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Les musardises de Parisianne

Leïla Slimani, Chanson douce

22 Février 2021, 15:31pm

Publié par Parisianne

Leïla Slimani, Chanson douce

Nous ne serons heureux, se dit-elle alors, que lorsque nous n’aurons plus besoin les uns des autres. Quand nous pourrons vivre une vie à nous, une vie qui nous appartienne, qui ne regarde pas les autres. Quand nous serons libres.

Ce prix Goncourt 2016 est un roman glaçant formidablement mené.

Dès les premières pages nous connaissons le drame et la coupable, cette nounou si parfaite, trop peut-être, qui s’impose de façon insidieuse.

La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre, déplacent dans le noir le décor sur la scène. Elles soulèvent un divan, poussent d’une main une colonne en carton, un pan de mur. Louise s’agite en coulisse, discrète et puissante. C’est elle qui tient les fils transparents sans lesquels la magie ne peut advenir. Elle est Vishnou, divinité nourricière, jalouse et protectrice. Elle est la louve à la mamelle de qui ils viennent boire, la source infaillible de leur bonheur familial.
On ne la regarde pas et on ne la voit pas, elle est une présence intime mais jamais familière.

La lecture nous invitera donc à observer l’évolution des différents protagonistes pour tenter de comprendre quel sera le point de bascule de la perfection à l’horreur.

Un roman tragique mais envoûtant.

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James Holin, Pleine balle

22 Février 2021, 09:35am

Publié par Parisianne

- La nuit le gibier sort. C’est notre univers. Nous devons y évoluer, la connaître, nous y fondre. Elle nous dissimule, elle nous protège, elle nous autorise. Eux, les donneurs d’ordre, les inspecteurs des travaux finis, les juges, les chefs dorment. Nous, nous traversons la nuit, nous la peuplons.

James Holin, Pleine balle

Vous connaissez James Holin, je vous ai déjà présenté plusieurs de ses polars que vous trouverez sans peine sur ces pages.

Cette fois, James nous entraîne dans un roman percutant.

Camerone avait un éclat étrange dans le regard. Le volume de sa voix augmentait.
- Vous allez faire votre métier ce soir. Vous allez chasser. Vous allez arrêter de perdre votre temps avec des dossiers qui ne sont pas de votre niveau, des nanars refilés par des magistrats. Vous allez redevenir ce que vous êtes vraiment, de vrais flics. Vous allez me montrer que vous n’êtes pas des petits bourgeois, des procéduriers, mais des loups de guerre, des enquêteurs qui en veulent, qui ont faim.

Le temps d'une nuit, l'auteur nous emmène à vive allure dans une chasse à l'homme ébouriffante.

A un rythme haletant, très bien rendu par une écriture vive et efficace, nous suivons Camerone - flic aguerri, héros énigmatique et magnétique, border line juste ce qu'il faut- dans sa traque du Blond, le Prince des casseurs.

L'apparition inattendue du truand dans la forêt de Hez, par une nuit glaciale, électrise le chef de l'antenne PJ de Creil qui n'aura de cesse de venir enfin à bout de ce Manouche insaisissable envers lequel il nourrit une haine ancienne, incompréhensible pour ses équipes, sauf à voir en lui le responsable de cette main de résine qui caractérise le commissaire.

Sortant des sentiers battus, Camerone se lance avec quatre de ses collaborateurs et nous fonçons avec eux dans les profondeurs d'une nuit sanglante.

Les détonations masquaient son ordre. Des balles continuèrent à s'abattre comme une grêle drue, constante, sur le véhicule pendant quelques secondes.

Un roman dense et efficace, au rythme qui va en s'accélérant jusqu'à l'impact final : Pleine balle, James Holin, Editions du Caïman.

Prenez ce qu'il faut de café et n'hésitez pas à pénétrer dans la nuit.

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Pierre Brevignon, Le Groupe des Six - Une histoire des années folles.

21 Février 2021, 21:47pm

Publié par Parisianne

Pierre Brevignon, Le Groupe des Six - Une histoire des années folles.

