmente actuelle. Il est préférable de ne pas dire trop fort que vous jugez ce masque indispensable, ou totalement inutile, de toute façon, personne n'est jamais d'accord.

Donc, on en parle du matin au soir, entre deux, dix, cent, etc. nouveaux contaminés, et quelques morts, paix à leur âme ; on déplore l'absence de sourires, même si nous avons appris à lire dans les regards, ce qui n'est finalement pas une mauvaise chose, non ? Il faut le mettre convenablement, l'enlever convenablement, ne jamais le toucher... que celui qui n'a jamais remis son masque en place parce qu'il a de la buée plein les lunettes me jette la première pierre... 

Bref, ces masques nous occupent beaucoup. Mais il est un sujet dont on ne parle pas, un sujet grave qu'aucun média n'a abordé (et pourtant ils en disent des choses), un drame que seuls les sourires féminins peuvent comprendre, pardon messieurs.

Soyons sérieux...

Je veux parler bien sûr de la lipstick dépression... voilà qu'un anglicisme me reprend mais vous reconnaîtrez que ça percute plus que la dépression du rouge à lèvres...

Que sont nos rouge à lèvres devenus depuis que les masques ont pris possession de nos sourires ? Oubliés au fond de notre sac à main dans lequel ils auront coulé pendant les fortes chaleurs de l'été ? Enfermé dans le placard de la salle de bain ou négligemment posé sur la coiffeuse de la chambre entre deux colliers et trois paires de boucles d'oreilles ? Imaginez leur état d'anxiété. Déjà qu'avec les composants toxiques qui les composent ils étaient certainement un peu inquiets, ils doivent fondre de désespoir.

Alors mesdames, sortez chez vous vos rouge à lèvres et souriez des yeux à l'extérieur !

Soyons sérieux...

Mais c'est un masque pour les yeux ?

Bien sûr ! Non qu'il faille fermer les yeux sur une situation sérieuse mais pour garder le sourire !

Faites attention à vous avec bon sens, sûrement la chose la plus utile aujourd'hui !

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Petit bavardage entre amis...

18 Septembre 2020, 16:27pm

Publié par Parisianne

Petit bavardage entre amis...

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu

Du côté de chez Swann

Pourquoi soudain cette lecture ? Je serais bien en peine de l'expliquer. Je venais de terminer une de mes nombreuses lectures de l'été, Anatomie d'un chœur de Marie Nimier, et j'hésitais entre plusieurs livres un peu anciens, nombreux dans ma bibliothèque quand Proust s'est imposé en rentrant d'un adieu à la maman d'amis partie brutalement. Un départ qui me laisse le goût amer d'un rendez-vous manqué puisque nous devions nous retrouver, le contexte et quelques autres circonstances ont mis un grain de sable de trop dans la coupe du temps. Je ne garderai qu'une voix pleine de chaleur et des souvenirs de jeunesse bien ancrés au cœur.

Peut-être le titre, A la Recherche du temps perdu, a t-il joué son rôle ? Je ne saurais dire. Toujours est-il qu'il m'était impossible de résister à l'appel de Proust ! 

Ne trouvez-vous pas ce titre incroyable dans notre époque où l'on se demande s'il existe encore un instant perdu ? N'avez-vous pas le sentiment parfois d'aller si vite que ce sont plusieurs vies que vous vivez en une journée ? Les sollicitations sont telles. Que garderons-nous de ces journées accélérées ? Quelles seront nos madeleines glissées sur un réseau social entre une tablette et un smartphone, un fast-food et un drive ? Nos enfants reverront-ils surgir la table familiale et l'écran géant de la télé dans le parfum d'un hamburger ?

Je plaisante... à peine...

Mais revenons à ce cher Marcel.

Je ne vais pas vous raconter ni même vous commenter La Recherche, d'autres l'ont fait avant moi et bien mieux. Ce sont des citations soulignées au fil de ma lecture que je partagerai avec vous, ses mots à lui sont tellement plus parlants.

Peut-être au fil de ces citations, retrouverez vous la saveur de votre madeleine !

Petit bavardage entre amis...

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Dis, dessine-moi un voyage !

19 Juillet 2020, 16:49pm

Publié par Parisianne

Dis, dessine-moi un voyage !

