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Les musardises de Parisianne

Eugène de Mirecourt, Delacroix

28 Février 2021, 18:46pm

Publié par Parisianne

Eugène de Mirecourt, Delacroix

Jamais artiste, à ses débuts, ne souleva plus d’opposition que Delacroix.
Sa peinture, hardie jusqu’à l’insolence, folle, échevelée, renversait toutes les règles prescrites et détrônait le genre grec par l’audace du dessin, par l’intrépidité de la couleur.

Jolie collection Les Contemporains, biographie de Delacroix par Eugène de Mirecourt, parue en 1856.

Pour les lecteurs et amateurs d’art, je vous invite, si ce n’est déjà fait, à lire également les carnets de Delacroix, ce n’est pas pour rien qu’Alfred de Musset disait à son propos,

« il a un joli brin de plume à son pinceau » !
 

Eugène de Mirecourt, Delacroix

J'avoue un faible pour ces petits ouvrages, et j'en cherche (en vain) quelques autres chaque fois que je flâne chez les bouquinistes tant ils ont ce charme désuet. J'ai fait la sottise de renoncer à plusieurs lors d'une rencontre imprévue, je le regrette encore.

 

Eugène de Mirecourt, Delacroix

Eugène de Mirecourt n'a pas la réputation d'un biographe scrupuleux, je dois dire que m'en moque un peu.

Notez l'application mise à la réalisation de ces recueils de tout petit format : une gravure de l'artiste est présentée au début de l'ouvrage, et un fac-simile nous permettant de connaître écriture et signature vient clore le livre. N'est-ce pas charmant ?

Eugène de Mirecourt, Delacroix

Enfin regardez la photo ci-dessus, vous devinerez peut-être la main qui a écrit avec tant d'application les dates de Delacroix, cette même main qui a noté en page 2 de couverture "15.VIII.1952" et laissé quelques notes dans les marges.

Ces annotations ont pour moi valeur inestimable. Ceux qui me connaissent le savent, pour les autres peut-être l'ai-je déjà mentionné dans de précédents articles, j'aime plus que tout ces livres qui ont entre leurs pages trace d'une vie antérieure avant leur entrée dans ma bibliothèque. 

J'annote moi-même mes livres au crayon. Ils sont d'abord marqués au timbre sec. Puis j''écris mon prénom et la date de lecture, éventuellement un avis sur les premières pages, et j'invite ceux qui les lisent aussi à le faire également. C'est un bonheur de trouver dans certains ouvrages la griffe de maman, le commentaire de mon papa. 

Enfin, au fil du livre, il n'est pas rare que je surligne des phrases, que je note des définitions ou des dates dans la marge ou que j'inscrive une remarque. C'est ma façon à moi de les faire vivre !

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Émile Vuillermoz, La Vie amoureuse de Chopin, 1927

27 Février 2021, 14:42pm

Publié par Parisianne

Émile Vuillermoz, La Vie amoureuse de Chopin,  1927

Au théâtre de la vie, pour les jeunes premiers chargés de tenir les grands emplois d’amoureux, il n’existe jamais, au cours des siècles, de silhouette aussi avantageuse que celle d’un artiste de 1830 ni de spécialisation artistique plus opportune que celle de musicien. Car si l’amour est aveugle, il n’est ni muet ni sourd et la période romantique, fertile en effusions et extériorisations véhémentes, était particulièrement favorable à la culture intensive d’un sentiment qui fait à la technique théâtrale des emprunts beaucoup plus Importants qu’on ne le suppose.

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Leïla Slimani, Chanson douce

22 Février 2021, 15:31pm

Publié par Parisianne

Leïla Slimani, Chanson douce

Nous ne serons heureux, se dit-elle alors, que lorsque nous n’aurons plus besoin les uns des autres. Quand nous pourrons vivre une vie à nous, une vie qui nous appartienne, qui ne regarde pas les autres. Quand nous serons libres.

Ce prix Goncourt 2016 est un roman glaçant formidablement mené.

Dès les premières pages nous connaissons le drame et la coupable, cette nounou si parfaite, trop peut-être, qui s’impose de façon insidieuse.