Tout commence par Jean Cocteau. Car, tel n’est pas le moindre de ses paradoxes, ce groupe de musiciens est avant tout le rêve d’un homme de lettres. En ce sens, comme un mousquetaire surnuméraire s’ajoute au trio d’Alexandre Dumas, les Six sont indubitablement sept.

Un livre passionnant portraits croisés d'un groupe de musiciens mais aussi d'un personnage déroutant et fascinant comme Cocteau, et surtout une sorte de radiographie d'une époque, et pas n'importe laquelle, les Années Folles (1920-1929).

Ce n'est pas un livre facile, disons que connaître un peu cet univers de musiciens est un plus, malgré tout, il est d'une lecture agréable et peut simplement donner envie d'en savoir plus.

Pour ceux qui ne connaissent pas, les Six par ordre alphabétique : Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Germaine Taillefer. Groupe de musiciens et compositeurs qui s’unissent entre 1916 et 1923.
 

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Mélissa da Costa, Tout le bleu du ciel

20 Février 2021, 21:16pm

Publié par Parisianne

Mélissa da Costa, Tout le bleu du ciel

Émile a compris beaucoup de choses en quelques heures. Des choses qu’il ignorait. Il ne savait pas que ça pouvait être aussi doux et aussi précieux de changer une ampoule, de voir sa sœur sourire, de regarder « Question pour 1000 euros » à côté de son père, de sentir sa mère s’activer autour de ses orchidées, d’entendre pleurer le morveux pendant que Laëtitia faisait couler le Martini dans son verre, pendant que Renaud regardait par la fenêtre. Il ne savait pas que ça valait cher. Il a cru qu’il n’avait plus rien quand Laura est partie, qu’il ne lui restait que du vide et des choses insignifiantes. Il n’a pas vu ce qui lui restait, des petites choses de rien du tout qui font qu’on se sent aimé quand même, qu’on reste en vie.

Voilà un livre dont il est difficile de parler. Incitée à le lire par les nombreux retours très positifs sur le groupe Facebook qui nous invite à partager "Un livre, un café...", je me suis laissée tenté et je reste très partagée.

Démarrage coup de poing : un jeune homme frappé par une maladie orpheline (Alzheimer précoce) décide de partir, je devrais plutôt dire de fuir, pour mourir loin des siens et échapper ainsi à toute leur douleur en leur épargnant sa déchéance. Il lance une recherche via petite annonce pour un compagnon de route qui accepterait de partir avec lui et se retrouve en compagnie de Joanne, jeune femme paumée qui semble fuir également.

De très beau passage dans cette découverte de l'autre mais aussi de nombreux clichés, et bien que la lecture puisse être émouvante, j'ai fini par trouver que c'était trop, vraiment trop, surtout dans la surprise finale, qui n'en était pas vraiment une, c'était couru !

Un avis mitigé donc, des dialogues qui se lisent très aisément et de jolis paysages autant que de belles rencontres mais au final, je me dis que ce type de roman "feel good" ne me comble pas totalement.

Vous l'avez lu ?

 

Il avait ramassé cette fille totalement égarée sur cette aire d'autoroute et alors, au lieu de s'effacer à la vie petit à petit, il s'y était accroché avec encore plus de force. A cause d'elle, parce qu'elle lui avait montré toute la beauté du monde, toute la pureté des sentiments, toute la bonté qui pouvait émaner des êtres.

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Elsa Triolet, Le Premier Accroc coûte deux cent francs

19 Février 2021, 21:00pm

Publié par Parisianne

Elsa Triolet, Le Premier Accroc coûte deux cent francs

La vie est amère dans ses moindres détails, il est amer de voir la lâcheté, amer de voir le démon mesquin habiter ce radeau qui flotte au hasard des vagues, amer le marché noir, amers l’égoïsme monstrueux, l’incompréhension, l’obscurité, amer l’héroïsme qu’on voudrait pur comme les neiges du Vercors, amer la gabegie et la misère, amères la gloriole et la calomnie, amères la confiance et la traîtrise, atroces les exécutions, atroces, atroces et amères, amères les nuits sans sommeil, pleines de moustiques et de balles stupides... « Après tout, ce débarquement, c’est pas grand chose...