Quand je s’rai grand, je traverserai les océans
Je partirai sur un bateau à voiles multicolores,
Et à l’autre bout de la terre,
J’irai taquiner le soleil et murmurer aux étoiles,
Faire parler les arbres et danser les oiseaux.
Quand je s’rai grand, je traverserai les océans.

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Quand Paris prend la pause...

15 Mai 2020, 15:04pm

Publié par Parisianne

Quand Paris prend la pause...

La ville est belle mais absente à elle-même,

Les rues ne raisonnent plus du quotidien tapageur,

Les jardins restent fermés sur leurs belles endormies

Offertes aux plaisirs des oiseaux, des écureuils peut-être !

Y a t-il à Paris, comme à Londres, des renards

Qui chercheraient, en vain, un ami à apprivoiser ?

La ville est belle mais absente à elle-même.

Les bistrots restent clos,

Les boîtes des bouquinistes fermées,

Et les marcheurs masqués.

La Joconde ne peut même pas se rendre au Déjeuner sur l'herbe,

Le Fifre joindre sa mélodie à l'Apothéose d'Henri IV,

Les petits rats n'iront pas danser sous la nuit étoilée.

La ville est belle mais absente à elle-même.

Silence...

 

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Paris Âmes

17 Juillet 2019, 21:00pm

Publié par Parisianne

Paris Âmes

Et la lune de son œil étonné, observe la jeunesse dans les rues se glisser ;

Et le grand fleuve d’argent serpente langoureusement, saluant tour à tour haute dame, grands palais, et jusqu’aux tours meurtries à la flèche consumée de la fière cathédrale.

La nuit s’installera,
La ville ne dormira
Mais la lune veillera.

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L'indiscret

3 Juillet 2019, 08:33am

Publié par Parisianne

Récréation ! Rien de tel que de fouiner un peu dans ses archives pour retrouver une petite fantaisie un peu ancienne mais finalement toujours d'actualité tant il est aisé aujourd'hui d'être indiscret ! 

L'indiscret

L’indiscret

- Allo ? Oui, c’est moi. T’es où là ? J’peux te parler ? Je monte dans le bus, mais j’en ai une bonne à te raconter, t’as deux minutes ? Je ne pourrais pas aller à la gym ce soir, je vais rentrer un peu plus tard que prévu, je vais prendre un verre avec Marc.

- …

- Tu te souviens de Marc ? Mais, Marc quoi, mon Marc, celui de mes rêves. Mon Prince Charmant, tu te souviens maintenant ? Oui, c’est ça, celui dont je t’ai rebattu les oreilles pendant des mois. Oui, j’avais 18 ans, j’étais folle de lui. Oui, il était plus vieux… 12 ans je crois. Il était trop beau, trop grand, trop tout. Tu te souviens ? Allo ? Oui, je l’ai revu. Par hasard. Je ne l’avais pas reconnu.  Oui ! Non ! La fin du mythe ! Allo ? Allo ! Maudit réseau.

Sourire devant.

Elle leva enfin les yeux qu’elle avait jusque là tournés vers la rue et vers elle-même pour apercevoir, assis face à elle, un genre de golden boy goguenard.

Se sentit rougir. S’excusa.

- J’adore le bus, on en apprend beaucoup sur la société d’aujourd’hui. Vous n’imaginez pas le nombre de péronnelles qui racontent leur vie à leurs copines pendant le trajet ! Je vous l’accorde, ça ne se dit pas mais, il y a aussi un certain nombre de péron-mâles ! Péron-femelles, raccourci en péronnelle, péron-mâles. Tiens c’est pas mal ça… Vous ne trouvez pas ?

- …

- Où en étais-je ? Ah, oui. Dans le métro c’est moins drôle, trop bruyant. Mais je suis déçu que vous ayez été interrompue, je reste sur ma faim…

Sonnerie… Rougeur violente.

Sourire moqueur.

- Mais je vous en prie, reprenez votre conversation. Ne vous gênez pas pour moi !

- Oui ? (tout doucement). Ecoute, je ne peux pas te parler là, je te rappelle. Parce que. Non. Plus tard. Non, rien de grave j’t’assure. Bises

Clap. Sourire vengeur.

- Fâcheux ! J’aurais aimé connaître la chute. Je ne sais pas pourquoi mais je ne parviens pas à imaginer de happy end. Votre ton surement.

- …

- OK, péronnelle ce n’était pas adapté. En général, elles sont stupides et bavardes et m’accablent de multiples noms d’oiseaux. Des muettes comme vous, au regard assassin, c’est plutôt rare.