La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre, déplacent dans le noir le décor sur la scène. Elles soulèvent un divan, poussent d’une main une colonne en carton, un pan de mur. Louise s’agite en coulisse, discrète et puissante. C’est elle qui tient les fils transparents sans lesquels la magie ne peut advenir. Elle est Vishnou, divinité nourricière, jalouse et protectrice. Elle est la louve à la mamelle de qui ils viennent boire, la source infaillible de leur bonheur familial.
On ne la regarde pas et on ne la voit pas, elle est une présence intime mais jamais familière.

La lecture nous invitera donc à observer l’évolution des différents protagonistes pour tenter de comprendre quel sera le point de bascule de la perfection à l’horreur.

Un roman tragique mais envoûtant.

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James Holin, Pleine balle

22 Février 2021, 09:35am

Publié par Parisianne

- La nuit le gibier sort. C’est notre univers. Nous devons y évoluer, la connaître, nous y fondre. Elle nous dissimule, elle nous protège, elle nous autorise. Eux, les donneurs d’ordre, les inspecteurs des travaux finis, les juges, les chefs dorment. Nous, nous traversons la nuit, nous la peuplons.

James Holin, Pleine balle

Vous connaissez James Holin, je vous ai déjà présenté plusieurs de ses polars que vous trouverez sans peine sur ces pages.

Cette fois, James nous entraîne dans un roman percutant.

Camerone avait un éclat étrange dans le regard. Le volume de sa voix augmentait.
- Vous allez faire votre métier ce soir. Vous allez chasser. Vous allez arrêter de perdre votre temps avec des dossiers qui ne sont pas de votre niveau, des nanars refilés par des magistrats. Vous allez redevenir ce que vous êtes vraiment, de vrais flics. Vous allez me montrer que vous n’êtes pas des petits bourgeois, des procéduriers, mais des loups de guerre, des enquêteurs qui en veulent, qui ont faim.

Le temps d'une nuit, l'auteur nous emmène à vive allure dans une chasse à l'homme ébouriffante.

A un rythme haletant, très bien rendu par une écriture vive et efficace, nous suivons Camerone - flic aguerri, héros énigmatique et magnétique, border line juste ce qu'il faut- dans sa traque du Blond, le Prince des casseurs.

L'apparition inattendue du truand dans la forêt de Hez, par une nuit glaciale, électrise le chef de l'antenne PJ de Creil qui n'aura de cesse de venir enfin à bout de ce Manouche insaisissable envers lequel il nourrit une haine ancienne, incompréhensible pour ses équipes, sauf à voir en lui le responsable de cette main de résine qui caractérise le commissaire.

Sortant des sentiers battus, Camerone se lance avec quatre de ses collaborateurs et nous fonçons avec eux dans les profondeurs d'une nuit sanglante.

Les détonations masquaient son ordre. Des balles continuèrent à s'abattre comme une grêle drue, constante, sur le véhicule pendant quelques secondes.

Un roman dense et efficace, au rythme qui va en s'accélérant jusqu'à l'impact final : Pleine balle, James Holin, Editions du Caïman.

Prenez ce qu'il faut de café et n'hésitez pas à pénétrer dans la nuit.

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Pierre Brevignon, Le Groupe des Six - Une histoire des années folles.

21 Février 2021, 21:47pm

Publié par Parisianne

Pierre Brevignon, Le Groupe des Six - Une histoire des années folles.

Tout commence par Jean Cocteau. Car, tel n’est pas le moindre de ses paradoxes, ce groupe de musiciens est avant tout le rêve d’un homme de lettres. En ce sens, comme un mousquetaire surnuméraire s’ajoute au trio d’Alexandre Dumas, les Six sont indubitablement sept.

Un livre passionnant portraits croisés d'un groupe de musiciens mais aussi d'un personnage déroutant et fascinant comme Cocteau, et surtout une sorte de radiographie d'une époque, et pas n'importe laquelle, les Années Folles (1920-1929).

Ce n'est pas un livre facile, disons que connaître un peu cet univers de musiciens est un plus, malgré tout, il est d'une lecture agréable et peut simplement donner envie d'en savoir plus.

Pour ceux qui ne connaissent pas, les Six par ordre alphabétique : Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Germaine Taillefer. Groupe de musiciens et compositeurs qui s’unissent entre 1916 et 1923.
 