Prix Goncourt 1944, décerné en 1945, Elsa Triolet est la première femme à recevoir ce prix prestigieux pour quatre nouvelles écrites pendant les années de guerre et de résistance, et pour certaines publiées illégalement dans des revues.

La dernière nouvelle donne son titre surprenant à l’ouvrage, il s’agit en fait d’une de ces phrases codées que l’on entendait à Radio Londres.

Mon exemplaire date de 1946 et n'est pas coupé, c'est la raison pour laquelle j'ai aussi le Folio. Je ne coupe les livres anciens que lorsque je ne les trouve pas dans une version plus récente, ce qui pour les Goncourt est assez rare. Donc j'en ai effectivement certains en deux exemplaires, le plus récent me permettant de m'adonner à mon habitude de souligner au crayon ou de prendre des notes dans les marges.
 
Les versions récentes sont souvent agrémentées de notes ou compléments. Dans le Folio, il y a une Préface à la clandestinité écrite par Elsa Triolet en 1964 qui apporte un éclairage très intéressant. Lisez plutôt :

La nouvelle Le Premier accroc coûte deux cents frans se rapproche du reportage, elle n'est point mentie, à peine travestie. Si bien qu'à une des premières ventes des livres du Comité National des Ecrivains une dame venue à mon stand me dit être la mère du commandant anglais parachuté dans les parages de Saint-Donat : elle l'avait reconnu dans la nouvelle.

Comment ne pas évoquer Aragon quand on parle d'Elsa Triolet. J'ai découvert dernièrement ce superbe reportage fait par Agnès Varda en 1966, je vous invite à le regarder, c'est très beau, esthétiquement parlant mais aussi humainement. Le lien entre ces deux grands paraît tellement fort.

D'ailleurs, Elsa dans sa préface évoque ce compagnon de sa vie. 

Nos existence inséparables ont fait que depuis que nous sommes, nous avons assisté, l'un et l'autre, à la croissance de chacune des plantes, les siennes propres et celles de l'autre. (...)
Nous avons vers les années 30 traversé tous deux un temps mort pour l'écriture. (...) Je te voyais ne rien écrire, immobile et frénétique comme quelqu'un de pressé qui aurait perdu son chemin. (...) Puis vint la guerre.
Qu'aurais-tu écris s'il n'y avait pas eu la guerre ? Qu'aurais-je écrit ? Autre chose, voilà qui est certain. J'ai toujours écrit librement, comme les Parisiens traversent la rue, sans me préoccuper des clous ni des voitures. Mais le sens, l'itinéraire, dépendent de ce qu'on a à faire dans la vie.

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Sylvie Germain, Chanson des mal-aimants

18 Février 2021, 19:55pm

Publié par Parisianne

Sylvie Germain, Chanson des mal-aimants

La guerre était finie, et mon droit de séjour parmi les épouses du Christ a expiré avec. Mais la guerre ne dit jamais son dernier mot, du moins pas complètement, les échos de ses clameurs et de ses râles grondent longtemps encore après qu’on lui a cloué son bec de charognard.

Les romans de Sylvie Germain sont toujours un moment d'intense plaisir malgré des thèmes parfois difficiles.

Dans cette Chanson des mal-aimants, elle nous invite à suivre une jeune fille abandonnée à la naissance devant la porte d'un couvent où elle va passer les cinq premières années de sa vie avant d'être jetée dans la vie. Sans identité, elle semble n'avoir jamais sa propre vie, même en étant actrice de son destin et va de place en place depuis ses Pyrénées natales jusqu'à Paris avant de revenir dans ses montagnes.

C'est dur, fort et touchant. C'est beau et merveilleusement écrit. C'est Sylvie Germain tout simplement.