Soupir agacé. Regard tourné vers la rue.

- Mais revenons-en à notre sujet. Des retrouvailles qui pourraient paraître très romantiques mais racontées sur un ton railleur, donc ce n’est pas une romance ! Retrouver son premier amour, cela peut être très excitant. Il me reste trois arrêts pour trouver.

Soupir désolé.

Sourire charmeur.

- J’en déduis que nous descendons au même endroit. C’est une chance, la circulation n’est pas excellente aujourd’hui. Alors, si la rencontre ne suscite pas l’émoi, c’est que l’homme est marié ? Qu’il a changé peut-être ? Grossi ? Oui, les hommes prennent du ventre quand ils sont installés, c’est fréquent. A cela on ajoute une calvitie naissante et … fin d’un mythe ! Rire moqueur.

Sourire amusé.

- Je progresse. Je parviens à vous faire sourire. Deux arrêts et je vous fais parler ?

- …

 - Je débarque de ma province, et je n’arrive pas à me faire à l’indifférence générale. Les gens se croisent sans se voir ici. Ils se parlent même sans se voir. Demandez votre chemin deux fois à la même personne et vous verrez qu’elle ne se souviendra même pas vous avoir renseigné quelques minutes auparavant. Par contre, vous sentirez son agacement d’avoir été arrêtée deux fois.

Regard surpris.

- Vous avez essayé ? d’arrêter la même personne deux fois ?

Ricanement.

- Non, mais je suis parvenu à vous faire parler… et nous sommes arrivés. J’aurais dû parier !

- Je ne prends jamais de pari, je perds à chaque fois. Au revoir.

Il s’inclina pour la laisser passer. Elle remonta le boulevard d’un pas assuré. Il n’osait accélérer le pas craignant qu’elle imagine qu’il la suivait. Il la vit s’engouffrer dans le café qui faisait l’angle.

Dans le café.

- Oh oh ! Sophie ! Je suis là !

- Salut ! Tu vas bien depuis ce matin !

- Oui, et toi, tu as l’air… je ne saurais dire, agacée ou amusée ?

- Un peu les deux je crois, j’ai été abordée par un drôle de … scrogneugneu, version jeune ! Baratineur mais finalement sympathique !

- Assieds-toi ! Oh attends, le voilà !

Sortant pour interpeller quelqu’un.

- Sophie, je te présente Tom, mon beau-frère.

Se tournant vers les deux hommes, elle resta interdite et se sentit rougir violemment.

- Salut ! Marc m’avait dit qu’il avait retrouvé par hasard une charmante vieille connaissance… Je suis enchanté. Depuis que je suis parisien je ne rencontre que des péronnelles accrochées à leur téléphone…

****

©Anne Lurois-Delassise 07/2019

 

 

 

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Heurts du jour

17 Juin 2019, 16:16pm

Publié par Parisianne

Heurts du jour

Nature, art, Art, nature,
D’un même regard embrasser la beauté,
Réconfort du beau.

Homme orchestre sous la fenêtre,
Roméo des temps modernes
Tend la main à tous les cœurs généreux,
Derrière les volets clos.

Silence de la ville écrasée de chaleur,
Les esprits échauffés ferment les âmes
Vieilles folies agressives,
Repères enfouis,
Mondes perdus...

© Parisianne 17/06/19

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Naufrage

9 Décembre 2018, 10:10am

Publié par Parisianne

Librement inspiré des Cris de Laurent Gaudé

Naufrage

Jules m’inquiète. Il est prostré, assis sur une caisse, les mains crispées sur les oreilles. Il ne se protège pas des pleurs ni du feu qui crépite en nous bien après la fin des assauts, il ne se défend plus de la guerre mais de ses voix intérieures qui hurlent dans la tempête et le submergent.

Une pâle lumière suinte dans la tranchée, Jules lève la tête. Nos yeux se parlent dans le silence. Le vrai silence, nous ne savons plus l’entendre. Un sanglot étouffé, un râle de souffrance, l’adieu à un frère nous martèlent incessamment les tympans. Quand ce n’est pas le fracas des balles sur les os. Le rugissement des obus déchirant la terre et les hommes.

Jules m’inquiète. Depuis la lettre de sa mère lui annonçant la naissance de ses filles, il ne parle pour ainsi dire plus. « Louise n’a pas écrit, elle doit être si fatiguée avec deux nourrissons » se contente-t-il de marmonner lorsque l’un de nous l’interroge.