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Mélissa da Costa, Tout le bleu du ciel

20 Février 2021, 21:16pm

Publié par Parisianne

Mélissa da Costa, Tout le bleu du ciel

Émile a compris beaucoup de choses en quelques heures. Des choses qu’il ignorait. Il ne savait pas que ça pouvait être aussi doux et aussi précieux de changer une ampoule, de voir sa sœur sourire, de regarder « Question pour 1000 euros » à côté de son père, de sentir sa mère s’activer autour de ses orchidées, d’entendre pleurer le morveux pendant que Laëtitia faisait couler le Martini dans son verre, pendant que Renaud regardait par la fenêtre. Il ne savait pas que ça valait cher. Il a cru qu’il n’avait plus rien quand Laura est partie, qu’il ne lui restait que du vide et des choses insignifiantes. Il n’a pas vu ce qui lui restait, des petites choses de rien du tout qui font qu’on se sent aimé quand même, qu’on reste en vie.

Voilà un livre dont il est difficile de parler. Incitée à le lire par les nombreux retours très positifs sur le groupe Facebook qui nous invite à partager "Un livre, un café...", je me suis laissée tenté et je reste très partagée.

Démarrage coup de poing : un jeune homme frappé par une maladie orpheline (Alzheimer précoce) décide de partir, je devrais plutôt dire de fuir, pour mourir loin des siens et échapper ainsi à toute leur douleur en leur épargnant sa déchéance. Il lance une recherche via petite annonce pour un compagnon de route qui accepterait de partir avec lui et se retrouve en compagnie de Joanne, jeune femme paumée qui semble fuir également.

De très beau passage dans cette découverte de l'autre mais aussi de nombreux clichés, et bien que la lecture puisse être émouvante, j'ai fini par trouver que c'était trop, vraiment trop, surtout dans la surprise finale, qui n'en était pas vraiment une, c'était couru !

Un avis mitigé donc, des dialogues qui se lisent très aisément et de jolis paysages autant que de belles rencontres mais au final, je me dis que ce type de roman "feel good" ne me comble pas totalement.

Vous l'avez lu ?

 

Il avait ramassé cette fille totalement égarée sur cette aire d'autoroute et alors, au lieu de s'effacer à la vie petit à petit, il s'y était accroché avec encore plus de force. A cause d'elle, parce qu'elle lui avait montré toute la beauté du monde, toute la pureté des sentiments, toute la bonté qui pouvait émaner des êtres.

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Elsa Triolet, Le Premier Accroc coûte deux cent francs

19 Février 2021, 21:00pm

Publié par Parisianne

Elsa Triolet, Le Premier Accroc coûte deux cent francs

La vie est amère dans ses moindres détails, il est amer de voir la lâcheté, amer de voir le démon mesquin habiter ce radeau qui flotte au hasard des vagues, amer le marché noir, amers l’égoïsme monstrueux, l’incompréhension, l’obscurité, amer l’héroïsme qu’on voudrait pur comme les neiges du Vercors, amer la gabegie et la misère, amères la gloriole et la calomnie, amères la confiance et la traîtrise, atroces les exécutions, atroces, atroces et amères, amères les nuits sans sommeil, pleines de moustiques et de balles stupides... « Après tout, ce débarquement, c’est pas grand chose...

Prix Goncourt 1944, décerné en 1945, Elsa Triolet est la première femme à recevoir ce prix prestigieux pour quatre nouvelles écrites pendant les années de guerre et de résistance, et pour certaines publiées illégalement dans des revues.

La dernière nouvelle donne son titre surprenant à l’ouvrage, il s’agit en fait d’une de ces phrases codées que l’on entendait à Radio Londres.

Mon exemplaire date de 1946 et n'est pas coupé, c'est la raison pour laquelle j'ai aussi le Folio. Je ne coupe les livres anciens que lorsque je ne les trouve pas dans une version plus récente, ce qui pour les Goncourt est assez rare. Donc j'en ai effectivement certains en deux exemplaires, le plus récent me permettant de m'adonner à mon habitude de souligner au crayon ou de prendre des notes dans les marges.
 
Les versions récentes sont souvent agrémentées de notes ou compléments. Dans le Folio, il y a une Préface à la clandestinité écrite par Elsa Triolet en 1964 qui apporte un éclairage très intéressant. Lisez plutôt :

La nouvelle Le Premier accroc coûte deux cents frans se rapproche du reportage, elle n'est point mentie, à peine travestie. Si bien qu'à une des premières ventes des livres du Comité National des Ecrivains une dame venue à mon stand me dit être la mère du commandant anglais parachuté dans les parages de Saint-Donat : elle l'avait reconnu dans la nouvelle.