J'aimais les mots comme des confiseries raffinées enveloppées dans du papier glacé aux couleurs chatoyantes ou du papier cristal translucide qui bruit sous les doigts quand on le déplie. Je les laissais fondre dans ma bouche, y répandre leur saveur. Mes préférés étaient les mots qu'il fallait croquer ainsi que des nougatines ou des noix grillées et caramélisées, et ceux qui dégageaient un arrière-goût amer ou bien acidulé. Certains mots me ravissaient, pour la troublante douceur de leur suffixe qui introduisait de l'inachevé et un sourd élan de désir dans leur sens : «flavescence, efflorescence, opalescence, rubescence, arborescence, luminescence, déhiscence ...». Ils désignaient un processus en train de s'accomplir, très intimement, secrètement ... et j'avais forgé un mot sur ce modèle :

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Yasmina Reza, Serge

17 Février 2021, 21:38pm

Publié par Parisianne

Yasmina Reza, Serge

Certaines personnes changent de nature. Quelque chose se passe qui n’a rien à voir avec les circonstances de la vie. Rien à voir non plus avec le vieillissement ou une catastrophe organique. C’est une modification de substance au fur et à mesure du temps qui échappe à la science.

Voilà une auteure que j'aime beaucoup et qui chaque fois m'entraîne. Cette fois, elle nous invite au cœur d'une fratrie au bord de la crise de nerfs ; Serge en est l'aîné.

C'est vif, caustique et tendre à la fois, un très joli moment de lecture porté par une plume efficace.

 

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Pascal Quignard, Tous les matins du monde

17 Février 2021, 20:29pm

Publié par Parisianne



La musique est simplement là pour parler de ce dont la parole ne peut pas parler. En ce sens elle n’est pas tout à fait humaine. »

Pascal Quignard, Tous les matins du monde

Et si nous regardions la musique à travers le cannage d'une chaise ! Les notes glissées une à une par les rayons du soleil tomberaient goûte à goûte pour offrir la lumière ! 

Musique Maestro !

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Hervé Le Tellier, L'Anomalie

16 Février 2021, 21:04pm

Publié par Parisianne

Hervé Le Tellier, L'Anomalie

Et sur une étagère, une statue en plâtre de Mickey Mouse, aux couleurs vives. [...]
- Elle est hideuse, n’est-ce pas ?
Lucie sourit.
- Je l’ai achetée pour que quelque chose, chez moi, résiste à l’accoutumance. On ne s’habitue pas au laid. C’est de la vie. De la vie moche, mais de la vie.

Voilà un Goncourt qui aura presque (j'imagine qu'il a bien eu quelques détracteurs, un prix Goncourt sans détracteurs n'aurait pas le même charme) fait l'unanimité.

Aujourd'hui encore nous en entendons parler et son auteur Hervé Le Tellier, par ailleurs membre de l'Oulipo, est sûrement très sollicité, je vois régulièrement passer son nom dans la presse.

J'aime la façon dont ses collègues Oulipiens disent sur leur site qu'il a été "victime du Prix Goncourt ".

J'ai pour ma part beaucoup aimé ce livre original, fantaisiste et en même temps très riche jusqu'au calligramme final. Je me dis d'ailleurs qu'il me faudrait presque le relire à l'éclairage de tout ce qu'en a dit son auteur puisqu'il faut reconnaître que de nombreux détails m'ont échappé.

Si vous ne l'avez pas encore lu, allez-y les yeux grands ouverts, au besoin, lisez ou écoutez Hervé Le Tellier en parler un peu.

Hervé Le Tellier, L'Anomalie

Ce roman dont on a très vite parlé en bien à sa sortie, je l'ai lu bien avant qu'il ne reçoive le prix Goncourt, je me désolais donc d'avoir encore un Goncourt sans son bandeau dans ma petite collection qui a bien grandi. C'était sans compter sur l'adorable Emma Messana qui m'a envoyé son bandeau avec le très beau courrier que vous voyez ci-dessus.

Merci Emma, tu sais combien cela m'a touchée. Nous nous retrouverons bientôt ici pour revoir la vie en bleu, mais j'ai besoin d'un peu de temps.

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Le pouvoir des fleurs, dans la lumière

16 Février 2021, 15:19pm

Publié par Parisianne

Le pouvoir des fleurs, dans la lumière

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