La succion de la boue sous nos pas lui arrache toujours le même rictus, sa bouche tète l’air comme un nouveau-né. Et son regard se noie. Je l’ai entendu cette nuit fredonner une berceuse et l’ai vu se lever d’un bond, jeune père affolé par le cri de son tout petit. Il est resté là un moment, hagard, scrutant les hommes à ses côtés. J’ai deviné les larmes sur ses joues. Des larmes d’enfant qu’il ne pouvait sécher.

Il s’est laissé tomber à mes côtés et son murmure a imprégné ma nuit. Il m’a raconté la ferme, là-bas. Sa femme, son fils. Il m’a parlé de ses petites, de son envie de respirer leur peau, leur vie. Il m’a expliqué les voix qui le hantent, l’appellent, l’exhortent à les rejoindre. Il m’a parlé du chant de ses vivants au milieu de nos morts. Il m’a dit son envie de partir. Fuir.

Dans notre abri précaire, l’illusoire trêve nocturne nous offre un moment de paix et nous ramène chez nous. Jules parle des complaintes qui résonnent en lui et ranime par ses mots ma mémoire. Les paroles de ma mère, les rires de ma sœur, le chant des vendangeurs éclaboussant la terre d’un sang festif réveillent ma solitude. Dans la nuit de la Marne, mon soleil du Médoc me réchauffe les os, l’océan au loin chuchote dans ma tête, sa mélopée me submerge, son souffle me fouette le visage, j’en ai le goût du sel sur mes lèvres mordues pour retenir mon cri.

Jules s’est tu. Apaisé, il dort la tête posée sur mon épaule.

Je le repousse, me lève, m’éloigne du poste de garde. Un désir pressant donne de l’assurance à mon pas malgré l’obscurité. Personne pour me retenir. Je m’enfonce dans le boyau, enjambe les débris, et les corps de mes camarades. Un chant me guide, lumineux, envoutant. Mes voix m’appellent : « René, René… ». Mon nom déchire l’obscurité pour me précipiter dans la lumière. Comme un insecte, je m’élance aveuglément.

***

Le froid me sort de ma torpeur. J’ai dû m’assoupir sur l’épaule de René. Lui parler m’a libéré. Je cherche. Il n’est plus à mes côtés. Le flot de mes mots l’aura lassé, il est allé dormir. Le jour se lève sur un matin gris. Je me sens mieux.

Des ombres viennent à moi. Un corps échoue à mes pieds. Un seul mot : déserteur.

Le regard noyé de René m’emporte aussi sûrement qu’une lame de fond dans un tourbillon d’angoisse. Il a rejoint son océan, suivi le chant de ses sirènes.

©Parisianne

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Quand une image fait renaître un souvenir écrit

27 Novembre 2018, 11:29am

Publié par Parisianne

Photo empruntée à Khadija :-)

Photo empruntée à Khadija :-)

Il y a quelques temps déjà, j'avais pour un jeu d'écriture écrit ce souvenir d'enfance pour ce thème : " Évoquer quelque chose qui fait resurgir votre enfance, comme la « madeleine » de Proust ".

 

Et ce matin, une amie d'enfance, une sœur de cœur accompagnée de quatre autres Drôles de dames de cœur retrouvées il y a peu, a évoqué un ruisseau courant sous sa fenêtre pour bercer ses nuits viennoises, alors forcément, l'image a fait renaître l'enfant.  

 

Madeleine murmurée

 

Ma madeleine a la fraîcheur d’un torrent de montagne et la douceur d’un froissement de papier. Elle est inscrite en moi depuis qu’à l’âge de cinq ans, mes parents trop occupés par leur travail, m’ont envoyée passer l’été en Savoie.

 

Tous les soirs, le chant de l’eau courant sous ma fenêtre se faisait l’écho de mes larmes d’enfant, puis se muait en une douce berceuse alors que je posais ma tête sur un oreiller de papier. Je ne savais pas lire, mais chaque jour m’apportait une lettre à quatre mains dans laquelle, sur des cartes cueillies au long de l’année et cachées comme autant de trésors, des dessins et quelques lignes pleines de tendresse me racontaient leur amour.

 

Chaque été pendant de nombreuses années, le rituel a été le même. J’ai tissé au fil des mots des rapports très étroits avec des parents trop occupés.