Comment ne pas évoquer Aragon quand on parle d'Elsa Triolet. J'ai découvert dernièrement ce superbe reportage fait par Agnès Varda en 1966, je vous invite à le regarder, c'est très beau, esthétiquement parlant mais aussi humainement. Le lien entre ces deux grands paraît tellement fort.

D'ailleurs, Elsa dans sa préface évoque ce compagnon de sa vie. 

Nos existence inséparables ont fait que depuis que nous sommes, nous avons assisté, l'un et l'autre, à la croissance de chacune des plantes, les siennes propres et celles de l'autre. (...)
Nous avons vers les années 30 traversé tous deux un temps mort pour l'écriture. (...) Je te voyais ne rien écrire, immobile et frénétique comme quelqu'un de pressé qui aurait perdu son chemin. (...) Puis vint la guerre.
Qu'aurais-tu écris s'il n'y avait pas eu la guerre ? Qu'aurais-je écrit ? Autre chose, voilà qui est certain. J'ai toujours écrit librement, comme les Parisiens traversent la rue, sans me préoccuper des clous ni des voitures. Mais le sens, l'itinéraire, dépendent de ce qu'on a à faire dans la vie.

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Sylvie Germain, Chanson des mal-aimants

18 Février 2021, 19:55pm

Publié par Parisianne

Sylvie Germain, Chanson des mal-aimants

La guerre était finie, et mon droit de séjour parmi les épouses du Christ a expiré avec. Mais la guerre ne dit jamais son dernier mot, du moins pas complètement, les échos de ses clameurs et de ses râles grondent longtemps encore après qu’on lui a cloué son bec de charognard.

Les romans de Sylvie Germain sont toujours un moment d'intense plaisir malgré des thèmes parfois difficiles.

Dans cette Chanson des mal-aimants, elle nous invite à suivre une jeune fille abandonnée à la naissance devant la porte d'un couvent où elle va passer les cinq premières années de sa vie avant d'être jetée dans la vie. Sans identité, elle semble n'avoir jamais sa propre vie, même en étant actrice de son destin et va de place en place depuis ses Pyrénées natales jusqu'à Paris avant de revenir dans ses montagnes.

C'est dur, fort et touchant. C'est beau et merveilleusement écrit. C'est Sylvie Germain tout simplement.


J'aimais les mots comme des confiseries raffinées enveloppées dans du papier glacé aux couleurs chatoyantes ou du papier cristal translucide qui bruit sous les doigts quand on le déplie. Je les laissais fondre dans ma bouche, y répandre leur saveur. Mes préférés étaient les mots qu'il fallait croquer ainsi que des nougatines ou des noix grillées et caramélisées, et ceux qui dégageaient un arrière-goût amer ou bien acidulé. Certains mots me ravissaient, pour la troublante douceur de leur suffixe qui introduisait de l'inachevé et un sourd élan de désir dans leur sens : «flavescence, efflorescence, opalescence, rubescence, arborescence, luminescence, déhiscence ...». Ils désignaient un processus en train de s'accomplir, très intimement, secrètement ... et j'avais forgé un mot sur ce modèle :

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Yasmina Reza, Serge

17 Février 2021, 21:38pm

Publié par Parisianne

Yasmina Reza, Serge

Certaines personnes changent de nature. Quelque chose se passe qui n’a rien à voir avec les circonstances de la vie. Rien à voir non plus avec le vieillissement ou une catastrophe organique. C’est une modification de substance au fur et à mesure du temps qui échappe à la science.

Voilà une auteure que j'aime beaucoup et qui chaque fois m'entraîne. Cette fois, elle nous invite au cœur d'une fratrie au bord de la crise de nerfs ; Serge en est l'aîné.

C'est vif, caustique et tendre à la fois, un très joli moment de lecture porté par une plume efficace.

 

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Pascal Quignard, Tous les matins du monde

17 Février 2021, 20:29pm

Publié par Parisianne



La musique est simplement là pour parler de ce dont la parole ne peut pas parler. En ce sens elle n’est pas tout à fait humaine. »

Pascal Quignard, Tous les matins du monde

Et si nous regardions la musique à travers le cannage d'une chaise ! Les notes glissées une à une par les rayons du soleil tomberaient goûte à goûte pour offrir la lumière ! 

Musique Maestro !

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