 

Le murmure du torrent m’a offert, comme réconfort, le goût du silence des hommes lorsque la nature s’offre à moi. Et, je savoure toujours avec plaisir le chuchotement de l’enveloppe que l’on déchire pour voir danser sur quelques lignes toute la chaleur d’une pensée.

 

© Parisianne

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La fleur à la boutonnière

8 Novembre 2018, 17:46pm

Publié par Parisianne

Comment ne pas penser, en ces périodes de commémoration du Centenaire de la Grande Guerre, à toutes ces vies brisées.

Ma façon à moi de les honorer par ce texte écrit il y a quelques temps, publié dans la revue Le Traversier et enregistré avec Rama et en libre écoute sur ABS-Multimédias en suivant le lien.

La fleur à la boutonnière

La fleur à la boutonnière

 

L’été offrait ses derniers fruits à la promesse d’ivresses joyeuses. Les belles journées faisaient oublier les prémices de l’automne dans les parfums que la terre chaude exhalait à l’approche du soir. Le village entier chantait la gloire d’une moisson généreuse, source de paix pour l’hiver.

Chez nous, la joie résonnait de pièce en pièce. Jeunes et vieux étaient réunis pour le mariage de mon cadet, dernière grande fête familiale à laquelle tout le village participerait avant les vendanges. La fiancée, un joli brin de fille, était radieuse dans la rondeur de ses dix-huit ans. Blonde comme ces fleurs de garance qui éclairaient les haies, rose comme le soleil au couchant, elle n’avait pas manqué de prétendants, qu’elle avait eu l’art d’éconduire avec la fermeté et la gentillesse d’une femme au caractère heureux et bien trempé. Mon frère à l’inverse était brun et ténébreux, roi du silence et des secrets. Ils formaient un de ces couples qui vous laissent muet d’envie et à qui le destin semble toujours sourire.

Les sombres rumeurs d’un monde éloigné du nôtre n’arrivaient pas à entacher l’allégresse de notre campagne en cette fin d’été triomphant. Il restait encore assez de bras jeunes et vigoureux pour mener à bien l’entretien des terres. Nous nous sentions hors d’un siècle devenu fou. L’animation régnait partout, les plus jeunes habillaient de gaîté la carriole qui le lendemain conduirait –sur ce chemin joliment orné par les dames– les mariés vers leur nouvelle demeure ; la petite jument grise avait été brossée pour l’occasion. Les cœurs étaient à la joie.

La dernière discussion que j’avais eue avec mon frère me laissait pourtant un goût amer que ne parvenaient pas à estomper les relents sucrés de la fête. Il me fallait lui parler. Notre récent entretien me perturbait et cet argent qu’il m’avait emprunté sans m’accorder d’explications me dérangeait plus encore. Je voulais comprendre. Ne l’ayant pas trouvé à l’extérieur, je montai à sa chambre dans cette grande maison refuge de nos rires et querelles d’enfants. Nos univers sacrés étaient côte à côte et nos lits, séparés par une maigre cloison, nous offraient toujours le plaisir des confidences sans face à face gênant. Nous avions passé l’âge des petits secrets chuchotés avant de s’endormir.

Dans la bâtisse fermée pour conserver la fraîcheur, le silence soudain pesant ne laissait présager rien de bon. J’entrai dans l’antre de mon frère. Sur le lit, un livre ouvert ondulait tel un drapeau blanc sur le champ de bataille des couvertures en désordre.

Au sol, un havresac vomissait des effets assemblés à la hâte. Et sur la chaise, posé sur une capote aussi bleue que notre ciel d’été, un pantalon garance laissait couler le sang de ses jambes désarticulées sur des brodequins flambant neufs.

Dehors les préparatifs de la fête tonnaient à mes oreilles. Mon frère se tenait devant moi, droit, fier, le regard conquérant déjà prêt à combattre mes arguments.

Il allait être heureux ! La comédie de la vie en avait décidé autrement. J’ignorais à qui irait le triomphe mais pressentais une inévitable tragédie. Un froid glacial s’était emparé de moi malgré la chaleur. Ma jambe folle m’empêchait une nouvelle fois de suivre les autres dans leurs plus terribles équipées.

Ils partaient la fleur au fusil, je restai, avec pour seule fleur celle qui fanerait bien vite à la boutonnière de ma veste de noces en cet été 1914.

 

© Parisianne

 

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